‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 20 sur 164 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

reproches : « D'abord, sur ce qu'ils se croyaient en droit de demander où on les conduisait et d'en discuter les motifs. Arioviste, sous le consulat de César, avait avidement recherché l'amitié du peuple romain : sur quoi jugeait-on qu'il s'écarterait si imprudemment de son devoir? Il était, lui, persuadé que, dès qu'Arioviste connaîtrait ses demandes et l'équité de ses propositions, il ne renoncerait pas à sa bienveillance ni à celle du peuple romain. Mais, si la démence et la fureur le poussaient à la guerre, qu'en avaient-ils à craindre à la fin? Pourquoi désespéreraient-ils de leur courage et de sa prévoyance? Déjà, du temps de nos pères, dans la bataille contre lesCimbres et les Teutons, bataille non moins glorieuse pour l'armée, que pour Marius même qui la commandait, ne s'était-on pas mesuré avec cet ennemi? Ne venait-on pas encore d'éprouver ce qu'il était, lors du soulèvement des esclaves d'Italie, qui même avaient pour eux quelque discipline, quelques manœuvres empruntées de nous. On put juger de tous les avantages de la fermeté quand, des hommes que, sans motif, on avait quelque temps redoutés presque nus, on les défit armés et vainqueurs. Enfin, c'étaient ces mêmes hommes qu'avaient souvent combattus et presque toujours vaincus non seulement dans l'Helvétie, mais dans la Germanie même, les Helvétiens, qui n'avaient pu cependant résister à notre armée. S'il était des gens sur qui fissent impression la défaite et la déroute des Gaulois, ils pourraient apprendre, s'ils s'en informaient.

que, las de la durée de la campagne, les Éduens, désespéraient déjà d'en venir aux mains, quand Arioviste, qui s'était tenu plusieurs mois renfermé dans son camp, au milieu des marais, sans donner sur lui aucune prise, les attaqua brusquement dispersés et les vainquit plutôt par adresse et par ruse que par bravoure : manière bonne avec des barbares sans expérience, mais à laquelle ce prince n'espérait pas luimême que les Romains se laisseraient prendre. Ceux qui rejetaient leur frayeur sur de prétendues inquiétudes relatives aux vivres et à la difficulté des chemins, étaient des présomptueux, qui avaient l'air de douter des talents de leur général, ou de lui dicter son devoir. Il s'occupait de ces objets: les Séquaniens, lesLeuques, les Lingons fournissaient des blés, et déjà, dans les champs, la moisson était mûre : quant aux chemins, ils en jugeraient bientôt par eux-mêmes. Pour ce que Von disait qu'on n'obéirait pas et que les enseignes resteraient immobiles, il n'en faisait pas le moindre cas. Il savait que si des armées avaient méconnu la voix de leur général, c'était, soit après une défaite, parce que la fortune l'avait abandonné, soit lorsqu'il y avait des preuves convaincantes de son avarice. Pour lui, sa vie entière était pure et son bonheur prouvé par la guerre des Helvétiens. En conséquence, il rapprocherait ce qu'il comptait différer de quelques jours et lèverait le camp la nuit suivante, à la quatrième veille, pour savoir au plus tôt ce qui l'emporterait chez les soldats, de l'honneur et du devoir, ou de la peur. Si

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