LIVRE II
sieurs milles et tuèrent beaucoup de fuyards. Les troupes, qu'elles atteignirent d'abord, avaient fait face et soutenu vaillamment notre choc : mais les premiers partis, qui se croyaient à l'abri du péril et que ne retenaient ni la voix de leurs chefs, ni la nécessité, rompirent leurs rangs et cherchèrent tous leur salut dans la fuite ; en sorte que, sans courir le moindre danger, nos soldats en égorgèrent autant que le permit la durée du jour. Au coucher du soleil, ils abandonnèrent la poursuite, et revinrent au camp comme ils en avaient l'ordre.
IV. Le lendemain, avant que l'ennemi fût remis de sa terreur et de sa fuite, César conduisit l'armée dans le pays des Suessions, limitrophe des Rémois, et, faisant une grande journée, vint à Noviodunum. Il tenta d'enlever la ville d'emblée, parce qu'on la disait sans troupes, et, quoiqu'elle en eût fort peu, il ne réussit pas, à cause de la hauteur des murs et de la largeur du fossé. Il se retrancha donc et fit avancer des mantelets et rassembler tout ce qu'il faut pour un siège. Cependant, la nuit suivante, tous les fuyards Suessions se jetèrent dans la ville. Les mantelets s'approchaient rapidement du rempart, on avait élevé une terrasse et construit des tours, quand les Gaulois, étonnés de la grandeur de ces ouvrages, dont ils n'avaient pas même entendu parler, et de la célérité de l'exécution, députèrent à César pour se rendre. Il leur fit grâce, à la prière des Rémois, après s'être fait livrer toutes les armes de la ville et donner pour otages les principaux
citoyens, et même les deux fils du roi Galba. De là il
conduisit l'armée dans le pays des Bellovaques.
Ils s'étaient enfermés, avec tout ce qu'ils avaient, dans la ville de Bratuspantium, à cinq milles environ de laquelle César rencontra tous les vieillards qui en étaient sortis et qui se mirent à lui tendre les mains^ en disant dans leur langue : c Qu'ils se soumettaient et qu'ils ne prétendaient pas résister au peuple romain ». Et, quand il fut campé sous les murs, les femmes et les enfants, tendant aussi les mains du haut des remparts, lui demandaient la paix à leur manière.
Divitiacus intercéda pour eux : ayant aussitôt après la retraite des Belges, licencié les Éduens, il était revenu près de César. « De tout temps, dit-il, les Bellovaques avaient été les alliés et les amis des Éduens : ils ne s'en étaient détachés et n'avaient fait la guerre au peuple romain qu'à l'instigation de leurs chefs, qui disaient que César avait réduit les Éduens en esclavage et les accablait d'outrages et d'indignités. Les auteurs de cette intrigue, voyant les maux qu'ils avaient attirés sur la cité, s'étaient enfuis en Bretagne. Ce n'était pas les Bellovaques seuls, c'était aussi les Éduens qui invoquaient pour eux la clémence et l'humanité de César. Il augmenterait ainsi l'influence des Éduens dans toute la Belgique, où, de tout temps, ils avaient, en cas de guerre, trouvé des secours et des ressources ». César dit qu'à la considération de Divitiacus et des Éduens, il agréait la soumission des Bellovaques et leur faisait grâce. Mais, vu l'étendue de la cité qui, par sa popula-