‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 104 sur 164 · LIV'RE \1I · texte numérisé non relu

LIV'RE \1I

l'apprennent par des cris poussés dans la campagne, à travers la contrée : ceux qui les entendent les transmettent plus loin, comme on fit alors. En effet la première veille ne s'était pas écoulée, que les Arvernes savaient ce qui s'était passé au lever du soleil, à cent soixante milles environ de chez eux.

Là, dans les mêmes vues, un jeune Arverne très puissant, fils de Geltillus, qui avait tenu le premier rang dans la Gaule et que sa cité avait fait mourir, parce qu'il visait à la royauté, Vercingétorix assemble ses clients et les échauffe sans peine. Dès que l'on connaît son dessein, on court aux armes. Son oncle Gobanition et les autres chefs, qui ne jugeaient pas à propos de courir une pareille chance, le chassent de la ville de Gergovie. Cependant il ne se rebute pas : il lève, dans la campagne, un corps de bandits et de misérables ; puis, amenant à ses vues tous ceux de la cité qu'il rencontre, il les exhorte à prendre les armes pour la liberté commune. Ayant ainsi réuni de grandes forces, il expulse à son tour de la cité ses adversaires, et reçoit des siens le titre de roi. Il envoie des députés réclamer partout l'exécution des promesses, et bientôt il a entraîné les Sénonais, les Parisiens, les Pictons, les Cadurces, les Turons, les Aulerces, les Lémovices, les Andes et tous les peuples qui bordent l'Océan : tous s'accordent à lui déférer le commandement.

Revêtu de ce pouvoir, il exige des otages de toutes les cités, donne ordre qu'on lui amène promptement un certain nombre de soldats et règle ce que chaque

cité doit fabriquer d'armes et l'époque où elle les livrera: surtout il s'occupe de la cavalerie. A l'activité la plus grande, il joint la plus grande sévérité: les incertains, il les détermine par la rigueur des châtiments ; car un délit grave est puni par le feu et par toute espèce de tortures : pour les fautes légères, il fait couper le nez ou crever un œil, et renvoie chez eux les coupables pour servir d'exemple et pour effrayer les autres par la rigueur du châtiment.

Ayant, par ces moyens violents, rassemblé bientôt une armée, il en envoie une partie chez les Rutènes, sous les ordres de Cadurce Luctérius, homme d'une audace extrême, et va lui-même chez les Bituriges. A son approche, ceux-ci députent vers les Éduens, dont ils étaient clients, et leur demandent du secours pour mieux résister à l'ennemi. Les Éduens, de l'avis des lieutenants que César avait laissés à l'armée, leur envoient de l'infanterie et de la cavalerie. Arrivées à la Loire qui sépare les deux cités, ces troupes s'y arrêtèrent quelques jours et revinrent, sans avoir osé la passer. Les chefs dirent à nos officiers qu'ils avaient rebroussé chemin, craignant une perfidie de la part des Bituriges, dont ils avaient appris que le dessein était, s'ils passaient le fleuve, de tomber sur eux d'un côté, tandis que les Arvernes les attaqueraient de l'autre. Fut-ce par ce motif ou par trahison que les Éduens en agirent ainsi, c'est ce qu'on ne peut décider, parce qu'on n'a rien de positif à cet égard. Dès qu'ils se furent retirés, les Bituriges se joignirent aux Arvernes.

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