‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 8 sur 574 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Le rang le plus sublime! et une couronne et un fils qui valent de r estime! Est-ce là l'auteur des beaux morceaux de Cinna?

Vers 13 De force ou de gré je veux me satisfaire.

Se satisfaire n'est pas le mot propre; on ne dit : je veux me satisfaire, que dans le discours familier. Je veux contenter mes goûts, mes inclinations, mes caprices. Mais enfin dans la vie il faut se satisfaire K (Molière.) Je veux me satisfaire d^ gré est un pléonasme, et je veux me satisfaire de force est un contre-sens. On se fait obéir de gré ou de force ; mais on ne se satisfait pas de force. Pbocas entend qu'il réduira de gré ou de force Pulcbérie, mais il ne le dit pas.

Vers 17. J"ai rendu jusqu'ici cette reconnoissance

A ces soins tapt vantés d'élever mon enfance

Cela n'est pas français : on ne rend point une reconnaissance à des soins : on a de la reconnaissance, on la témoigne, on la conserve ; j'ai rendu cette reconnaissance !

Vers 19. Que, tant qu'on m'a laissée en quelque liberté. J'ai voulu me défendre avec civilité.

Que j'ai voulu est encore une faute contre la langue. Avec civilité est du ton de la comédie.

Vers 22 Il faut que je m'explique,

Que je me montre entière à l'injuste fureur, Et parle à mon tyran en fille d'empereur.

Il faudrait à la fureur de, etc. On ne pourrait dire à la fureur généralement que dans un cas tel que celui-ci : la fermeté brave la fureur, L'épitbète d'injuste est faible et oiseuse avec le mot fureur. Enfin la fureur ne convient pas ici ; ce n'est point une fureur de marier Pulcliérie à l'béritier de l'empire.

Vers 23. Il falloit me cacher avec quelque artifice Que j'étois Pulcliérie, et fille de Maurice.

Sans examiner ici le style, je demande si une jeune personne élevée par un empereur peut lui parler avec cette arrogance. On ne traite point ainsi son maître dans sa propre maison. Voyez comme Josabeth parle à Atbalie ; elle lui fait sentir tout ce qu elle pense : cette retenue habile et touchante fait beaucoup plus

1. Le texte de Molière (École des femmes) est : Et dans la vie enfin il faut se contenter.

Ul REMARQUES SUR HÉRACLIUS.

d'impression que des injures. Electre aux fers, n'ayant rien à ména- "•er, peut éclater en reproches ; mais Pulchérie bien traitée doitelle s'emporter tout d'un coup? Peut-elle parler en souveraine? Vu sentinu^nt de douleur et de fierté, qui échappe dans ces occasions, ne l'ait-il pas plus d'effet que des violences inutiles? Ce n'est pas que j'ose condamner ici Pulchérie ; mais,|en général, ces tyrans qu'on traite avec tant de mépris dans leurs palais, au milieu de leurs courtisans et de leurs gardes, sont des personnages dont le modèle n'est pas dans la nature.

Vers 27. Si tu faisois dessein de m'éblouir les yeux...

Cela n'est pas français; on ne fait pas dessein ; on a dessein.

Vers 28. Jusqu'à prendre tes dons pour des dons précieux.

Il semble que ce soit Phocas qui prenne ces dons pour des dons précieux. Il fallait, \)onYVexQiCtitnde, jusqu'à me faire prendre tes dons pour des dons précieux.

Vers 30. Tu me donnes, dis-tu, ton fils et ta couronne ; Mais que me donnes-tu, puisque l'une est à moi?

Non assurément, jamais femme n'a été héritière de l'empire romain. Pulchérie a moins de droit au trône que le dernier officier de l'armée. 11 ne lui sied point du tout de dire : Il est à moi ce trône, cest à moi d'y voir tout le monde à mes pieds. Elle lui propose de laver ce trône avec son srnî^/; j'observerai que si un trône est teint de sang, il n'est point lavé de sang. Si elle prétend qu'on lave un trône teint du sang d'un empereur avec le sang d'un autre empereur, elle doit dire lavé par le tien, et non du tien. lAle répète ce mot encore, le bourreau de mon sang. Elle dit qu'elle a le cœur franc et haut; on doit bien rarement le dire : il faut que cette hauteur se fasse sentir par le discours même. On a déjà remarqué* que l'art consiste à déployer le caractère d'un personnage, et tous ses sentiments, par la manière dont on le fait parler, et non par la manière dont ce personnage parle de luimême.

Vers 4.'). Ton intérôt dès lors fit seul celte réserve.

Fnire une réserve, pour dire épargner les jours d'une princesse; cela n'est pas noble. Faire une réserve est style d'aff'aires.

Page 1