‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 80 sur 164 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Pullion lui porte secours à son tour et tous deux rentrent dans le camp, sans blessures et couverts de gloire. Dans ce défi, la fortune et le combat tournèrent de manière que les deux rivaux se secoururent et se sauvèrent l'un l'autre, et que l'on ne put décider lequel méritait le prix de la bravoure.

Plus la position devenait critique et périlleuse, en cela surtout que, la plupart des soldats étant couverts de blessures, on était réduit à une poignée de combattants, et plus on adressait de lettres à César: les exprès, s'ils étaient pris, périssaient dans les tourments à la vue des Romains. Dans le camp était un noble nervien nommé Verticon, qui, dès le commencement du siège, s'était rendu près de Cicéron et lui avait juré fidélité. II engage un esclave, par l'espoir de la liberté et d'une récompense considérable, à se charger de lettres pour César. Cet homme les emporte attachées à un javelot : Gaulois, il circule, sans être soupçonné, parmi des Gaulois et parvient jusqu'à César, qui connut ainsi le danger où étaient Cicéron et sa légion.

VIII. Ayant reçu ces dépêches vers la onzième heure, César envoie sur le champ l'ordre à M. Crassus qui avait ses quartiers à vingt-cinq milles, chez les Bellovaques, de partir à minuit et d'arriver promptement avec sa légion. Crassus se met en route avec le courrier. Un autre avait porté au lieutenant C. Fabius l'ordre d'amener sa légion à un endroit du pays des Atrébates, où César savait devoir passer. II écrit encore à Labiénus de se rendre avec la sienne sur la frontière

des Nerviens, si le service de la République le permet. Il ne crut pas devoir attendre le reste de l'armée, qui était un peu trop éloigné. Il tire, des quartiers les plus voisins, environ quatre cents cavaliers. Vers la troisième heure, les coureurs de Crassus annoncèrent son arrivée. Comme il avait dans Samarobriva les bagages de l'armée, les otages des cités, les registres publics et sa provision de blé pour l'hiver, César y laissa Crassus avec une légion. Il fit ce jour-là vingt milles et ne tarda pas à être joint sur la route par Fabius. Quant à Labiénus, vu qu'à la nouvelle de la mort de Sabinus et du massacre des cohortes, toutes les forces des Tréviriens s'étaient portées vers son camp, il craignit de ne pouvoir, dans une marche qui aurait l'air d'une fuite, résister à l'attaque des ennemis, exaltés comme il les savait par notre échec tout récent; il écrivit donc à César le risque qu'il courrait à retirer la légion de ses quartiers; il lui mandait ce qui s'était passé chez les Éburons, et l'informait que toutes les forces des Tréviriens, infanterie et cavalerie, avaient pris position à trois milles de lui.

César approuva ses raisons et, quoique après avoir compté sur trois légions il fût réduit à deux, jugeant que le salut commun dépendait uniquement de la célérité, il vint, à grandes journées, dans le pays des Nerviens. Il y apprit, par des prisonniers, ce qui se passait autour de Cicéron et dans quel danger il était. Alors il engage, par de grandes promesses, un cavalier gaulois à lui porter une lettre qu'il écrit en grec, afin

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