LIVRE III
peine en échappa-t-il un quart à la cavalerie, qui les poursuivit dans une plaine très découverte et qui ne revint au camp que fort avant dans la nuit.
Au bruit de cette victoire, la plus grande partie de l'Aquitaine se soumit et envoya d'elle-même des otages à Crassus. Parmi ces peuples on compta les Vocates, les Tarusates, les Tarbelliens, les Bigerrions, les Préciens, les Élusates, les Garites, les Ausciens,les Garumniens, les Sibutzates et les Cocosates : quelques peuples plus reculés négligèrent de les imiter, vu la saison et l'approche de l'hiver.
V. Dans le même temps à peu près, quoique l'été fût presque fini, comme, toute la Gaule étant soumise, les Morins et les Ménapiens, qui n'avaient jamais envoyé de députés à César, restaient cependant en armes, il marcha contre eux avec son armée, comptant terminer en peu de temps cette guerre. Mais ils adoptèrent un plan bien différent de celui des autres Gaulois : car, sachant que les peuples les plus puissants, qui s'étaient mesurés avec nous, avaient été défaits et vaincus, ils se retirèrent avec tous leurs effets, dans leurs forêts entrecoupées de marais. Arrivé au commencement des bois, sans avoir vu les ennemis, César avait ordonné de se retrancher, quand ils s'élancent tout à coup de toutes les parties de la forêt, et tombent sur nos soldats dispersés pour le travail. Ceux-ci prennent promptement les armes, les rejettent dans le bois et en tuent beaucoup ; mais les ayant suivis dans des lieux trop fourrés, ils perdirent quelques hommes.
Dès lors, pendant le reste de la campagne, César s'occupa de faire abattre les bois et, pour prévenir toute attaque en flanc contre nos soldats, qu'on pourrait surprendre désarmés, l'on entassa tous les arbres coupés, la cime tournée vers l'ennemi; ce qui des deux côtés servait de retranchement. En peu de jours, on avait rasé un grand espace avec une incroyable rapidité : nous avions déjà pris du bétail et les derniers bagages, et l'ennemi gagnait des bois plus épais lorsqu'il survint des orages si violents qu'on fut forcé d'interrompre le travail et les pluies continuelles ne permirent pas de tenir plus longtemps le soldat sous la tente ^ Après avoir donc ravagé tout le pays et brûlé les bourgs et les habitations, César ramena~ l'armée en quartiers d'hiver chez les Aulerces, les Lexobiens et les autres peuples avec lesquels on venait d'être en guerre.
i. Le latin porte sub pellibus, parce que les tentes des Romains étaient de peaux.