INTENDANT GÉNÉRAL DE LA RÉPUBLIQUE DE BERNE
Ferney, 24 novembre 1776.
Monsieur, j'ai remis entre les mains de M. de Crassy, gouverneur de la ville de Gex, lieutenant-colonel, etc., la procuration et le plein pouvoir dont les états de Gex m'ont chargé auprès de vous. Notre pays, affranchi des commis qui le désolaient malgré leurs supérieurs, est délivré aujourd'hui des obstacles qui gênaient son commerce avec votre illustre république. Nos états se flattent que vous daignerez, monsieur, affermir cette précieuse liberté dont nous commençons à jouir.
Un homme nommé Rose, ci-devant soldat dans la légion de Condé, et actuellement garde-magasin dans les ateliers du sieur Racle, architecte, a abusé, monsieur, de votre générosité en se disant chargé de négocier avec vous. Nos états, qui le désavouent, veulent bien m'auloriser à recevoir vos ordres. Je suis prêt d'exécuter ceux que vous me donnerez. C'est au nom de la province que j'agis, et c'est en son nom que je remplirai toutes les conditions qui me seront prescrites.
Je suis avec respect, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Voltaire,
Gentilhomme ordinaire de la chambre du roi.
LETTRES A LA PRINCESSE DASCHKOFFi
Ferney, jeudi 9 mai 177J.
Le vieillard de Ferney, devenu presque aveugle et accablé d'infirmité:*, se serait hàlé de se jeter aux pieds de la princesse Daschkoff si le fâcheux
1. Mémoires de la princesse Daschkoff, t. III, pages 247-249. Paris, 1859, in-18.
état de sa santé ne s'y était opposé. Si madame la princesse veut bien demain vendredi, vers sept heures du soir, nous honorer de sa présence et souper dans notre maisonnette avec sa compagnie, M"^^ Denis fera les honneurs du festin, et le vieil invalide considérera cette faveur comme une des plus éclatantes qu'il ait reçues dans sa vie. Il demande la permission de rester en robe de chambre, car depuis longtemps il ne peut s'habiller d'autre sorte. Il prie madame la princesse d'agréer son respectueux hommage.
Ferney, 12 mai 1771.
Madame, le vieillard que vous avez tout à fait rajeuni vous remercie autant qu'il vous regrette. Je ne manquerai pas de vanter à Sa Majesté impériale un sermon digne du Platon grec lui-même, que m'a ofTert une personne non moins digne d'être l'amie deTomyris. Heureux, madame, ceux qui vous accompagnent à Spa! Malheureux ceux qui restent en arrière sur les bords du lac de Genève! Votre nom fera résonner longtemps l'écho de nos montagnes, et c'est un nom que mon cœur conservera à jamais avec admiration
f t respect.
Le vieil invalide de Femej/^.