Commentaires sur la guerre des Gaules
Caïus Julius César naquit l'an 401 avant J.-C, sous le consulat de M. Antonius et d'A. Posthumius Albinus. Il appartenait à la gens Julia et prétendait descendre d'Iule, fils d'Énée et de Vénus.
Il n'avait que seize ans lorsqu'il perdit son pèi'e^, et il reste ensuite peu de temps avec sa mère Aurélia. L'année suivante il prit la robe virile, et épousa Camélia, fille de Cinna, qui avait été quatre fois Consul. Sylla, devenu Dictateur, voulut le forcer à se séparer par le divorce de la fille d'un homme qu'il avait proscrit; mais, commençant à montrer ce qu'il serait un jour. César résista ouvertement.
Il fut réduit à ne plus paraître en public. Il fallut que ses parents, ses amis, que les Vestales même se réunissent pour obtenir sa grâce. Sylla la refusa longtemps à ses meilleurs amis et aux hommes les plus distingués. Enfin,
1 11 avait été Préteur et mourut subitement en se chaussant,
cédant à leurs instances, il s'écria : « Eh bien ! vous l'emportez, je lui pardonne ; mais sachez que celui dont le salut vous intéresse à ce point, sera la ruine du partTde la noblesse, que vous avez soutenu avec moi : car, dans ce jeune homme à la ceinture si lâche, il y a plus d'un Marins ». Pendant ce temps César chercha un asile à la cour de Nicomède, roi de Bithynie, puis il fit ses premières aiines en Asie sous le Préteur Minucius Thermus, et mérita la couronne civique à la prise de Mytilène.
A la nouvelle de la mort deSylla, César se hâta deretisnir à Rome et, étant alors âgé de vingt-deux ans, il voulut se faire connaître à la tribune, après avoir en Asie donné des preuves de son aptitude au métier des armes. Pour débuter d'une manière brillante, il intenta une action depéculat contre Cn. Cornélius Dolabella, homme d'une des plus puissantes maisons de Rome, honoré du Consulat et d'un triomphe. Les deux plus célèbres orateurs d'alors, Hortensius et Cotta, défendirent l'accusé qui fut absous, en grande partie par la faveur des juges.
Après cet échec, il résolut de passer à Rhodes, tant pour se soustraire aux ennemis qu'il s'était attirés, que pour prendre à loisir des leçons d'Apollonius Melon, célèbre maître d'éloquence; mais dans le trajet, qu'il fit en hiver, il fut enlevé par des pirates. Plutarque nous apprend que les pirates ayant fixé sa rançon à vingt talents, il se taxa lui-même à cinquante. César fut à peine libre, que, sans perdre un instant, il rassembla
des vaisseaux, poursuivit les pirates, les prit, et les fit mettre en croix, comme il leur en avait souvent fait la menace qu'ils avaient prise pour une plaisanterie.
Après cette expédition, il vint à Rhodes, où, il passa deux ans, tout entier à Vétude, jusqu'au moment où, Von ■apprit que Mithridate ravageait l'Asie mineure. Pour qu'on ne puisse lui reprocher son inaction, dans le danger qui menaçait les alliés de Rome, César passe sur le continent, rassemble des troupes, repousse le lieutenant de Mithridate, et retient dans leur devoir les cités, dont quelques-unes, surtout dans le royaume de Pergame, inclinaient à la révolte. César revint ensuite à Rome : il était dans sa vingt-quatrième année.
La première place qu'il dut aux suffrages du peuple fut celle de Tribun des soldats.
Questeur dans sa trente-deuxième année, il fut envoyé en Espagne. En parcourant la province par ordre du Préteur, pour rendre la justice dans les diverses cités, il vint à Cadix. Ce fut là qu'apercevant, dans le temple d'Hercule, la statue d'Alexandre le Grand, il gémit, dit-on, et se reprocha son indolence, qui le laissait encore inconnu, dans l'âge où ce héros avait déjà soumis la terre. Aussitôt il sollicite un congé, pour venir au plus tôt à Rome épier les occasions de s'élever.
Après avoir été nommé Consul, César avait trentequatre ans lorsqu'il parvint à l'Édilité : il n'oublia rien, tandis qu'il en fut revêtu, pour se rendre agréable au Peuple. Il donnait des jeux et des chasses de bêtes féroces, et à ses prcd'gaèités publiques se joignaient des largesses
particulières, et un luxe sans bornes, dans la table, le cortège, les ameublements. Nul ne sortait de chez lui mécontent.
Il était Préteur désigné, lorsque la conjuration de Catilina fut découverte, et, fortement soupçonné d'avoir trempé dans le complot, il ne dut sa liberté qu'à la protection de Cicéron. Consul, il se conduisit en véritable dictateur, sans tenir compte de son collègue Bibulu^ ; mais, s'étant rapproché de Crassus et de Pompée, il forma avec eux ce que l'on appelle le prçmier triumvirat^
Après avoir donné sa fille Julie à Pompée, il épousa en secondes noces la fille de Calpurnius Pison, consul désigné. Soutenu ainsi à la fois par le peuple et par les patriciens, il s'occupa de s'assurer un gouvernement à son choix.
L'usage était que les Consuls, en terminant leurs fonctions, tirassent au sort leurs départements. César, appuyé du crédit de son gendre et de son beau-père, ne voulut rien mettre au hasard. Entre autres avantages, les Gaules ouvraient un vaste champ à ses talents militaires. Il gagna le peuple par de nouvelles largesses, donna des spectacles magnifiques, et fit paraître dans le cirque tant de bêtes féroces et de gladiateurs, qu'on n'y en avait jamais vu davantage. Alors le Tribun Vatinius proposa et fit passer une loi qui conférait à César le gouvernement de la Gaule Cisalpine et de l'Illyrie : il demanda lui-même au sénat qu'on y joignît pour cinq ans la Gaule Transalpine, avec le commandement de
quatre légions ; et le sénat, convaincu que le peuple accorderait cette extension, préféra le faire par un décret.
Dix années, comme il Va raconté lui-même dans ses Commentaires, furent employées à faire la conquête de la Gaule, conquête qui devait l'élever au rang des plus grands capitaines. Il fit dans cette vaste contrée huit campagnes consécutives, parcourant le pays en tous sens, faisant deux descentes en Grande-Bretagne, et des incursions sur la rive droite du Rhin. Les exploits de César et l'autorité absolue dont il était revêtu inquiétèrent le sénat-, et on parla de lui ôter un commandement devenu une menace pour la République, et Pompée fut chargé de la défense de l'État.
A cette nouvelle,- César, accompagné de quelques troupes seulement, 6.000 hommes et 300 chevaux, marcha sur Rome. Arrivé devant le Rubicon, il hésita, diton, un instant ; puis ayant pris un parti subit : Aléa jacta est ! « Le sort en est jeté » dit-il, et il franchit ce petit fleuve qui était la limite de la province {49 av. J.-C). En moins de soixante jours, il fut maître de l'Italie, et, pendant que les consuls et Pompée fuyaient en Grèce, César entrait à Rome et repartait immédiatement faire en Espagne la guerre aux lieutenants de Pompée.
Bientôt il poursuivit Pompée lui-même jusqu'en Grèce, et, après avoir éprouvé un échec à Dyrrachium, il remporta la célèbre et décisive victoire de Pharsale, dans les plaines de la Thessalie (48). Il se mit à la poursuite de
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Pompée ; mais, en arrivant en Egypte, il apprit la mort tragique de so7i adversaire et versa, dit-on, des larmes sur son sort.
Retenu quelques mois à Alexandrie par les charmes de Cléopâtre, César repartit ensuite pour l'Asie, contre Pharnace, fils de Mithridate, qui avait réveillé la guerre dans le Pont, et le soumit avec une telle rapidité qu'il put écrire au sénat: Vedi, vidi, vici. « Je suis venu, fai vu, j'ai vaincu ». Puis il passa en Afrique et abattit à la bataille de Thapsus (46 av. J.-C.) les restes du parti républicain. Il put alors rentrer en maître à Rome, où il fit subir à tous son irrésistible ascendant. Honoré du triomphe et nommé dictateur pour dix ans, il absorba tous les pouvoirs. D'ailleurs, en habile politique, il accorda une amnistie générale et s'efforça de désarmer les haines par la clémence et l'impartialité. Il embellit Rome, fit creuser un port à l'embouchure du Tibre, releva Corinthe et Carthage, réforma les lois, fit adopter un nouveau calendrier et créa un grand nombre d'établissements utiles.
César se proposait d'aller combattre les Daces et les Parthes, lorsque les républicains, qui l'accusaient de vouloir se faire roi, ourdirent un complot contre lui. A la tête de cette conjuration se trouvaient Cassius et Marcus Brutus. Il mourut, frappé en plein sénat, de vingt-trois coups de poignard, le jour des ides de mars (44 av. J.-C).
En dehors de ses qualités de guerrier et d'homme d'État, César était également orateur et écrivain distin-
gué. Il aj}ait-écxiLde-4}£tits~poèm€$^.4es épigrammes, et /'Anti-Caton, dont il ne reste que de courts fragments. Quant à ses Commentaires, ils sont le modèle du genre des mémoires historiques.