LIVRE I
jetait sur nos possessions, de même nous étions injustes de le troubler dans ses droits. Quant au sénatusconsulte qui avait donné le titre d'amis aux Éduens, il n'était ni assez barbare, ni assez étranger aux événements pour ignorer que les Éduens n'avaient point fourni des secours aux Romains dans la dernière guerre des AUobroges, et n'en avaient point reçu d'eux, lors de leurs querelles avec liii et les Séquaniens. Il devait soupçonner que, sous le prétexte de cette amitié, César n'avait une armée dans la Gaule que. pour sa ruine. Si donc il ne quittait ce pays et n'en retirait ses troupes, il verrait en lui non plus un ami, mais un ennemi dont la mort lui vaudrait la reconnaissance d'un grand nombre des premiers et des plus illustres de Rome : ils l'en avaient fait assurer par leurs agents et mettaient, à ce prix, leur bienveillance et leur amitié. Mais si César se retirait et lui laissait la libre possession de la Gaule, il reconnaîtrait généreusement ce service et prendrait sur lui la fatigue et les dangers de toutes les guerres dont il voudrait le charger ».
César lui déduisit au long les motifs qui l'empêchaient de se désister de ses demandes : « 11 n'était ni dans ses habitudes, ni dans celles du peuple romain, d'abandonner des alliés qui avaient très bien mérité d'eux, et ne jugeait pas que la Gaule appartînt à Arioviste plus qu'au peuple romain. Q. Fabius Maximus ayant battu les Arvernes et les Rutènes, le peuple romain leur as'ait pardonné sans les réduire en Province et sans exiger de tribut. Fallait-il avoir égard à
l'antériorité de date? Le droit des Romains à l'empire de la Gaule était le meilleur. Fallait-il s'en tenir à la décision du sénat? Il avait voulu que la Gaule vaincue conservât ses lois : la Gaule devait donc être libre.
X. Pendant ce pourparler, on annonce à César que la cavalerie d'Arioviste s'approche du tertre, caracole autour de nos gens et leur lance des pierres et des traits. César rompt la conférence, rejoint son escorte et lui défend de riposter en aucune façon ; car, quoique l'issue d'un combat entre une légion d'élite et de la cavalerie ne lui parût pas douteux, il ne voulait pas qu'après la déroute des ennemis, on put dire qu'il avait abusé de l'entrevue pour les surprendre. La nouvelle répandue dans les rangs de l'arrogance avec laquelle Arioviste avait, dans son discours, interdit aux Romains l'entrée de la Gaule, l'attaque faite par ses cavaliers, et la rupture des conférences qui en avait résulté, inspirèrent à l'armée une ardeur, un désir encore plus vifs de combattre.
Deux jours après, Arioviste envoie vers César : « Il voulait reprendre avec lui, sur les objets en discussion, la conférence interrompue : que César fixât le jour d'une nouvelle entrevue, ou, s'il ne voulait pas y venir, qu'il envoyât un de ses lieutenants». Césarne voyait rien qui motivât une conférence, d'autant plus que les Germains n'avaient pu s'empêcher la veille de lancer des traits à nos soldats. Envoyer un de ses lieutenants, ce serait l'exposer à de grands dangers de la part de ces