LIVRE II
tre et nous laissa si peu de temps, que l'on n'eut pas celui de se parer de ses marques d'honneur ^, ni même de lacer les casques et d'ôter l'enveloppe des boucliers. L'endroit où chacun se trouva par hasard en abandonnant le travail, la première enseigne qu'il vit, ce fut là qu'il se rallia, afin de ne pas perdre, en cherchant son rang, le moment de combattre.
L'armée était disposée bien plus d'après l'urgence des circonstances, la pente du terrain et la localité, que d'après les règles de la tactique. Comme les légions faisaient face à l'ennemi sur différents points, l'une ici, l'autre là, et sans se voir, étant séparées par les haies épaisses dont on a parlé, il était impossible et de bien placer des réserves, et de prendre partout les mesures nécessaires, et que l'ensemble fût dirigé par un seul. Aussi dans un désordre si grand, les succès furent-ils variés.
Les Atrébates avaient en tête notre gauche, formée de la neuvième et de la dixième légions. Mais épuisés de leur course, hors d'haleine, en butte à nos javelots qui les plongeaient, ils furent bientôt couverts de blessures et rejetés dans le fleuve. Ils voulurent le repasser; nos soldats les suivirent l'épée à la main et, dans la confusion, leur tuèrent beaucoup de monde. Ils n'hé-
1. Ce que César appelle insignia, que nous rendons par marques d'honneur, étaient-ce les pennes qui s'élevaient audessus du casque du légionnaire et qu'il portait en route dans un fourreau? ou plutôt n'étaient-ce pas les colliers, les bracelets ou autres dons militaires, prix de la bravoure, dont, sans doute, le soldat ne manquait pas de se parer pour le combat.
sitèrent pas à franchir eux-mêmes la Sambre, et s'engagèrent dans une mauvaise position ; l'ennemi revenant alors sur ses pas voulut faire face, rengagea le combat et fut encore mis en fuite. D'un autre côté, la onzième et la huitième ayant culbuté les Véromanduens, qui les attaquaient, avaient transporté lecombaUde la hauteur sur la rive même du fleuve.
Mais le front et la gauche du camp étant presque entièrement dégarnis, tous les Nerviens, commandés par Boduognat, généralissime de l'armée, se portent dans l'ordre le plus serré sur notre droite, où étaient la douzième légion et non loin d'elle la septième : les uns nous prennent en flanc, tandis que les autres gagnent le point le plus élevé du camp. Cependant nos troupes légères et notre cavalerie, que l'ennemi avait, comme on l'a vu, culbutées de son premier choc, le retrouvant en face à leur rentrée au camp, s'enfuyaient d'un autre côté. Les valets ayant vu, du haut de la colline, deux légions victorieuses passer la rivière, étaient sortis par la porte Décumane pour piller: mais, regardant en arrière et apercevant l'ennemi dans le camp, ils prenaient précipitamment la fuite. On entendait en même temps le tumulte et les cris des charretiers du bagage que la terreur faisait courir çà et là. Au milieu de cette confusion (voyant le camp plein d'ennemis, les légions pressées vivement et presque cernées, les valets, la cavalerie, les frondeurs, les Numides, fuyant en tous sens à la débandade), les escadrons tréviriens, qui ont dans la Gaule une haute réputation de bravoure et que