LIVRE V
est sans contredit le plus puissant de la Gaule en cavalerie.
Deux hommes s'y disputaient le premier rang, Indutiomarus et Cingétorix. Celui-ci, dès qu'il sut que César arrivait, vint le trouver et lui dit ce qui se passait dans la cité, l'assurant qu'il resterait dans le devoir avec tous les siens et ne se détacherait pas de l'alliance des Romains. Indutiomarus, au contraire, rassemble de la cavalerie et de l'infanterie : ceux à qui l'âge ne permet pas de porter les armes, il les cache dans les Ardennes, forêt immense qui s'étend depuis le Rhin jusqu'au pays des Rémois, à travers celui des Tréviriens ; enfin il se prépare à la guerre. Mais, sachant que, soit par suite de leurs liaisons avec Cingétorix, soit par la terreur qu'inspirait notre approche, plusieurs des principaux Tréviriens, qui voyaient ne pouvoir être utiles à la cité, commençaient à traiter séparément pour eux-mêmes, et craignant d'être abandonné de tout le monde, il envoya des députés à César : « 11 n'avait point voulu quitter ses concitoyens et se rendre près de lui, pour mieux maintenir sa cité dans son devoir et de peur qu'en l'absence de toute la noblesse, la populace ne s'égarât par ignorance : il était ainsi resté le maître, et, si César le permettait, il viendrait dans son camp remettre en ses mains son sort et celui de la cité ».
César voyait bien et les motifs du message et pourquoi Indutiomarus renonçait à ses projets. Cependant, pour n'être pas obligé de perdre son été chez les
Tréviriens, quand tout était prêt pour l'expédition de Bretagne, il ordonne àinduliomarus devenir le trouver avec deux cents otages, désignant entre autres son fils et tous ses parents nominativement. Indutiomarus les ayant amenés, il le rassure et l'exhorte à ne pas s'écarter de son devoir. 11 fait néanmoins venir séparément les principaux Tréviriens, qu'il met dans les intérêts de Cingétorix : César savait qu'il le méritait; mais il croyait très important en outre d'augmenter dans la cité l'influence d'un homme qui lui avait montré tant de dévouement. Indutiomarus vit avec douleur diminuer son crédit, et la haine qu'il nous portait déjà en devint encore plus ardente,
II. César, ayant pris ces arrangements, ramena ses légions au port Itius. Il y apprit que quarante vaisseaux construits chezlesMeldiens n'avaient pu continuer leur route, la tempête les ayant repoussés et reportés au lieu de leur départ: le surplus était pourvu de tout et prêt à mettre en mer. Au même port se rassemblèrent de toute la Gaule quatre mille hommes de cavalerie avec les premiers de chaque cité. Craignant un mouvement en son absence, César avait résolu de ne laisser derrière lui qu'un petit nombre de grands, dont il connaissait l'attachement, et d'emmener les autres pour otages.
De ce nombre était l'éduen Dumnorix, dont on a déjà parlé : il était un des premiers qi"- 12Jsar voulait avoir avec lui, parce qu'il le savait très porté pour un changement, passionné pour le pouvoir, fort entrepre-