‹ Commentaires sur la guerre des GaulesChapitre 83 sur 164 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

cer la guerre ; on tenait des assemblées, de nuit, dans des lieux déserts; et César ne fut pas, de tout l'hiver, un moment sans inquiétude et sans recevoir quelque avis sur les conciliabules et les mouvements des Gaulois. Entre autres le lieutenant L. Roscius, qui commandait la treizième légion, lui fit savoir, « que, les cités nommées armoricaines, ayant rassemblé de grandes forces pour Tattaquer, cette armée était venue jusqu'à huit milles de son quartier ; mais qu'à la nouvelle de la victoire de César, elle s'était éloignée d'une manière qui ressemblait plus à une fuite qu'à une retraite ».

César, ayant appelé près de lui les premiers de chaque cité, intimide les uns, en leur déclarant qu'il sait ce qui se passe, rassure les autres et maintient une grande partie de la Gaule dans son devoir. Cependant les Sénonais, cité des plus puissantes et d'une grande influence, projettent d'un commun accord de tuer Gavarinus, que César leur avait donné pour roi. Ils avaient été jadis gouvernés par ses ancêtres, et par son frère Moritasgus, à l'arrivée de César dans la Gaule. Gavarinus, ayant pressenti leur dessein, prit la fuite : ils le poursuivirent jusqu'à la frontière et le privèrent de ses biens et de la royauté. Ils députèrent ensuite vers César pour se justifier : mais comme il eut ordonné au sénat entier de venir le trouver, on n'obéit pas. La chose eut tant d'influence sur les Barbares, de trouver un peuple qui provoquait la guerre, et il en résulta dans les esprits un tel changement,

qu'il n'y eut presque plus de cité qui ne nous fût suspecte, excepté lesÉduens et les Rémois, pour qui César eut toujours une considération particulière, à raison de l'ancien et constant attachement des premiers pour le peuple romain, et des services récents rendus par les derniers dans les guerres de la Gaule. Je ne sais si ce mécontentement général doit étonner, pour plusieurs raisons, surtout à cause de la douleur amère que ressentaient les Gaulois d'être déchus, au point de recevoir des ordres des Romains, eux que les exploits avaient mis au-dessus de toutes les nations.

Indutiomarus et les Tréviriens n'avaient, d'un autre côté, cessé d'envoyer des députés, d'intriguer pendant tout l'hiver auprès des cités de l'autre rive du Rhin et de leur offrir de l'argent, en les assurant « que la plus grande partie de l'armée romaine avait péri et qu'il n'en restait que les débris >. Cependant ils ne purent déterminer aucun peuple à passer le Rhin ; « Après ce qu'on avait éprouvé dans la guerre d'Arioviste et dans l'excursion des Tenchthères, on ne devait plus, leur dit-on, tenter la fortune >. Indutiomarus, déchu de cet espoir, n'en commence pas moins à lever des troupes : il les exerce, achète des chevaux des peuples voisins, attire à lui, par une forte solde, les bannis et les brigands de la Gaule ; et déjà, ses préparatifs lui avaient acquis tant d'influence, que des députations accouraient de tous côtés pour lui demander soit hautement, soit en secret, sa bienveillance et son amitié.

Voyant qu'on le recherchait, que, d'un côté, le

Page 1