‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 105 sur 164 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

II. Lorsque César apprit ces événements en Italie, il savait déjà que, grâce à Pompée, les choses avaient pris une meilleure tournure à Rome : il partit donc pour la Gaule transalpine. En arrivant, il se trouva fort embarrassé sur les moyens de rejoindre l'armée : car, s'il faisait venir les légions dans la Province, il voyait qu'en route elles en viendraient aux mains sans lui. Essaierait-il de les aller trouver? mais il n'était pas prudent de confier sa personne, même aux peuples qui paraissaient encore soumis.

Cependant Luctérius, qui avait passé chez les Rutènes, les attire au parti des Arvernes. Il va de là chez les Nitiobriges et chez les Cabales, qui lui donnent les uns et les autres des otages, puis, à la tête d'une nombreuse armée, il marche pour envahir la Province du côté de Narbonne. Sur cette nouvelle, César crut devoir, préférablement à tout, partir pour cette ville. Il y arrive, rassure les peuples effrayés, établit des postes chez les Rutènes dépendant de la Province, chez les Volces Arécomices, chez les Tolosates, autour de Narbonne, et donne ordre aux renforts qu'il avait amenés d'Italie, et à une partie des troupes de la Province, de se réunir chez les Helviens, qui sont limitrophes des Arvernes. Les choses ainsi disposées, et Luctérius s'étant arrêté et même retiré, parce qu'il crut dangereux de s'engager au milieu de ces différents corps, César se rendit chez les Helviens.

Quoique dans cette saison, la plus rigoureuse de l'année, la neige encombrât les chemins des Cévennes,

qui séparent les Hehiens des Arvernes, cependant, à force de travail, en faisant écarter par les soldats la neige épaisse de six pieds, César s'y fraie une route et se trouve sur la frontière des Arvernes. Tombant sur eux, quand ils ne s'y attendaient point, vu qu'ils se croyaient défendus par les Cév«ennes comme par un mur et que, dans cette saison, les sentiers n'en avaient jamais été praticables, même pour un homme seul, il ordonne à sa cavalerie d'étendre ses courses aussi loin que possible, afin de causer aux ennemis un plus grand effroi. La renommée et des courriers en informent bientôt Vercingétorix : tous les Arvernes éperdus l'entourent et le conjurent de penser à leurs intérêts et de ne pas laisser ravager leurs propriétés, surtout quand il voit que la guerre s'est portée en entier chez eux. Il cède à leurs prières, décampe et quitte le pays des Bituriges, pour se rapprocher du sien.

C'est ce qu'avait prévu César : au bout de deux jours, il part pour rassembler des renforts et de la cavalerie, laissant le commandement de l'armée au jeune Brutus. Il lui recommande « De pousser le plus loin possible ses partis de cavalerie : il fera en sorte de n'être pas plus de trois jours absent ». Les choses ainsi réglées, il arrive en toute diligence à Vienne, sans y être attendu : il y prend de la cavalerie fraîche, qu'il y avait envoyée déjà depuis quelques jours. Deux légions étaient en quartier d'hiver chez les Lingons : il s'y rend à travers le pays des Éduens, sans s'arrêter de jour ni de nuit, voulant, s'ils avaient eux-mêmes des

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