‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 138 sur 164 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

I. Après avoir vaincu toute la Gaule, César, qui avait tenu la campagne toute l'année précédente, aurait voulu donner l'hiver à ses troupes, pour se remettre de tant de fatigues : mais on lui annonçait que plusieurs cités se liguaient et pensaient à recommencer simultanément la guerre. On en donnait une raison très vraisemblable; c'était que les Gaulois sentaient que, quelque nombreux qu'ils fussent, ils ne pourraient résister à l'armée romaine réunie ; mais, si plusieurs cités attaquaient à la fois sur divers points, elle n'aurait ni les moyens, ni le temps, ni les forces nécessaires pour se porter partout. Or il n'était pas de cité qui ne dût s'exposer à toute espèce de maux, si, tandis qu'elle arrêterait l'ennemi, les autres pouvaient recouvrer leur liberté.

Pour ne pas laisser les Gaulois s'affermir dans ces sentiments. César remit le commandement de sort quartier d'hiver au questeur M. Antonius et, la veille

des calendes de janvier, partit lui-même de Bibracte aveo une escorte de cavalerie, pour aller joindre la douzième légion cantonnée sur les terres des Bituriges, tout près de la frontière des Éduens. Il prend en outre la légion la plus voisine, la onzième, et, laissant deux cohortes à la garde du bagage, il entre avec le reste dans les plaines très fertiles des Bituriges, qui, maîtres de plusieurs villes et d'un vaste territoire, et ne voyant chez eux qu'une légion, n'avaient pu s'empêcher de conspirer et de faire des préparatifs de guerre.

L'arrivée subite de César leur fit éprouver ce qui ne pouvait manquer d'arriver à des gens dispersés et cultivant leurs terres avec sécurité; c'est que la cavalerie, les prenant au dépourvu, tomba sur eux avant qu'ils pussent se réfugier dans leurs villes : car ils ne furent pas même avertis par le signal ordinaire de l'invasion d'un ennemi, l'incendie des habitations. César l'avait interdit à ses troupes, tant pour ne point manquer de fourrage et de blé, que pour ne pas effaroucher les colons par la \ue des flammes. On prit plusieurs milliers de Bituriges : ceux qui s'échappèrent dans le premier moment s'enfuirent, épouvantés, dans les cités voisines, comptant ou sur l'hospitalité privée, ou sur la conformité d'opinions : ce fut en vain. César, forçant sa marche, se trouve partout et ne donne à personne le temps de s'occuper de la sûreté d'autrui, plutôt que de la sienne propre. Son activité lui conserva les cités fidèles, et la crainte détermina ce qui chancelait à recevoir la paix. Voyant par cet exemple que la clé-

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