‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 36 sur 164 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

leur cité avait envoyés comme auxiliaires à César, crurent l'affaire désespérée et reprirent le chemin de leur pays, où ils annoncèrent que les Romains avaient été complètement battus et que l'ennemi s'était emparé de leur camp et de leurs bagages.

Après sa courte harangue à la dixième légion. César avait passé à l'aile droite : il y trouva les siens vivement pressés par l'ennemi. Les légionnaires de la douzième, serrés autour de leurs enseignes réunies, se nuisaient à eux-mêmes dans le combat. La quatrième cohorte avait perdu son enseigne, son porte-enseigne et tous ses centurions : presque tous ceux des autres cohortes étaient mort ou blessés et le brave primipile, P. Sextus Baculus, percé de plusieurs coups dangereux, ne pouvait déjà plus se soutenir. Le reste se ralentissait : plusieurs soldats, abandonnés par les derniers des files, se retiraient de même et se dérobaient aux coups. L'ennemi cependant ne se relâchait point : il montait de front, il s'acharnait sur les flancs ; le moment était critique et l'on n'avait pas de réserve qu'on pût faire marcher. César, qui était venu sans bouclier, saisit celui d'un soldat des derniers rangs, s'avance au premier, appelle les centurions par leur nom, encourage les soldats et ordonne de charger et de se déployer pour qu'on puisse manier plus aisément l'épée. Son arrivée rend l'espoir au soldat et ranime son courage. Chacun, sous les yeux de son général, veut, jusqu'à la dernière extrémité, faire son devoir, et l'impétuosité de l'ennemi fut un peu ralentie. Comme il pressait également la sep-

tième, qui était près de là, César fit dire aux tribuns d'opérer peu à peu la jonction des légions, de manière à présenter deux fronts : le mouvement fut exécuté et, les deux corps s'appuyant ainsi, comme on ne craignit plus d'êlre pris à dos, la résistance devint plus vive et l'on se battit plus hardiment.

Cependant, sur la nouvelle du combat, les deux légions d'arrière-garde, qui escortaient le bagage. accouraient à toutes jambes et se montrèrent sur la crête de la colline ; et Labiénus, qui s'était emparé du camp ennemi, voyant de cette hauteur ce qui se passait dans le nôtre, fit marcher à notre secours la dixième légion, qui, apprenant des valets et des cavaliers qu fuyaient, sur quel point on se battait et le danger que couraient le camp, les légions et le général, fit toute la diligence possible. Son arrivée changea tellement l'état des choses, que même ceux des soldats qui gisaient couverts de blessures se soulevaient sur leurs boucliers pour prendre encore part à l'action ; que les valets, voyant la terreur de l'ennemi, osaient se jeter sans armes sur les hommes armés et que la cavalerie, pour effacer par sa bravoure la honte de sa fuite, se battait partout à l'envides légionnaires.

Mais, dans cette extrémité même, les ennemis montrèrent tant de courage, que, là où tombaient les guerriers du premier rang, ceux du second les remplaçaient, montés sur leurs cadavres; ceux-ci périssant encore et les corps morts s'amoncelant, ce qui restait nous lançait ses traits, comme d'un tertre, et nous renvoyait nos

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