ACTE y, SCÈNE Vr
Si Pulcliérie et ces princes étaient des personnages agissants, Pulcliérie ne débiterait pas des sentences. Phocas n'a point montré de bassesse : c'est un père qui cherche à connaître son fils ; il n'y a là rien de bas.
Vers 13. Il n'est point de conseil qui vous soit salutaire, Que d"épouser le fils pour éviter le père.
La syntaxe demandait : il n'est de conseil salutaire idour vous que d'épouser le fds. Éviter le père est trop faible.
Vers 20. Mais, madame, on peut prendre un vain titre d'époux, Abuser du tyran la rage forcenée, El vivre en frère et sœur sous un feint hyménée.
Vivre en frcre et sœur ; cette expression est trop familière, et n'est pas correcte. Pulcliérie demande conseil ; Martian lui conseille d'épouser Héraclius sans user des droits du mariage : il faut convenir que c'est là un très-petit artifice, et indigne de la tragédie. Ces conversations dans un cinquième acte, lorsqu'on doit agir, sont presque toujours très-languissantes. Je ne sais s'il n'y a pas dans la pièce extravagante et monstrueuse de Calderon un plus grand fond de tragique quand le fils de Phocas veut tuer son père. C'était même pour un parricide que Léontine l'avait réservé ; elle s'en explique dès le second acte : on s'attend à cette catastrophe. Le fils de Phocas, près de tuer cet empereur, et Héraclius voulant le sauver, pouvaient former un beau coup de théâtre : cependant il n'arrive rien de ce que Léontine a projeté, et Martian ne fait autre chose dans tout le cours de la pièce que de dire : Qui suis-je ?
Vers 32. Sus donc.
On se servait autrefois de ce mot dans le discours familier ; il veut dire : vite, allons, courage, dépêchez-vous.
Sus, sus, du vin partout; versez, garçon, versez.
Mais Pulcliérie ne peut dire : Allons, vite, sus, qui veut feindre avec moi ? Qui veut m épouser pour ne point jouir des droits du mariage ?
Vers 38. Vous saurez mieux que moi la traiter de maîtresse.
Cette contestation est-elle convenable à la tragédie ? Traiter de maîtresse n'est ni français ni noble.
REMARQUES SUR HÉRAGLIUS.
Vers 49. L'obscure vérité, que de mon sang je signe,
Du grand nom qui me perd ne me peut rendre digne.
Ces vers ne sont pas moins obscurs. L'obscure vérité qu'il signe ne peut le rendre digne du nom qui le perd !
Vers 59. Cédez, cédez tous deux aux rigueurs de mon sort. Il a fait contre vous un violent effort.
Un sort qui fait nn effort! Presque aucune expression n'est ni pure ni naturelle. Enfin, la délibération de ces trois personnages n'aboutit à rien. Ils n'agissent, ni n'ont aucun dessein arrêté dans toute la pièce.