‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 76 sur 164 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

pouvait survenir en chemin et qui s'était, en conséquence, opposé au départ, n'oubliait rien de relatif à la sûreté commune : il appelait par leur nom, il encourageait les soldats, remplissait ainsi ses devoirs de général et se battait comme un soldat. Comme, attendu la longueur de la colonne, les''deux chefs ne pouvaient aisément tout voir par eux-mêmes et faire, suivant les lieux, les dispositions nécessaires, ils firent proclamer d'abandonner le bagage et de se former en cercle. Quoique, dans la circonstance, ce parti ne fût pas à blâmer, il eut des suites funestes; car, comme il parut dicté par la plus vive crainte et par le désespoir, il affaiblit la confiance du soldat et redoubla Fardeur de l'ennemi. De plus, ce qui était infaillible, la plupart des soldats quittèrent les enseignes et coururent enlever des chariots chacun ce qu'il avait de plus précieux, faisant retentir tout le vallon de lamentations et de cris. Mais les Barbares ne manquèrent point de conduite : car les chefs firent proclamer dans toute l'armée : « Que personne ne quittât son poste; le butin était pour le soldat; tout ce que les Romains abandonneraient lui appartiendrait; qu'il songeât donc que tout dépendait de la victoire ». Nos soldats ne le cédaient ni en nombre ' ni en courage : abandonnés par leur chef et par la fortune, ils mettaient tout leur espoir dans leur valeur, et, partout où se jetait une cohorte, on voyait tomber un grand nombre d'ennemis. Ambiorix, le remarquant, fit donner l'ordre aux siens : c De lancer leurs traits de loin, de ne pas s'approcher et de

reculer partout où on les chargerait : vu la légèreté de leurs armes, ils ne pouvaient de front, faire de mal aux Romains trop bien exercés; quand ils se replieraient sur les enseignes, on avancerait de nouveau », L'ordre fut parfaitement exécuté. L'ennemi fuyait avec la dernière vitesse, dès qu'une cohorte se détachait du cercle et chargeait : cependant ses flancs dégarnis étaient nécessairement exposés aux traits. Voulait-elle revenir au point d'où elle était partie? elle était en butte et au corps qui lui avait fait place et aux corps les plus voisins. Voulait-elle tenir ferme? la valeur ne pouvait se déployer et, dans ses rangs serrés, les traits d'une telle multitude ne pouvaient tomber à faux.

Malgré tous ces désavantages et quoique couverts de blessures, nos soldats se défendaient pourtant. Il était huit heures et l'action, qui avait commencé avec le jour, en avait duré la plus grande partie, sans qu'ils eussent rien fait d'indigne d'eux, lorsque T. Balventius, officier très brave et très estimé, qui avait été fait primipile l'année précédente, eut les deux cuisses traversées par une demi-pique : Q. Lucanius, du même grade, qui combattait avec la plus grande valeur, fut tué, en secourant son fils enveloppé par les ennemis : le lieutenant L. Arunculéïus Gotta, tandis qu'il encourageait chaque cohorte et chaque rang, fut blessé d'un coup de fronde au visage.

Alors Sabinus consterné, voyant dans le lointain Ambiorix qui animait ses troupes, lui envoie Cn. Pompéïus, son interprète, pour le prier de l'épargner lui

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