SCÈNE V
Vers 7. Trouve ou choisis mon fils, et l'épouse sur l'heure.
Est-ce là le temps d'un mariage ? De plus, Phocas doit-il faire sur-le-champ sa belle-fille d'une personne dont il connaît la haine implacable ? Il n'a nul besoin d'elle, puisqu'il se croit maître de
G2 REMARQUES SUR HÉRAGLIUS. "
TÉtat. Il les laisse tous trois : qu'en espère-t-il ? Il a vu qu'il est haï de tous les trois; il doit penser qu'ils tiendront conseil contre lui. Ne Toit-on pas un peu trop que c'est uniquement pour ménager une scène entre Pulcliérie et les deux princes?
Vers 9. Je jure à mon retour qu'ils périront tous deux. Il faut Je jure qu'à mon retour ils...
Vers 10. Je ne veux point d'un fils dont l'implacable haine
Prend ce nom pour affront, et mon amour pour gêne.
On ne prend point un amour pour gêne. Il veut dire que sa tendresse gêne Héraclius. On ne dit pas non plus lorendre un nom pour affront, ïaRispour un affront.
Vers 13. A mourir ! jusque-là je pourrois te chérir !
Convenons que rien n'est plus outré. Un tyran furieux peut bien dire à son ennemi qu'il aime mieux le faire languir dans de longs supplices que de lui donner la mort; mais peut-on dire à une fille : Je ne t'aime pas assez pour te faire mourir?
Vers io. Et pense... — A quoi, tyran? — A m'épouser moi-même.
On ne s'attendait point à cette alternative ; elle aurait quelque chose de trop comique, si cette saillie d'un vieillard n'était tout d'un coup relevée par le vers suivant :
Au milieu de leur sang à tes pieds répandu.
Vers 17. Quel supplice ! — Il est grand pour toi, mais il t'est dû.
Si on ne considère ici que la fille de Maurice, ce n'est guère un plus grand supplice pour elle d'être impératrice que d'être bru de l'empereur régnant ; mais l'âge d'un vieillard qui se présente pour époux au lieu de son fils pourrait donner du ridicule à ces expressions : Quel supplice ! — Il est grand.
Remarquez que cette menace soudaine et inattendue que Phocas fait à Pulchérie de l'épouser donne lieu à une dissertation dans la scène suivante. Il semble que l'empereur ne laisse Martian, Héraclius et Pulchérie ensemble, que pour leur donner lieu d'amuser la scène, en attendant le dénoûment.