LIVRE V
que l'ennemi, s'il l'intercepte, ne découvre pas ses projets. Il charge cet homme, s"il ne peut parvenir jusqu'au camp, de l'y lancer attachée à une javeline. La lettre portait : « Qu'il était en marche avec ses légions et qu'il arriverait bientôt : il exhortait Cicéron à se rappeler son ancienne valeur ». Le Gaulois craignit de s'exposer et lança la javeline, suivant ses instructions. Elle s'attacha par hasard à une tour et y resta deux jours, sans être aperçue. Le troisième, un soldat la vit et la porta à Cicéron, qui, l'ayant lue, assembla les troupes et les combla de joie, en la leur relisant à haute voix. On découvrait déjà, dans le lointain, la fumée des incendies, ce qui levait tout doute sur l'approche des légions.
Les Gaulois, en étant instruits par leurs coureurs, lèvent le siège et marchent à César avec toutes leurs forces, montant environ à soixante mille combattants. Cicéron, ayant le moyen d'écrire à César, demande encore à ce Verticon, dont on a parlé, un Gaulois pour porter sa lettre et l'exhorte à marcher avec diligence et précaution. Il marque à César: « Que les ennemis ont abandonné le siège, pour tourner toutes leurs forces contre lui ». César reçoit la lettre vers minuit, la communique à l'armée, l'encourage et l'anime au combat. Le lendemain, au point du jour, il lève le camp, fait environ quatre milles et découvre les troupes nombreuses des Barbares au delà d'une large vallée, où coulait un ruisseau. Il eût été fort dangereux de combattre une armée aussi forte dans une position peu
avantageuse ; Cicéron, d'ailleurs, étant délivré, la célérité ne paraissait plus aussi essentielle. César se retranche donc dans la meilleure position qu'il trouve et, quoique un camp de sept mille hommes au plus, sans aucun bagage, dût naturellement être fort petit, il le resserre encore le plus qu'il peut, en rétrécissant les rues, pour le rendre tout à fait méprisable à l'ennemi. Cependant il envoie de tous côtés à la découverte, aûn de savoir où il pourra le plus aisément passer le vallon.
Après quelques escarmouches de cavalerie près du ruisseau, l'on garda sa position ce jour-là de part et d'autre ; les Gaulois, pour attendre des renforts qui leur venaient ; César, pour tâcher, en jouant la crainte, d'attirer en deçà du vallon les ennemis, afin d'en venir aux mains devant son camp : s'il n'y réussissait pas, il voulait bien connaître les chemins, pour passer ensuite, avec moins de danger, le vallon et le ruisseau. A la pointe du jour, la cavalerie ennemie s'approche de notre camp et engage le combat avec la nôtre : César ordonne, à dessein, à celle-ci de céder et de rentrer dans le camp : il fait, en même temps, exhausser partout le rempart et fermer les portes, avec ordre de s'y employer avec toute l'agitation et tous les signes de frayeur possibles.
Toutes ces démonstrations engagent les ennemis à passer le vallon et à se mettre en bataille dans une mauvaise position. Comme on avait retiré les troupes, même du rempart, ils se rapprochent encore et lancent