LIVRE I
des radeaux dont ils firent un grand nombre. Mais arrêtés par lesretranchements,repousséspar le choc et les traits des soldats et n'ayant pu se faire jour nulle part, ils abandonnèrent l'attaque.
Il ne leur restait que le chemin par le pays des Séquaniens, impraticable, sans leur consentement, à cause des défilés. Ne pouvant obtenir eux-mêmes cet aveu, ils envoient prier l'éduen Dumnorix de le solliciter pour eux. Dumnorix avait beaucoup de crédit chez les Séquaniens par ses manières et par ses largesses, et c'était un ami des Helvétiens, parce que son épouse, fille d'Orgétorix, était de leur cité : déplus, entraîné par la passion de régner et visant à une révolution, il voulait s'attacher par la reconnaissance le plus de cités possible. Il se charge donc de l'afl'aire, obtient des Séquaniens le passage pour les Helvétiens et fait donner respectivement des otages ; par ceux-là, pour garantir aux derniers qu'ils ne seront pas inquiétés dans leur marche; par ceux-ci, pour assurance qu'ils ne commettront ni violence ni dégât.
I On vint annoncer à César que les Helvétiens avaient dessein de se rendre par le pays des Séquaniens et des Éduens dans celui des Santons, peu éloigné des terres des Tolosates, dont la cité fait partie de notre province. On aurait, en ce cas, et il trouvait fort dangereux d'avoir pourvoisin,dansunpaysde plaines et très fertile en blé, un peuple belliqueux, ennemi des Romains. Laissant en conséquence à T. Labiénus, son lieutenant, le commandement de ses lignes, il se rend lui-même à
grandes journées en Italie, y lève deux légions, en prend trois qu'il avait en quartiers d'hiver près d'Aquilée et marche avec ses troupes vers la Gaule ultérieure, à travers les Alpes, par le plus court chemin. Les Centrons, les Graïocèles, les Caturiges, ayant occupé les hauteurs pour lui disputer le passage, il les culbute dans plusieurs combats et, d'Ocelum, qui est à l'extrémité de la Gaule citérieure, il arrive en sept jours dans la Gaule ultérieure, sur les terres des Vocontiens, d'où il conduit son armée chez les Allobroges et, de là, chez les Ségusiens, qui sont le premier peuple que l'on trouve hors de la Province au delà du Rhône.
Les Helvétiens, avec tous leurs bagages, avaient déjà traversé les défilés et le pays des Séquaniens et ravageaient celui des Eduens, qui, hors d'état de se défendre, députèrent vers César pour implorer son secours : « Ils s'étaient, de tout temps, conduits, à l'égard du peuple romain, de manière à ne pas mériter de voir, presque souslesyeuxde notre armée, leurs champs dévastés, leurs enfants enlevés pour l'esclavage et leurs villes prises d'assaut j. En même temps, les Ambarrcs, amis des Éduens et du même sang, font également savoir à César « Que leurs terres ont été ravagées et qu'ils ont peine à se défendre dans leurs villes ». Enfin ceux des Allobroges, qui avaient des bourgs et des biens au delà du Rhône, se réfugient à l'armée de César et lui exposent « Qu'il ne leur reste que le sol de leurs propriétés >. Tout cela le détermine à ne point attendre