‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 9 sur 574 · ACTE I, SCÈNE II. H · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. H

Vers 50. Mais connois Pulchérie, et cesse de prétendre.

Ce xerhe prétendre exige absolument un régime : ce n'est point un verbe neutre ; ainsi la phrase n'est point acheyée. On pourrait dire cessez d'aimer et de haïr, quoique ce soient des verbes actifs, parce qu'en ce cas cela veut dire : cessez cFavoir des sentiments d'amour et de haine; mais on ne peut dire : cessez de prétendre, de satisfaire, de secourir.

Vers 61. J'ai forcé ma colère à te prêter silence.

Cette réponse ne fait-elle pas voir que Pliocas ne devait pas se laisser braver ainsi? Le moyen de parler encore à quelqu'un qui vient de vous dire qu'il ne veut que votre mort? Comment Phocas peut-il encore raisonner amiablement avec Pulchérie après une telle déclaration ? Est-il possible qu'il lui propose encore son fils?

Vers 69. Le trône où je me sieds n'est pas un bien de race, L'armée a ses raisons pour remplir cette place; Son choix en est le titre, etc.

Un bien de race; une armée qui a ses raisons; un choix qui est le titre d'une place, toutes expressions plates ou obscures. Pliocas, d'ailleurs, a très-grande raison de dire à cette Pulchérie que le trône de l'empire romain ne passe point aux filles. Mais il devait le dire auparavant, et mieux.

Vers 8L Un chétif centenier des troupes de Mysie, Qu'an gros de mutinés élut par fantaisie...

Encore une fois, on ne parle point ainsi à un empereur romain reconnu et sacré depuis longtemps; il peut avoir passé par tous les grades militaires, comme tant d'autres empereurs, et comme Théodose lui-même, sans que personne soit en droit de le lui reprocher. Mais ce qui paraît plus répréhensible, c'est que tant d'injures et tant de mépris doivent absolument ôter à Phocas l'envie de donner son fils à Pulchérie, puisqu'il ne croit pas qu'Héraclius soit en vie, et qu'il n'a pas un intérêt pressant à marier son fils avec une fille qui n'aime point le fils et qui outrage le père. Il ne sera peut-être pas inutile de remarquer ici que saint Grégoire le Grand écrivait à ce même Phocas : Benignitatem pietatis vcstrœ ad impériale fastigium pcrvenissc gaudemus. Nous ne prétendons pas que Pulchérie dût imiter la lâche flatterie de ce pape ; ce n'est qu'une note purement historique.

12 REMARQUES SUR IIÉRAGLIUS.

Vers 85. Lui qui u'a pour l'empire autre droit que ses crimes.

11 l'allait : lui qui n'eut à l'empire autre droit que ses crimes. On n'a poiiit de droit pour, mais des droits à; c'est un solécisme.

Vers do. Et Ton voit depuis lui remonter mon destin

Jusqu'au grand Thcodose et jusqu'à Constantin.

La race, le sang, la maison, la famille, remonte à une tige, à Constantin ; mais le destin ne remonte pas.

Vers 98. Eh bien! si tu le veux, je te le restitue, Cet empire, et consens encor que ta fierté Impute à mes remords l'eiïet de ma bonté.

Un homme doux et faible pourrait parler ainsi ; mais notandi sunt tibi moresK Est-il vraisemblable qu'un guerrier dur et impitoyable, tel que Pliocas, s'excuse doucement envers une personne qui vient de l'outrager si violemment, et qu'il lui offre toujours son fils? S'il y était forcé par la nation, si en mariant son fils à Pulcliérie il excluait Héraclius du trône, il aurait raison ; mais Héraclius n'en aura pas moins de droits, supposé qu'en effet on ait des droits à un empire électif, et supposé surtout qu'Héraclius soit en vie : ce que Pliocas ne croit point.

Vers 105. Par un dernier effort je veux souffrir la rage

Qu'allume dans ton cœur cette sanglante image.

Une rcifje qu'une sanglante image allume ! Il n'est point d'ailleurs de sanglante image dans ce couplet ^.

Vers 114. Va, je ne confonds point ses vertus et ton crime... J'en vois assez en lui pour les plus grands États.

Cette phrase n'est pas française. On est digne de gouverner de grands États ; on a assez de mérite pour être élu empereur ; mais je vois assez de mi^rite en lui pour un royaume, pour une armée; etc., ne peut se dire, parce que le sens n'est pas complet. Le mot pour, sans verbe, signifie tout autre chose ; cet ouvrage était excellent pour son temps ; Phocas est bien patient pour un homme violent. De plus, on ne doit point dire que le fils d'un empereur est digne de gouverner les plus grands États : car quel plus grand État que l'empire romain?

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