LIVRE I
source des Gaulois, si César et le peuple romain ne venaient à leur aide, ce serait d'émigrer à l'exemple des Helvétiens, de chercher d'autres demeures, d'autres terres éloignées des Germains et, quoi qu'il pût arriver, de tenter la fortune. Si Arioviste était instruit de leur démarche, nul doute que tous les otages qu'il avait ne fussent livrés aux plus cruels supplices. La réputation de César et de son armée, sa victoire récente, le nom du peuple romain, pouvaient empêcher un plus grand nombre de Germains de passer le Rhin et mettre la Gaule à couvert de la tyrannie d'Arioviste ».
Après ce discours de Divitiacus, tous les assistants, baignés de larmes, se mirent à implorer le secours de César. Il observa que les Séquaniens ne faisaient rien de semblable, mais que, tristes et la tête baissée, ils regardaient la terre. Il en est surpris et leur en demande à eux-mêmes la raison : ils ne répondent pas et persistent dans leur morne silence. Ses questions réitérées ne pouvant en tirer la moindre parole, Divitiacus reprit: « Que le sort des Séquaniens était plus misérable et plus accablant que celui des autres, en ce qu'eux seuls n'osaient ni se plaindre, même en secret, ni implorer du secours, et que, quoique absent, le cruel Arioviste les frappait de terreur, comme s'il était présent. Car enfin les autres avaient la faculté de fuir ; mais les Séquaniens, qui l'avaient reçu chez eux et dont toutes les villes étaient en son pouvoir, étaient forcés de souffrir toutes ses barbaries ». César, ainsi mis au fait, rassure les Gaulois et promet de s'occuper de leur de-
mande. « Il avait rendu des services à Arioviste et comptait beaucoup sur son influence auprès de lui, pour faire cesser ses oppressions >. Il congédia l'assemblée avec cette assurance.
D'après ce qu'il venait d'entendre, plusieurs motifs le pressaient de penser à cette affaire et d'y prendre une part directe. D'abord il voyait, dans la dépendance et la servitude des Germains, les Éduens souvent traités par le sénat de parents et de frères: il apprenait qu'ils avaient des otages chez Arioviste et chez les Séquaniens, ce qui, dans l'état de grandeur actuelle du peuple romain, lui paraissait ignominieux pour la République et pour lui-même. Il considérait encore comme dangereux pour les Romains que les Germains prissent, par degrés, l'habitude de passer le Rhin et de venir en force dans la Gaule : il pensait que, s'ils l'avaient une fois envahie toute entière, ces hommes barbares et féroces ne manqueraient pas, à l'exemple des Cimbres et des Teutons, de passer dans notre province et de marcher de là sur l'Italie, n'y ayant surtout que le Rhône entre la Gaule romaine et les Séquaniens. C'est ce qu'il croyait devoir prévenir au plus tôt. Arioviste, d'ailleurs, était devenu d'une arrogance, d'une présomption que l'on ne pouvait plus souffrir.
Il jugea donc à propos d'envoyer vers ce prince et de l'inviter à choisir, entre les deux armées, un lieu pour une conférence: « Il avait à traiter avec lui de choses de la plus haute importance pour l'un et l'autre et pour la République ». Arioviste répondit: « Que, s'il