LIVRE IV U
coursts et déjà s'étaient avancés jusque chez les Éburons et les Condruses, clients des Tréviriens. César convoqua les principaux de la Gc.ule et, croyant devoir dissimuler ce qu'il savait, il les caressa, les raffermit dans le devoir et, leur ayant demandé de la cavalerie, résolut de faire la guerre aux Germains.
Ayant rassemblé des vivres et fait un choix de cavalerie, il se dirigea vers les lieux oij ils devaient être; il n'en était plus qu'àquelques journées, lorsqu'il en reçut des envoyés qui lui dirent : « Que les Germains n'attaquaient pas les Romains; cependant, si on les inquiétait, ils ne refuseraient pas It». bataille. Ils tenaient de leurs aïeux la coutume de faire face à un ennemi, quel qu'il fîit, et non celle de conjurer l'orage par des prières : qu'il observât pourtant que, chassés de leur pays, ils étaient venus malgré eux dans la Gaule. Les Romains, s'ils le voulaient, auraient en eux d'utiles amis : que César leur assignât des terres, ou les laissât en possession de ce qu'ils avaient conquis. Us ne le cédaient qu'aux Suèves auxquels les dieux immortels ne pourraient eux-mêmes tenir tête, et, dans tout l'univers, il n'était aucun autre peuple qu'ils ne pussent vaincre ».
César répondit ce qu'il jugea convenable ; sa conclusion fut : « Qu'il ne pouvait exister entre eux et lui d'amitié, s'ils restaient dans la Gaule : quand on n'avait pu défendre ses propriétés, il n'était pas juste de s'emparer de celles d'autrui. On n'avait point dans la Gaule de terres vagues qu'on put leur donner sans nuire à personne, nombreux surtout comme ils étaient.
Mais les Ubiens avaient près de lui des envoyés pour se plaindre des Suèves et solliciter son secours, et les Germains étaient libres de s'établir chez ce peuple, dont il obtiendrait le consentement ».
Les députés répliquèrent : «: Qu'ils allaient en référer à leurs commettants et qu'ils rapporteraient, sous trois jours, le résultat de la délibération. Ils le priaient, en attendant, de ne pas avancer plus loin ». César refusa de leur accorder même ce point; car, sachant qu'ils avaient détaché, quelques jours auparavant, une grande partie de leur cavalerie pour piller et chercher des vivres chez les Ambivarites, au delà de la Meuse, il jugea qu'ils attendaient son retour et que tel était le motif du délai demandé.
La Meuse sort des Vosges, montagnes du pays des Lingons, reçoit un bras du Rhin, nommé le Vahal, qui forme avec elle l'île des Bataves et se jette dans l'Océan à quatre-vingts milles du Rhin tout au plus. Quant à celui-ci, sa source est dans les Alpes, chez les Lépontiens. Dans son cours long et rapide, il baigne le pays des Sarunètes, des Helvétiens, des Séquaniens, des Médiomatrices, des Tribocces, des Tréviriens, et, se divisant en plusieurs branches quand il approche de la mer, il forme plusieurs grandes îles habitées, la plupart, par des peuples féroces et barbares dont quelquesuns ne vivent, dit-on, que de poisson et d'oeufs d'oiseaux; enfin, il se jette dans l'Océan par plusieurs embouchures.
IlL César n'était plus qu'à douze milles de l'ennemi,.