‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 65 sur 164 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Sous le consulat de L. Domitius et d'Ap. Claudius, César, suivant son usage, alla passer l'hiver en Italie, laissant l'ordre aux lieutenants, qui commandaient les légions, de faire réparer, pour le printemps, les vieux vaisseaux et d'en construire le plus possible, de l'espèce et de la forme qu'il leur prescrivit. Pour la facilité de les charger et de les tirer à sec, on les fit un peu moins élevés que ceux dont on se sert dans nos mers, d'autant plus qu'il avait observé que l'alternative fréquente des marées rendait les vagues moins grosses dans l'Océan; mais ils furent un peu plus larges, afin qu'ils portassent plus de charge et de chevaux. 11 voulut aussi qu'ils allassent à voiles et à rames, et leur peu d'élévation les y rendait très propres. Enfin il fit venir d'Espagne tout ce qu'il fallait pour les équiper.

Après avoir tenu les assemblées de la Gaule cisalpine, il partit pour l'Illyrie dont il avait appris que les Pirustes dévastaient les frontières. En arrivant, il ordonne des levées dans les cités et désigne le lieu du

rassemblement. A cette nouvelle, les Pirustes lui envoient des députés pour le prévenir que le corps de la nation n'a pris aucune part à ce qui s'est fait et l'assurer qu'ils sont prêts à donner toute espèce de satisfaction. Il agrée leurs excuses, exige des otages, ordonne de les lui amener à jour fixe; sinon il leur déclare qu'il agira hostilement. Us obéirent ponctuellement et César nomma des arbitres respectifs pour estimer le dégât et fixer l'indemnité. Après avoir terminé cette affaire et tenu les assemblées, il revint dans la Gaule cisalpine, d'où il repartit pour l'armée.

Ayant, en arrivant, inspecté tous les quartiers d'hiver, il vit que, grâce au zèle singulier des soldats on avait, quoique l'on manquât de tout, construit environ six cents vaisseaux tels que l'on a dit, avec vingt-huit galères, et que, sous peu de jours, ils seraient presque en état d'être mis à l'eau : il en témoigna sa satisfaction aux soldats et aux directeurs des travaux, fît connaître ses intentions et donna l'ordre à toute la flotte de se réunir au port Itius, qui n'est éloigné que de trente milles de la Bretagne, et d'oii il savait que le trajet était le plus facile. Laissant pour cela le nombre de troupes qu'il crut suffisant, il partit lui-même avec quatre légions sans bagage et huit cents chevaux pour le pays des Tréviriens, qui ne paraissaient pas aux assemblées des Gaulois, qui n'exécutaient pas ses ordres, et qui, disait-on, intriguaient près des Germains, au delà du Rhin. Ce peuple qui, comme on l'a dit, borde le fleuve, outre qu'il a une infanterie nombreuse,

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