‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 75 sur 164 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Il considérait les choses et non les assertions de l'ennemi. Le Rhin était à deux pas; les Germains étaient ulcérés de la mort d'Arioviste et de nos succès précédentgi La Gaule brûlait de venger tant d'outrages reçus, sa liberté ravie, la gloire de ses anciens exploits anéantie. Qui se persuaderait enfin qu'Arabiorix eût pris au hasard un parti pareil? Son avis, à lui, offrait sûreté de deux côtés. S'il n'existait rien de fâcheux, on rejoindrait sans danger la prochaine légion : si toute la Gaule était liguée avec les Germains, il n'y avait de salut que dans la célérité. Quant au parti que proposaient Gotta et ses adhérents, qu'en résulterait-il ? Si pour le moment il était sans danger, on aurait toujours à craindre un long siège et la famine ».

L'un et l'autre ayant ainsi déduit ses motifs, comme Gotta et les premiers centurions tenaient fortement à leur avis : Emportez-le donc, puisque vous le voulez, dit Sabinus, et d'une voix plus élevée, pour être entendu d'une grande partie des soldats ; pour moi, je ne suis pas ici celui que le péril effraye le plus : ceux-là goûteront mes raisons, Cotta, et, s'il arrive quelque malheur, ils s'en prendront à toi, eux qui, si tu le permettais, réunis dès après-demain au cantonnement voisin, courraient une chance commune avec leurs camarades et ne périraient point par le fer et la faim, isolés et relégués loin d'eux.

Le conseil se lève : on s'attache aux deux commandants ; on les conjure : a De ne pas rendre les choses désespérées par leur dissension et leur opiniâtreté. On pouvait, sans danger, ou rester, ou partir, pourvu que

tout le monde fût d'accord : la mésintelligence, au contraire, détruirait tout espoir >. La contestation dura jusqu'à minuit : enûn Cotta, ébranlé, se désiste ; l'avis de Sabinus l'emporte; on arrête de partir au point du jour. Le reste de la nuit se passe sans dormir, chaque soldat examinant ce qu'il peut emmener et ce qu'il lui faudra laisser de son équipement d'hiver. On imagine tout ce qui peut rendre le séjour périlleux et le danger plus grand par l'abattement et l'insomnie du soldat. Au point du jour on part du camp, en colonne fort allongée avec beaucoup de bagages, comme des gens convaincus que le conseil d'Ambiorix n'était pas celui d'un ennemi, mais d'un homme tout dévoué.

Le bruit qui se fit toute la nuit dans le camp, où l'on était resté debout, ayant appris à l'ennemi qu'on partait, il s'embusque en deux endroits du bois, où, caché dans une position avantageuse, il attendit les Romains, à deux milles environ du camp. Quand la majeure partie des troupes se fut enfoncée dans un grand vallon, il parut tout à coup sur les deux revers et, poussant l'an ière-garde d'une part, de l'autre empêchant l'avantgarde de gagner les hauteurs, il engagea le combat dans une position très mauvaise pour nos troupes.

Alors enfm Titurius, qui n'avait encore songé à rien, s'agite, court çà et là, met les cohortes en bataille, tout cela même d'un air abattu, en homme qui se croit sans ressources; comme il arrive le plus souvent quand on est réduit à prendre son parti au moment même. Mais Cotta, qui avait jugé que pareille chose

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