‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 14 sur 164 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

l'autre : ils ne pouvaient donc ni les détacher, ni combattre avec aisance, n'ayant pas le bras gauche libre. Plusieurs, après l'avoir longtemps secoué, préférèrent abandonner leurs boucliers et combattre nus. Enfin, épuisés de blessures, ils commencèrent à reculer, en se dirigeant sur un tertre éloigné d'environ mille pas, et s'y postèrent. Nos gens les y suivaient, lorsqu'ils furent pris en queue et en flanc par les Boiens et les Tulinges, qui, au nombre d'environ quinze mille, fermaient l'ordre de bataille de l'ennemi et couvraient son arrière-garde. A cette vue, les Helvétiens, qui avaient gagné la hauteur, reviennent à la charge et renouvellent le combat. Les Romains font face et chargent de trois côtés : la première et la seconde lignes repoussent ceux que l'on a déjà culbutés et vaincus; la troisième soutient la nouvelle attaque. Le combat fut long, vif et douteux. Enfin, ne pouvant plus résister à nos efforts, une partie des ennemis se retire sur sa colline, l'autre se porte vers le bagage et les chariots. Pendant toute l'action, qui dura depuis la septième heure jusqu'au soir, on ne vit pas le dos d'un seul ennemi. On se battit encore fort avant dans la nuit, autour des bagages, parce que les barbares, s'étant fait un retranchement de leurs chariots, lançaient de dessus leurs traits avec avantage sur les assaillants. Ils en blessèrent aussi plusieurs avec de longues piques et des hallebardes, qu'ils glissaient entre les chariots et les roues. Après un long combat nous nous emparâmes des bagages et du camp. On y prit un des fils et la fille d'Orgétorix.

Il s'échappa de la bataille cent trente raille hommes qui, ayant marché toute cette nuit sans relâche et poursuivi leur route, sans se reposer un moment, arrivèrent le quatrième jour chez les Lingons. Notre armée ne put les suivre, parce que les soins dus aui blessés et la sépulture des morts l'arrêtèrent trois jours. César prévint les Lingons, par des lettres et par des agents, de ne fournir aux fuyards ni vivres, ni autre chose : sinon, il les traiterait comme eux. Au bout de trois jours, il se mit avec toutes ses troupes à la poursuite des Helvétiens. La disette de tout les réduisant à se rendre, ils lui envoyèrent des députés, qui, le rencontrant en chemin, se jetèrent à ses pieds, et, baignés de pleurs, demandèrent la paix en termes suppliants. Il les chargea d'ordonner aux Barbares de l'attendre dans l'endroit où ils se trouvaient alors : ils obéirent. En y arrivant, César leur demande des otages, leurs armes et les esclaves, réfugiés près d'eux. La nuit survient tandis qu'on cherche et qu'on rassemble ce qu'il exige. A la première veille, six mille hommes du canton nommé Urbigène, soit crainte d'être envoyés au supplice, quand ils auraient livré leurs armes, soit espoir de s'échapper et persuasion qu'au milieu de la foule innombrable qui se rendait, ils pourraient dérober leur fuite, ou que même on ne s'en apercevrait pas : six mille hommes, dis-je, partent du camp, et se dirigent vers le Rhin et les frontières de la Germanie. Dès que César l'apprend, il enjoint à ceux dont ils avaient traversé les terres de les chercher et de les lui ramener

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