NOS COLLEGES PRIVILÉGIÉS
Le Bas-Canada possède quatre institutions qui se distinguent des autres institutions collégiales par leurs prérogatives exeeptionelles, l'Université Lavai et les Collèges McGill, Bishop et Sîe. -Marie. J'entends par Université, comme Mgr. Hubert, Evêque de Québec (1), une association ou un arrondissement de collèges qui ne forment qu'un seul corps, ou tout au moins, un collège qui possède les quatre facultés, Vuniversalité des études. Soit qu'on exige le premier caractère, soit qu'on veuille se contenter du second, il n'y a que l'Université Laval qui soit vraiment une Université. Sa faculté de théologie n'est pas au complet encore, mais elle est néanmoins en exercice. La plupart de nos collèges lui sont maintenant agrégés. Les collège McGill et Bishop ont bien les prérogatives d'université par leurs chartes, mais le premier n'a que trois facultés ; or, dit le duc de Maddaloni dans la chambre des députés de Turin : u les Piémontais chassèrent de l'Université Napolitaine la faculté de théologie, sans laquelle il n'y a pas d'Université, et qui est adoptée par les
(1) "J'entends par université une communauté ou corporation composée de plusieurs eollég' s dans lesquels des professeurs sont établis pour enseigner les diverses sciences. La fondation d'une université présuppose donc l'établissement de collèges qoi en dépendent et servfnt à ^a former par les sujets qu'ils lui fournissent " Lettré au Comité d'EducUion du Conseil de lord Dorebeiter.
doctrines protestantes ou schismatiques de toutes les religions et de toutes les sectes." Le collège Bishop n'a, en exercice, que la faculté des arts. Le collège Ste. -Marie n'a et ne peut avoir que la faculté de droit. Les collèges McGill et Bishop, comme F Université Laval, ont leurs prérogatives par une charte ; le collège Ste. -Marie a les siennes par un statut provincial, comme dans le Haut-Canada le collège Victoria [1]. Voilà pour ce qui existe de jure ; mais cela ne détermine pas le mérite respectif des institutions : ce ne sont pas les prérogatives, c'est l'exercice qu'on est à même d'en faire qui fait la renommée des institutions. L'Université Laval n'a guère plus d'élèves que de bourses à la disposition de ceux qui veulent en profiter. Dans la faculté de Droit en particulier, il y a quasi autant de professeurs que d'élèves, et certains cours ne sont que peu fréquentés par ceux-ci. Au collège McGill, le fonctionnement de la faculté de Droit a été jusqu'à ce jour une fraude publique. Ce n'est qu'à la fin de la dernière année scolaire, qui, au collège McGill n'est que de six mois, qu'on a eu un professeur de Droit Criminel. Il n'y a aucune méthode d'enseignement en dehors des annuaires, et la terminologie de Blackstone. est greffée sur notre système de Droit. Professeurs et élèves sont peu fidèles à se rendre à la salle de lectures. Les premiers sont souvent détournés de leurs fonctions, non seulement par leur pratique, mais par les charges dont les favorise le parti politique auquel ils appartiennent. Le Doyen [2] est membre du Parlement, qui siège in-
(1) Le Collège Victoria, à Cobourg, donne les dégrés dans les quatre facultés en vertu d'un statut provincial.
[2] M. Abbot, dans la cause de Devaltamiet, D'à point montré les ressources d'un solliciteur-général, non plus que dans la tragédie Aylward, et, nonobstant la sentence de M. le Juge Monck, il est permis de douter que dans l'enquête sur le greffe de la paix, îf. Lafrenaye ait fait une juste appréciation de ses véritables fonctions.
variablement durant l'année scolaire de la faculté de Droii. Les professeurs s'habillent du titre de bachelier, qui est essentiellement un degré d'étudiant, et ils font imprimer de petits programmes d'examen qui gagneraient infiniment à rester dans l'ombre. On donne à un élève qui sort du collège à faire une thèse sur l'influence du Droit Romain sur le Droit Canadien ! et cela, qui plus est, dans un pays où le Corpus Juris est un livre fermé. Entre les professeurs qui ont agi jusqu'à présent, M. Lafrenaye est le seul à qui on puisse concéder le moindre mérite, non pour ce qu'il a accompli en effet, mais pour avoir tenté d'inculquer aux éièves le goût de l'étude historique de la jurisprudence. La faculté des Arts manque autant d'efficacité que celle de Droit. Quant à la faculté de Médecine, elle a plus de réputation, mais cette renommée est de beaucoup surfaite ; l'école de Médecine n'est plus ce qu'elle était dans les jours des Holmes et des Stephenson ; on y admet les élèves sans aucune étude préparatoire ; mais le passé lui profite aux yeux du public. Nous ne prétendrions pas cependant, rabaisser cette faculté au niveau de la faculté de Droit. Nous nous serions épargné cet historique si la rédaction du Pays n'avait prétendu, contre toute justice, créer une réputation à la faculté McGili.
BlBAUD.