‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 9 sur 164 · LIVRE I 2t · texte numérisé non relu

LIVRE I 2t

que les Helvétiens soient arrivés chez les Santons, après avoir tout détruit chez ses alliés.

La Saône, qui passe entre les terres des Éduens et celles des Séquaniens pour se jeter dans le Rhône, est un fleuve d'une si incroyable lenteur, que l'on ne peut juger à l'oeil en quel sens il coule. Les Helvétiens le passaient sur des bateaux et des radeaux. Dès que César sait par ses éclaireurs que trois de leurs divisions sont au delà et qu'il ne reste en deçà que la quatrième, il part de son camp à la troisième veille, avec trois légions, atteint cette arrière-garde, l'attaque et, dans la surprise et dans le désordre, en taille en pièces une grande partie : le reste prend la fuite et se cache dans les bois voisins. Ce corps était celui des Tigurins, qui forment un des quatre cantons de la république helvétique. Ce peuple ayant quitté ses foyers sous la génération précédente, avait, seul, fait passer sous le joug l'armée du consul L. Cassius, qui fut tué. Ainsi, soit hasard, soit providence des dieux immortels, la portion de la cité helvétique dont le peuple romain avait reçu cette funeste atteinte, fut punie la première. César vengea dans ce jour, non seulement les pertes de l'État, mais encore un grief personnel; car L. Pison, aïeul de son beau-père L. Pison et lieutenant de Cassius, avait péri dans l'action. Après le combat, il jette un pont sur la Saône et la fait passera son armée, afin de joindre le reste des Helvétiens.

Étonnés, et de son approche soudaine, et d'apprendre

qu'il avait franchi le fleuve en un jour, ce qu'ils avaient fait avec beaucoup de peine en vingt, ils lui envoient une députation dont le chef était Divicon, qui les avait commandés dans la guerre contre Cassius. Il dit à César : « Que si le peuple romain faisait la paix avec les Helvétiens, ils iraient et se fixeraient où César l'indiquerait et le voudrait; s'il continuait les hostilités, qu'il se ressouvînt de l'échec essuyé jadis par les Romains et de l'antique valeur des Helvétiens. Pour avoir surpris un de leurs cantons, quand il ne pouvait être soutenu par ce qui avait passé le fleuve. César ne devait ni les mépriser, ni trop présumer de ses forces. Ils avaient appris de leurs pères et de leurs aïeux à faire plus d'usage de la bravoure que de la ruse et de la surprise. Qu'il prît donc garde que le lieu où ils étaient ne devînt fameux par quelque nouveau désastre du peuple romain et ne rappelât un jour la destruction de son armée ».

César répondit : « Qu'il balançait d'autant moins sur le parti à prendre, qu'il avait présent ce qu'ils lui rappelaient et le ressentait d'autant plus vivement que le peuple romain l'avait moins mérité. S'il s'était reproché quelque injustice, il lui eût été facile d'être sur ses gardes; ce qui l'avait déçu, c'est qu'il ne se connaissait aucun motif de craindre et qu'il ne croyait pas devoir craindre sans motif. Mais quand on voudrait bien oublier cet ancien affront, pourrait-on aussi perdre la mémoire des insultes récentes, de leurs tentatives pour forcer le passage qu'on leur refusait, des

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