‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 24 sur 164 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

hommes féroces. Il crut que le mieux élait de leur dépêcher G. Valerius Procillus, fils de G. Valerius Gaburus, qui avait reçu de G. Valerius Flaccus le titre de Citoyen Romain; il connaissait la loyauté de ce jeune homme, plein de courage et de douceur, qui, de plus, parlait la langue Gauloise, devenue familière à Arioviste par une longue habitude, et qu'enfin les Germains n'avaient aucune raison de maltraiter : avec lui partit M. Mettius que l'hospitalité liait avec Arioviste. Ils étaient chargés d'écouter ses propositions pour en rendre compte. Dès qu'il les vit près de lui, il leur demande à haute voix: « Pourquoi ils viennent? Si c'est pour espionner »? Ils veulent parler, il les en empêche et les fait mettre aux fers. Le même jour, il lève le camp et vient se poster au pied d'une montagne, à six milles de notre armée.

Le lendemain, il dépasse le camp de Gésar et prend position deux milles au delà, dans l'intention de lui couper les vivres et les convois qui venaient du pays des Séquaniens et des Éduens. Ge jour et les quatre suivants, Gésar fit sortir ses troupes et les mit en bataille en avant de son camp, afin qu'Arioviste eût l'occasion de combattre, s'il en avait le désir : mais il tint pendant tout ce temps son armée renfermée, se contentant de faire chaque jour escarmoucher sa cavalerie : c'était le genre de combat auquel les Germains étaient le mieux exercés. Ils avaient six mille cavaliers avec autant de fantassins des plus agiles et des plus braves, choisis un à un dans toute l'armée par chacun des ca-

valiers, dont ils faisaient la sûreté et avec qui ils combattaient. En cas de désavantage, la cavalerie se repliait sur cette infanterie, qui soutenait le choc : elle couvrait ceux qu'une blessure dangereuse renversait de cheval, et, s'il fallait avancer ou se retirer rapidement, telle était son agilité, qu'elle suivait les chevaux dans leur course, en se tenant .aux crins.

Voyant qu'Arioviste ne sortait pas de son camp et ne voulant pas être privé plus longtemps de ses convois, César choisit une position avantageuse, six cents pas au delà de celle des Germains, y marche avec son armée formée sur trois lignes, et, gardant sous les armes les deux premières, il ordonne à la troisième de fortifier un camp, qui se trouvait, comme on l'a dit, à six cents pas environ des ennemis. Ariovisle envoie à peu près seize mille hommes de troupes légères avec toute sa cavalerie pour nous inquiéter et pour interrompre notre travail : César, suivant ses dispositions, fait face avec deux lignes, tandis que l'autre achève les retranchements. Quand ils sont finis, il y laisse une partie des auxiliaires avec deux légions, et ramène le reste dans le grand camp.

Le lendemain il fait, suivant sa coutume, sortir ses troupes des deux camps, les met en bataille à quelque distance du premier, et offre le combat à l'ennemi. Voyant qu'il ne se présente pas même alors, il fait, vers midi, rentrer son armée. Alors enfin Arioviste fit attaquer le petit camp par une partie de ses troupes. On se battit vivement jusqu'au soir, et de part et

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