LIVRE I
avait eu besoin de César, il serait allé le trouver et que, SI César voulait de lui quelque chose, il devait faire le voyage : de plus il n'oserait, lui, sans une armée, aller dans la partie des Gaules occupée par César et, pour assembler une armée, il fallait beaucoup de vivres et d'argent. Au reste, il lui paraissait étonnant que, dans le canton de la Gaule qu'il avait soumis. César ou le peuple romain eût la moindre chose à voir ».
César, sur cette réponse, fît retourner vers lui ses envoyés et les chargea de lui dire : « Qu'après avoir reçu du peuple romain et de César, alors consul, le bienfait éclatant d'être traité par le sénat de roi et d'ami, telle était donc sa reconnaissance envers César et le peuple romain, qu'il trouvait gênante une entrevue à laquelle on l'invitait et qu'il ne jugeait pas à propos de discuter et de régler des objets d'un intérêt commun. Au reste, voici ce qu'on lui demandait : d'abord, qu'il ne fît point venir dans la Gaule de nouvelles bandes de Germains ; ensuite, qu'il rendît aux Éduens leurs otages, qu'il permît aux Séquaniens d'en faire autant, qu'il ne molestât plus les Éduens, et qu'il ne les attaquât ni eux, ni leurs alliés. Il s'assurerait, en agissant ainsi, la constante amitié de César et des Romains : sinon, comme le sénat avait arrêté, sous le consulat de M. Messala et de M. Pison,- que quiconque serait nommé gouverneur de la Gaule, protégerait, autant que le permettrait le bien de l'État, les Éduens et les autres amis du peuple romain. César ne serait pas indifférent au mal qu'on leur ferait ».;
Arioviste répliqua : « Que suivant le droit de la guerre, le vainqueur imposait les lois qu'il voulait aux vaincus ; que le peuple romain avait aussi coutume de suivre, eu pareil cas, non les ordres d'autrui, mais sa propre volonté: que, s'il ne prescrivait pas aux Romains l'usage qu'ils devaient faire de leurs droits, les Romains ne devaient pas le gêner dans l'exercice des siens. Les Éduens étaient devenus ses tributaires, parce qu'ayant tenté le sort des armes, ils avaient été battus, et César lui faisait beaucoup de tort, en ce que son arrivée avait diminué ses revenus. Il ne rendrait pas les otages des Éduens : il ne les attaquerait ni eux ni leurs alliés, s'ils s'en tenaient aux conventions et payaient le tribut exactement ; sinon, la fraternité du peuple romain ne leur servirait guère. Quand à ce que lui déclarait César, qu'il ne serait pas indifférent au mal que l'on ferait aux Éduens, personne ne s'était encore mesuré avec lui que pour son malheur: ils combattraient, quand César le voudrait, et il lui ferait voir ce que pouvait la valeur invincible des Germains, exercés comme ils l'étaient, et n'étant pas entrés sous un toit depuis quatorze ans ».
En même temps que César reçut cette réponse, il lui vint des députés des Éduens etdesTréviriens ; ceux-là, pour se plaindre des ravages que commettaient chez eux les Harudes nouvellement arrivés dans la Gaule. « Les otages mêmes, donnés à Arioviste, ne pouvaient leur assurer la paix». Les Tréviriens annonçaient: « Que les Suèves de cent bourgades, commandés par deux frères, Cimberius et Nassua, campaient sur iesli,