LIVRE II
javelots : en sorte que l'on put juger que ce n'était ■point par une folle présomption que des gens si braves avaient osé passer une très large rivière, franchir ses rives très élevées et gravir une pente très rapide, choses très difficiles qu'avait rendu faciles la grandeur de leur courage.
A la nouvelle de ce combat, où furent presque détruits le peuple et même le nom des Nerviens, les vieillards, qui, comme on l'a dit, avaient, ainsi que les femmes et les enfants, été mis à couvert derrière des lacs et des marais, persuadés que rien ne pourrait arrêter les vainqueurs, ni leur dérober les vaincus, envoyèrent, du consentement de tout ce qui restait, des députés à César pour se soumettre. Ils lui dirent, pour lui donner une idée de leur désastre, « Qu'il ne leur restait que trois sénateurs de six cents, et cinq cents hommes à peine de soixante mille en état de porter les armes ^ ». César, voulant montrer sa compassion pour ces malheureux suppliants, en prit le plus grand soin et leur laissa leurs terres et leurs villes, ordonnant aux peuples voisins de s'abstenir, eux et les leurs, de tout pillage et de toute violence à leur égard.
MI. Les Aduatiques, qui, comme on l'a dit, marchaient avec toutes leurs forces au secours des Nerviens,
1. Ou les Nerviens exagéraient leur perte pour exciter plus -de compassion, ce qui est assez probable, ou César l'a exagérée au delà de toute mesure. En effet on verra les Nerviens au cinquième livre mettre une forte armée sur pied.
apprenant leur défaite, retournèrent chez eux et, désertant leurs villes et leurs forts, transportèrent tous leurs effets dans une seule place, très forte d'assiette ; car les rochers prodigieux et les précipices qui l'entouraient ne laissaient d'accès que par une avenue en pente douce, large de deux cents pieds au plus, et défendue par un double mur très élevé, sur lequel on avait placé des quartiers de roche énormes et des poutres très pointues. Ce peuple descendait des Cimbres et des Teutons, qui, marchant sur notre Province et sur l'Italie, avaient déposé en deçà du Rhin les bagages qu'ils ne pouvaient emmener ou porter avec eux, et les avaient laissés sous la garde d'un corps de six mille hommes. Ceux-ci, tantôt agresseurs et tantôt attaqués, furent longtemps harcelés par les peuples voisins : ils firent enfin la paix et, de l'aveu général, s'étabhrent dans ce pays.
A l'arrivée de notre armée, ils firent de fréquentes sorties et livrèrent de petits combats : mais on les resserra dans leur ville par une ligne de circonvallation de douze pieds de haut, de quinze milles de circuit et garnie de nombreuses redoutes. Quand, après que l'on eut poussé des mantelets et élevé une terrasse, ils virent construire une tour dans l'éloignement, ils en plaisantaient d'abord et demandaient avec dérision du haut de leurs remparts : « A quoi bon bâtir au loin une si grande machine? Par quelles mains, par quelles forces comptait-on faire approcher de la ville une tour si pesante? surtout avec des hommes de si mince stature ». Car