A M. FABRY
10, Ferney (1760).
11 est évident^ mon cher monsieur, que le mémoire contre notre pauvre petite province a été suggéré par quelqu'un des employés dans le sel et dans le tabac, car d'où M. d'Érigny pourrait-il savoir qu'il y a eu dans ce pays-ci une dupe qui a acheté des terres au denier soixante? La malignité de nos ennemis conclut, de ce que j'ai fait un mauvais marché, que le pays est la terre promise ! C'est très-mal conclure : j'écris à M. Bouret, mon ami, frère de M. d'Érigny, une lettre assez forte dans laquelle j'iillègue les mêmes raisons à peu près que vous verrez dans le projet de mémoire que je vous envoie suivant vos ordres, pour que vous ayez la bonté de le rectifier. Je pense qu'il ne s'agit plus de discuter les choses qui ont été tant rebattues, mais qu'il faut s'attacher, dans notre mémoire, à mettre le conseil de notre côté, à faire sa propre affaire de la nôtre, à intéresser M. de Trudaine, qui se trouve compromis, sans trop offenser les fermiers généraux, que nous supposons être trompés par un de nos ennemis.
L'arrangement du sel forcé est si raisonnable que nous devons espérer beaucoup de M. de Trudaine, des bons offices de monsieur l'intendant, et même de la conversion de M. d'Érigny. Donnez-moi d'ailleurs vos ordres, et soyez sûr, monsieur, de mon zèle pour le bien public et de l'attachement pour votre personne, avec lequel je serai toute ma vie, monsieur, votre trèshumble, obéissant serviteur.
Voltaire.