LIVRE III
pousser vigoureusement la guerre, avec une armée nombreuse, et se nomment des généraux, qui avaient fait plusieurs campagnes sous Q. Sertorius et qui passaient pour consommés dans l'art militaire. Ceux-ci choisissent des positions, à la manière des Romains, fortifient leur camp et se proposent de nous couper les vivres. Voyant qu'il ne pouvait guère s'étendre, vu le petit nombre de ses troupes, que l'ennemi se renforçait chaque jour, que déjà, sans dégarnir son camp, il assiégeait les chemins et tenait la campagne, ce qui gênait beaucoup nos convois, Crassus crut urgent de livrer bataille : il exposa la chose au conseil, et le trouvant tout entier de son avis, il fixa le combat au lendemain.
Ayant fait, au point du jour, sortir toutes ses troupes, qu'il forma sur deux lignes avec les auxiliaires au centre, il attendait quel parti prendraient les ennemis. Quoique, à raison de leur nombre, de leurs anciens exploits et du peu que nous étions, ils se crussent certains du succès, ils jugeaient plus sur néanmoins de fermer les passages, de nous couper les vivres et d'obtenir la victoire sans coup férir. Si, par le manque de provisions, nous songions à la retraite, ils pensaient à nous attaquer en marche^ le sac sur le dos, embarrassés de nos bagages et découragés. Les chefs, goûtant cette idée, se tinrent dans leur camp et nous laissèrent en bataille : mais ce plan de temporisation ayant refroidi les Barbares et redoublé l'ardeur de nos soldats, qui s'écriaient tous « Qu'il fallait marcher au camp sans
tarder davantage », Crassus les harangue et, cédant au vœu général, les conduit à l'ennemi.
Tandis que les uns comblent le fossé, que les autres, par une grêle de traits chassent l'ennemi de ses terrasses, et que les auxiliaires, sur lesquels Crassus ne comptait pas beaucoup pour l'action, portent des pierres, des traits, du gazon et semblent faire partie des combattants ; tandis que, de son côté, l'ennemi se présente vaillamment et de pied ferme sur son rempart d'oîi ses traits ne tombent pas en vain, la cavalerie, ayant fait le tour du camp des Barbares, vient dire à Crassus qu'il n'est pas retranché partout avec le même soin, et qu'il est de facile accès vers la porte Décumane.
Crassus engage les préfets à n'épargner ni récompenses ni promesses pour animer leurs cavaliers, et leur donne ses instructions. Us prennent par son ordre quatre cohortes fraîches, laissées à la garde du camp, les conduisent par des détours, afin que l'ennemi ne puisse les apercevoir, et tandis que le combat occupe tous les yeux et tous les esprits, ils se hâtent d'arriver à l'endroit des lignes dont on a parlé, y font brèche et se trouvent dans le camp, avant que l'ennemi puisse bien voir ou connaître ce qui se passe. Les cris poussés de ce côté, donnant aux nôtres une force nouvelle, effet ordinaire^de l'espoir de la victoire, ils attaquent avec plus d'ardeur. Les ennemis enveloppés et voyant tout désespéré, s'élancent hors des retranchements et cherchent leur salut dans la fuite. De cinquante mille Aquitains ou Cantabres que l'on savait s'être réunis, à