‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 21 sur 164 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

nulle autre légion ne le suivait, il n'en niarcheiait pas moins, suivi seulement de la dixième dont il était sur, et qui deviendrait sa cohorte prétorienne ». C'était son corps de prédilection, celui sur la valeur duquel il comptait le plus.

Ce discours fit une révolution étonnante dans les esprits; il y produisit une ardeur, une impatience extiêraes de combattre. Et d'abord la dixième légion fit remercier le général par ses tribuns de l'excellente opinion qu'il aA'ait d'elle, et l'assura qu'elle était toute prête à marcher. Ensuite les autres légions chargèrent leurs tribuns et leurs premiers centurions de les justifier auprès de César. « Elles n'avaient jamais eu ni incertitude ni crainte, et n'avaient jamais cru qu'il leur appartînt d'aA^oir une opinion sur les opérations militaires qui ne concernaient que le général ». Il reçut leurs excuses et partit, comme il l'avait dit, à la quatrième veille. Sur les renseignements pris par Divitiacus, celui des Gaulois auquel il se fiait le plus, il fit un détour de plus de quarante milles, pour que l'armée ne trouvât qu'un pays découvert. Au bout de sept jours de marche continue, ses coureurs lui apprirent qu'Arioviste était à vingt-quatre milles,

IX, Le Germain, instruit de son approche, lui envoie des ambassadeurs : « L'entrevue demandée précédemment pouvait avoir lieu ; dès que César s'était rapproché, Arioviste n'y voyait plus d'inconvénient », César ne rejeta point la proposition ; il croyait déjà ce prince revenu à des idées saines, puisqu'il offrait, de lui-même,

ce qu'il avait refusé d'accorder. Il avait de si grandes obligations à César et au peuple romain, qu'on devait espérer qu'il renoncerait à son obstination quand il saurait ce qu'on voulait de lui. L'entrevue fut fixée au cinquième jour suivant. De part et d'autre cependant il allait et venait de fréquents envoyés. Arioviste demanda : « Que César n'amenât pas d'infanterie : il craignait qu'on ne lui dressât une embuscade : ils n'auraient tous deux que de la cavalerie, autrement il ne viendrait pas ». César ne voulant pas que cela fit manquer la conférence, et n'osant confier sa personne à la cavalerie gauloise, crut que le mieux était d'en prendre tous les chevaux pour monter les légionnaires de la dixième, sur laquelle il comptait le plus, afin d'avoir, au besoin, une escorte absolument dévouée. Tandis qu'on y procédait, un soldat de cette légion dit assez agréablement : « Que César tenait plus qu'il n'avait promis ; ils ne devaient être que sa cohorte prétorienne, et il en faisait des chevaliers* ».

Dans une vaste plaine, à distance presque égale des deux camps, était un tertre assez grand où, suivant leur convention, se rendirent Arioviste et César; celui-ci fit arrêter à deux cents pas en arrière sa légion montée ; la cavalerie d'Arioviste se tint à pareille distance.

i. Le latin forme un jeu de mots qui ne peut se rendre en français ; il roule sur le mot scribere. Scribere ad pedites, c'était enrôler pour l'infanterie qui ne se composait que de plébéiens : scribere ad equum, comme dit ici le légionnaire, c'était ciéer Chevalier un simple citoyen, en le portant sur le contrôle de la cavalerie.

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