LIVRE II
leur taille avantageuse fait, en général, mépriser aux Gaulois la petitesse de la nôtre.
Mais quand ils virent la tour se mouvoir et s'avancer A'ers la ville, frappés de ce spectacle étrange et nouveau, ils envoyèrent demander la paix à César par des députés qui lui dirent : « Qu'ils ne doutaient pas que les Romains dans la guerre ne fussent assistés par les Dieux, puisque, pour combattre de près, ils pouvaient faire mouvoir si rapidement d'aussi hautes machines. Ils se livraient donc à lui, corps et biens : seulement si dans sa clémence et dans sa bonté, qu'ils avaient entendu vanter, il avait résolu de leur faire grâce, ils le priaient, ils le conjuraient d'une chose, c'était de ne pas les dépouiller de leurs armes. Les Aduatiques n'avaient guère pour voisins que des ennemis jaloux de leur courage, et dont ils ne pourraient se défendre, après avoir rendu leurs armes. Il leur valait mieux, s'ils en étaient réduits là, souffrir tout des Romains, que de recevoir une mort cruelle de ceux auxquels ils avaient l'habitude de commander ».
César leur répondit : « Que, s'ils se rendaient avant que le bélier eût frappé le mur, il épargnerait leur cité, non qu'ils le méritassent, mais parce que c'était son usage. Au reste, il ne pouvait être question de composition s'ils ne livraient leurs armes : il ferait alors ce qu'il avait fait pour les Nerviens; il ordonnerait à leurs voisins de respecter les sujets du peuple romain i. Cette réponse fut portée aux assiégés qui promirent d'obéir. Ils jetèrent dans les fossés une telle quantité d'armes
que les tas s'en élevaient presque au niveau de leurs murs et de notre terrasse : cependant on vit par la suite qu'ils en avaient retenu et caché un tiers environ. Us ouvrirent après cela leurs portes et jouirent d'un jour de paix.
Sur le soir, César fit sortir les soldats de la ville et fermer les portes, de peur qu'on ne fit, de nuit, quelque violence aux habitants. Ils s'étaient, comme on l'apprit, concertés d'avance, croyant qu'après la reddition on retirerait les postes, ou que, du moins, le service ne se ferait pas aussi exactement. S'armant donc, les uns de ce qu'ils avaient caché, les autres de boucliers d'écorce ou d'un tissu d'osier qu'ils revêtirenftde peaux au moment, aussi bien que la brièveté du temps le permit, ils firent, à la troisième veille, une sortie brusque et générale vers la partie des lignes qui leur parut de moins difficile accès. Des feux allumés, suivant l'ordre de César, en ayant donné promptement avis, on y courut des redoutes les plus voisines. Les ennemis se battirent avec l'opiniâtreté qu'on devait attendre de braves gens, réduits à leur dernière ressource et n'ayant d'espoir que dans leur courage ; mais, exposés dans un fond aux traits lancés du rempart et des tours, ils furent rejetés dans la ville, avec perte de quatre mille hommes. Le lendemain on brisa les portes, sans éprouver de résistance, et nous entrâmes dans la ville. César fit vendre tout ce qui s'y trouva. Les acheteurs lui disent avoir compté soixante-trois mille têtes.