LIVRE V
sentiment de leurs attentats animait les Sénonais et les Carnutes; que, d'un autre, les Aduatiques et les Nerviens se préparaient à la guerre, et que, s'il sortait une fois de son pays, il ne manquerait pas de volontaires, il convoque une assemblée armée. Dans les mœurs des Gaulois, c'est par là qu'on commence la guerre : la loi oblige, sans exception, tout ce qui est dans l'âge de puberté à s'y trouver en armes, et le dernier arrivé périt, aux yeux des autres, dans toute espèce de tourments. Indutiomarus fait, dans cette assemblée, déclarer ennemi public le chef du parti contraire, Cingétorix, son gendre (qui s'était, comme on Ta dit, attaché à César, auquel il restait fidèle), et confisque ses biens : il annonce ensuite à l'assemblée « qu'appelé par les Sénonais, les Carnutes et plusieurs autres peuples, il se rendra dans leur pays par celui des Rémois, dont il ravagera les terres; mais avant tout il attaquera le camp de Labiénus ». Il donne ses ordres en conséquence.
Labiénus, renfermé dans un camp aussi bien fortifié par l'art que par la nature, ne craignait rien pour luimême ni pour la légion ; il songeait à ne pas laisser échapper l'occasion de bien faire. Informé par Cingétorix et par ses parents du discours d'Indutiomarus, il dépêche des courriers dans toutes les cités voisines,leur demande de la cavalerie, et lui donne rendez-vous à jour fixe. Indutiomarus cependant rôdait presque chaque jour autour du camp avec la sienne, tantôt pour reconnaître les lieux, tantôt pour parlementer ou pour
intimider; et, le plus souvent, toute son escorte lançait ses traits dans le camp. Labiénus retenait les soldats au dedans et faisait son possible pour que l'on crût de plus en plus à sa frayeur.
Voyant qu'Indutiomarus s'approchait du camp avec plus de mépris chaque jour, Labiénus y fait entrer, une nuit, toute la cavalerie qu'il avait eu soin de tirer des cités voisines, et veille si exactement à ce que personne ne sorte, que les Tréviriens ne purent en aucune manière avoir ni vent ni nouvelle de la chose. Cependant, suivant son habitude journalière, Indutiomarus s'approche et passe une grande partie de la journée à la vue du camp : ses cavaliers lancent leurs traits et provoquent nos troupes au combat, avec les expressions les plus outrageantes. Comme on ne leur répond pas, ils se retirent sur le soir, quand ils le jugent à propos, et se dispersent sans ordre. Tout à coup Labiénus fait sortir sa cavalerie par deux portes : prévoyant ce qui arriva, que les ennemis épouvantés prendraient la fuite, il prescrit, il ordonne qu'on ne s'attache qu'à Indutiomarus, et qu'avant de s'en être défait, on ne frappe pas même un autre homme ; car il ne voulait pas qu'en s'arrêtant aux subalternes, on lui donnât le temps de s'échapper. Il promet à qui le tuera d'amples récompenses, et fait soutenir la cavalerie par des cohortes. L'événement prouva la sagesse de ces mesures. Comme tous n'en voulaient qu'à un seul, Indutiomarus fut atteint et tué dans le gué même du fleuve : on apporta sa tête au camp. La