‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 53 sur 164 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

qu'il amollit, énerve et rend peu propre à la fatigue.

Us regardent comme une très grande gloire pour la nation de n'avoir autour d'elle que des déserts ; c'est la preuve que plusieurs peuples n'ont pu résistera leurs attaques : aussi dit-on que, d'un côté de leur pays, un espace de six cents milles reste inhabité. Du côté opposé sont les Ubiens, cité jadis illustre et florissante autant que peut l'être une cité de Germains. Quoique sortis de la même tige, ils sont plus civilisés que les autres, parce que, bordant le Rhin, ils sont fréquemment visités par les marchands et que le voisinage des Gaulois leur en a fait goûter les mœurs. Les Suèves s'étaient souvent mesurés avec eux et, quoiqu'ils n'eussent pu les expulser de leur territoire, à cause de l'étendue el des forces de la cité, ils les avaient pourtant affaiblis, humiliés et rendus tributaires.

Les Usipètes et les Tenchthères dont nous avons parlé, furent de même en butte et résistèrent plusieurs années aux Suèves, qui les chassèrent enfin de leur pays. Après avoir erré çà et là dans la Germanie, ils arrivèrent sur le Rhin, chez les Ménapiens qui avaient, sur les deux rives, des terres, des maisons et des bourgs. Effrayés à l'approche d'une si grande multitude, ils désertèrent leurs habitations d'au delà du Rhin et, postés en deçà, empêchèrent les Germains de le passer. Ayant mis pour cela tout en œuvre et voyant qu'ils ne pouvaient réussir ni par la force, vu qu'ils étaient sans Faisseaux, ni par la surprise, attendu la vigilance des Ménapiens, les Germains feignirent de retourner chez

eux, revinrent sur leurs pas après trois jours de maj*che, et, leur cavalerie ayant fait dans une nuit le chemin de ces trois jours, ils tombèrent àl'improviste sur les Ménapiens, qui, informés de leur départ par des espions, étaient revenus en sécurité dans leurs bourgades au delà du Rhin. Les Germains les égorgèrent, prirent leurs bateaux, passèrent le fleuve avant que les Ménapiens d'en deçà fussent avertis et, s'emparant de leurs habitations, y vécurent de leurs provisions le reste de l'hiver.

IL Instruit de cet événement et craignant le caractère facile des Gaulois, qui, en général, aiment le changement et se déterminent légèrement, César ne crut pas devoir compter sur eux ; car ils ont l'habi. ude d'arrêter, bon gré mal gré, les voyageurs, pour s'informer de ce qu'ils ont vu ou ouï dire, et le peuple des villes entoure les marchands et les oblige à lui conter d'où ils viennent et ce qu'ils y ont appris. Souvent, d'après ces bruits et ces rapports, ils tranchent sur les affaires les plus importantes : aussi ne peuvent-ils tarder à se repentir de s'être fiés à de vagues ouï-dire, que le plus souvent on assortit à leur fantaisie.

Afin de prévenir une guerre plus sérieuse. César, qui les connaissait bien, partit pour l'armée plus tôt que de coutume. En y arrivant, il apprit que ses soupçons s'étaient réalisés ; plusieurs cités avaient député aux Germains pour \2S inviter à quitter les bords du Rhin : < On leur tiendr-: ^ 'et tout ce qu'ils demanderaient ». Attirés par cet espoir, les Germains étendaient leurs

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