‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 15 sur 164 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

s'ils voulaient être justifiés à ses yeux. Ils furent ramenés et traités en ennemis.

César agréa la soumission du reste, après qu'ils eurent livré des otages, leurs armes et les transfuges. Il donna l'ordre aux Helvétiens, aux Tulinges et aux Latobriges de retourner dans leurs pays et de rétablir leurs villes et leurs bourgs incendiés ; et, comme ils n'avaient rien pour vivre chez eux, ayant détruit toute la récolte, il chargea les Allobroges de leur fournir du blé. Le grand motif de cette conduite était qu'il ne voulait pas que le territoire abandonné par les Helvétiens restât sans habitants, de crainte que la bonté du sol n'engagea les Germains à passer le Rhin pour s'y établir, ce qui les aurait rendus limitrophes de la Province Romaine et des Allobroges. Les Éduens désirant fixer chez eux les Boïens, à cause de leur brillante valeur. César le permit: ce peuple reçut des terres et fut admis par la suite à partager les droits et la liberté des Éduens.

On trouva dans le camp des Helvétiens et l'on remit à César des registres écrits en caractères grecs, contenant un état nominatif de tous les individus en état de porter les armes, qui avaient quitté leurs pays, et séparément celui des vieillards, des enfants et des femmes. Le total était de deux cent soixante-trois mille Helvétiens, de quatorze mille Latobriges, de vingt-deux mille Rauraques et de trente-deux mille Boïens, ensemble trois cent soixante -sept mille têtes, dont quatrevingt douze mille hommes en état de porter les

armes •. Recensement fait, par ordre de César, de ceux qui retournèrent chez eux, il s'en trouva cent dix mille.

VII. La guerre des Helvéliens étant terminée, des députés de presque toute la Gaule, choisis entre les premiers des cités, vinrent féliciter César. « Quoique, dans cette guerre, le peuple romain eût vengé ses anciens outrages, l'issue n'en était pas moins avantageuse aux Gaulois qu'aux Romains ; car si, lorsque tout leur prospérait, les Helvétiens avaient abandonné leurs foyers, c'était en vue de porter la guerre dans toute la Gaule, de l'assujettir, de choisir, sur sa vaste surface, le pays le plus commode et le plus fertile pour s'y établir, et de rendre les autres cités tributaires ». Les députés sollicitèrent l'agrément de César pour convoquer, à jour fixe, une assemblée générale ^. 11 était certaines choses qu'ils voulaient lui demander d'un commun accord. César l'ayant permis, ils assignent un jour pour se réunir et chacun s'engage par serment à ne rien con-

i. Les écrivains variaient beaucoup sur le nombre des Helvétiens et de leurs alliés. Suivant Plularque, ils étaient trois cent mille ; quatre-vingt mille, suivant Polyène ; et Strabon rapporte qu'il périt quatre cent mille Gaulois, et qu'il n'y en eut que huit mille qui retournèrent dans leur pays. Tous ces auteurs n'ayant pu tirer leurs renseignements que des Commentaires de César, puisqu'ils diffèrent si essentiellement entre eux, il en résulte, et la chose parle d'elle-même, que ces différences viennent des copistes, qui ont interverti et confondu les chiffres.

2. La suite fait voir que cette prétendue assemblée n'était guère composée que des Eduens, de leurs clients et des Séquaniens.

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