LIVRE VIII
mence de César leur permettait de rentrer en grâce, et que les cités voisines en avaient été quittes pour donner des otages, les Bituriges firent comme elles, et leur soumission fut de même agréée.
Pour récompenser de tant de fatigues et de patience les soldats, qui, dans ces jours d'hiver, à travers les chemins les plus pénibles et par un froid excessif, avaient montré autant de zèle que de persévérance, César promit, à titre de butin, deux cents sesterces à chaque homme et deux mille à chaque centurion : puis, renvoyant les légions dans leurs quartiers, il retourna lui-même à Bibracte, le quarantième jour de son départ. Tandis qu'il y rendait la justice, il vint des députés bituriges lui porter plainte et lui demander du secours contre les Carnutes qui les attaquaient. Sur cela César, n'ayant passé que dix-huit jours à Bibracte, tire de leurs quartiers d'hiver sur la Saône la quatorzième et la sixième légions, qu'il y tenait, comme on l'a vu dans le livre précédent, pour assurer ses vivres, et marche avec elles pour donner la chasse aux Carnutes. Ils en eurent avis et, prenant conseil du malheur des autres, ils désertèrent les bourgs et les villes, oii, afin d'être à l'abri pendant l'hiver, ils habitaient des huttes construites à la hâte pour le besoin du moment (car dernièrement, après leur défaite, ils avaient abandonné plusieurs de leurs villes). Us prirent donc la fuite et se dispersèrent. César ne voulut pas exposer ses troupes aux violents orages, qui éclatent surtout dans cette saison. Il les cantonna donc dans Génabum,
ville des Carnutes, où les soldats logèrent partie dans les maisons des Gaulois, partie sous des cabanes bientôt élevées en chaume, qui mettaient les tentes à couvert. Cependant il envoie sa cavalerie et l'infanterie auxiliaire sur tous les points où l'on disait que l'ennemi s'était retiré. Cène fut pas en vain; car la plupart des soldats revinrent avec un grand butin. Chassés de leurs maisons, accablés par la rigueur de l'hiver, n'osant, par la crainte du danger, séjourner longtemps nulle part et ne trouvant pas dans les forêts un abri suffisant contre l'extrême âpreté de la saison, les Carnutes périrent en grande partie : le reste se dispersa et s'éparpilla dans les cités voisines.
IL Croyant faire assez, dans le temps le plus dur de l'année, de dissiper les rassemblements et, d'après toutes les probabilités, se croyant sûr qu'il ne pouvait éclater avant Tété aucune guerre d'importance, César mit en quartiers d'hiver à Génabum sous les ordres de Trébonius, les deux légions qu'il avait amenées. Pour lui, prévenu par plusieurs députations des Rémois, que, de concert avec les cités voisines, les Bellovaques, qui sont les plus belliqueux de tous les Gaulois et des Belges, levaient une armée sous les ordres du bellovaque Corréus et de l'atrébate Comius, et qu'elle se rassemblait sur un point, pour tomber en masse sur le pays des Suessions, annexé à celui des Rémois, il jugea qu'il était non seulement de son honneur, mais encore de son intérêt, de mettre à l'abri de toute insulte des alliés qui avaient si bien servi la Ré-