ACTE V, SCÈNE VII. GJ
improbable. On peut assassiner un roi au milieu de sa garde, on peut tuer César dans le sénat ; mais il n'est guère possible que dans le temps que Phocas fait attaquer les conjurés il n'ait pris aucune mesure pour être le plus fort chez lui. Un homme qui de simple soldat est devenu empereur n'est pas imbécile au point de receToir dans sa maison plus de prisonniers qu'il n'a de soldats pour les garder ; on ne fait point ainsi venir des prisonniers dans son appartement arec des poignards sous leurs robes : on les fouille, on les désarme, on les charge de fers, on ne se livre point à eux. Ainsi la vraisemblance est partout violée.
Remarquez que, dans la règle, il faut ces prisonniers mêmes ; mais s'il n'est pas permise un poëte de retrancher une .<? en cette occasion, il n'y aura aucune licence pardonnable. Corneille retranche presque toujours cette s, et fait un adverbe de même au lieu de le décliner.
Vers 15. Sous cette ilhision couroient à leur vengeance.
Cela n'est pas français ; on ne court point à la vengeance sous une illusion.
Vers 20. Crispe même à Phocas porte notre message ; . . . A ses genoux on met les prisonniers. Qui tirent pour signal leurs poignards les premiers;
et plus bas :
Il frappe, et le tyran tombe aussitôt sans vie,
Tant de nos mains la sienne est promptement suivie.
Porte notre message, leurs poignards les premiers, tant de nos mains la sienne, etc. Ces expressions, ou impropres, ou incorrectes, ou faibles, énervent le récit, et lui ôtent toute sa chaleur.
Oreste, dans VAndromaqne, en faisant un récit à peu près semblable, s'exprime ainsi :
A ces mots, qui du peuple attiroient le suffrage, Nos Grecs n'ont répondu que par un cri de rage ; L'infidèle s'est vu partout envelopper, Et je n'ai pu trouver de place pour frapper'.
La pureté de la diction augmente toujours l'intérêt.