‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 137 sur 276 · ACIDE ARSÉNIECX, OXYDE BLANC D'ARSENIC, ARSENIC BLANC · texte numérisé non relu

ACIDE ARSÉNIECX, OXYDE BLANC D'ARSENIC, ARSENIC BLANC

Acidum arseniosum.

Angl. Arsenious Acid, ivlrite Arsenic, Poison [tour. — Ail. Arsenige Sciure, Wcisser Arseniky Gift Mehl

V Acide arsénieux (AsO3) se présente amorphe ou cristallisé dans deux systèmes, exactement comme l'oxyde d'antimoine avec lequel il est isomorphe. Sous la première forme il est vitreux et transparent, mais avec le temps il devient opaque de la superficie vers la profondeur de la masse, comme fait le sucre d'orge, ou le verre à vitres dans les vieux monuments. C'est l'indice d'un retour à l'état cristallin, et ce changement moléculaire est accompagné de phosphorescence.

Les deux formes diffèrent par la densité et par le degré de solubilité. L'acide transparent se dissout dans 103 parties d'eau à 15 degrés, et dans 9,33

seulement d'eau bouillante ; celui qui est opaque ne demande que 80 parties d'eau fraîche et 7,72 parties d'eau bouillante. L'Acide arsénieux est soluble aussi dans l'alcool et les huiles.

Action physiologique. — L'Arsenic blanc est un poison pour la plupart des êtres de la nature, y compris les végétaux. Quelques espèces botaniques inférieures échappent pourtant à cette règle générale. Les solutions arsenicales nourrissent même le Mucor imper ceptibi lis, DC, ainsi qu'une Algue filamenteuse voisine des Leptomitus ou des Hygrocrocis.

Les effets toxiques appartiennent au métalloïde et non à la combinaison de celui-ci avec l'oxygène ; toutefois, comme le Codex ne mentionne pas le corps simple, je vais exposer ici, dans ses détails, l'histoire thérapeutique de l'Arsenic.

Appliqué sur les tissus vivants, Y Acide arsénieux produit des effets locaux dont le dernier terme est l'escharification suivie d'inflammation éliminatrice, les premiers degrés se caractérisant par de l'irritation avec douleur, chaleur et fluxion sanguine. Mais cette irritation et cette mortification ne sont pas le fait d'une simple action chimique comparable à celle du chlore qui s'empare de l'hydrogène des organes, de la potasse qui les transforme en savon, de l'acide nitrique qui les oxyde, ou bien par son pouvoir électro-négatif détermine la formation de composés basiques avec lesquels il peut se combiner. Non, l'Arsenic, après avoir imprégné les éléments histologiques, respecte leur structure, seulement il s'oppose à l'échange de matériaux qui constitue l'essence de la nutrition, et provoque consécutivement l'inflammation ulcérative qui doit séparer le vif d'avec la partie mortifiée. Ce mode d'action est analogue à celui du tartre stibié et de la cantharide. De telles substances n'agissent pas sur le cadavre. Pour que leurs effets demeurent sensibles, il faut la réaction des organes vivants. C'est autre chose pour les caustiques chimiques, qui détruisent aussi bien les tissus morts que ceux actuellement doués de vie.

Si l'Arsenic agit en arrêtant les actes vitaux, on conçoit que ses effets escharotiques seront d'autant plus prononcés que la vitalité sera moindre dans les parties exposées à sa puissance. Il produit en effet des désordres plus profonds et plus rapides dans les tissus exsangues que dans ceux où une circulation active entraîne incessamment le poison : dans les épigenèscs condamnées à périr prématurément que dans les parties normales ayant droit de domicile et naturellement vivaces. C'est ainsi que l'Arsenic poursuit au loin les subdivisions d'une masse cancéreuse en respectant les cloisons de l'organe primitif dans les interstices duquel cette production morbide s'est développée ; tandis que le caustique sulfurique, par exemple, détruit circonférentiellement tout ce qui se présente sur son passage, comme ferait le fer rouge. La moindre résistance du produit accidentel, relativement aux tissus normaux, vis-à-vis du métalloïde, s'explique par la vitalité et la longévité moindres des éléments histologiques morbides, ainsi que par la moindre vascularité de leur assem-

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blage. L'Arsenic n'est donc pas ce caustique intelligent qu'on pourrait croire, et qui, sachant épargner les parties saines, s'en irait à la recherche de la production nuisible jusque dans les profondeurs des régions affectées ; c'est un agent aveugle comme les autres, qui se diffuse indifféremment dans toute la substance environnante, mais dont l'action n'étant pas assez brutale pour être inévitable, varie selon qu'il rencontre dans son chemin des tissus plus ou moins résistants et des conditions plus ou moins favorables à la réalisation de ses effets. Dans une masse de cellules naturellement caduques, telles que celles de l'encéphaloïde, il anéantit subitement les actes vitaux, tandis que dans un tissu abondamment pourvu de capillaires sanguins, l'Arsenic, rapidement emporté par la circulation, n'a pas le temps de s'accumuler en quantité suffisante pour frapper de mort les éléments hislologiqucs qui, d'ailleurs, mieux nourris, résistent davantage à la destruction.

En définitive, l'cschare produite par l'Arsenic est une sorte de momification plus voisine de l'état asphyxique de la substance cérébrale au début du ramollissement par oblitération artérielle, qu'elle ne l'est de la masse informe et anhiste laissée par la potasse ou par un caustique chimique d'une égale violence.

On observe à la superficie du corps, chez les sujets exposés aux poussières arsenicales, principalement sur les doigls, autour des ongles, des lésions en forme de pustules ou d'ulcères à pic, d'apparence ebancreuse (Lailler). Les mêmes individus sont exposés à la perforation de la cloison des fosses nasales aussi bien que les ouvriers qui préparent le bichromate de potasse.

Administré par la bouche, l'Acide arsénieuxse montre à peu près dépourvu de saveur, mais développe dans la gorge une sensation de chaleur et d'âcreté qui se répète dans l'œsophage et jusque dans l'estomac., où elle est quelquefois suivie d'une véritable gastrodynie, de nausées et plus rarement de vomissements.

A un faible degré cette stimulation de la muqueuse gastrique provoque dans les premiers temps, chez quelques sujets, un accroissement marqué d'appétit qui ne tarde pas à s'évanouir pour faire place dans 'quelques cas à l'anorexie, lorsque l'usage du médicament se prolonge. Quand la dose est suffisante, on voit alors se joindre à la douleur gastrique du relâchement de corps avec des coliques, l'augmentation de la sécrétion rénale et la sécheresse de la peau ; parfois un mouvement fébrile ou bien une grande langueur avec éloignemenl pour tout mouvement et besoin de sommeil. Des doses plus longtemps répétées ou un peu plus fortes amènent de la démangeaison des paupières, suivies d'une blépharite manifeste, d'une conjonctivite ordinairement modérée et quelquefois d'un œdème prononcé des paupières (œdema arsenicali s). H survient aussi de la salivation, ainsi qu'une éruption cutanée avec chute des cheveux et de la barbe. Consécutivement, au bout de quelques semaines ou de plusieurs mois, on voit apparaître sur diverses régions du corps, spécialement au niveau des anciennes plaques psoriasiques ou dartreuses, des taches

brunâtres, sombres, probablement de nature pigmentaire et non dues à la présence d'une combinaison du métalloïde, comme la coloration des sujets soumis à l'action du nitrate d'argent. Quand les doses sont trop fortes ou trop longtemps continuées, il en résulte une exagération des symptômes gastrointestinaux décrits tout à l'heure : dyspepsie 11 a tu lente, pyrosis, gastralgie, inappétence, soif, nausées, vomissements, diarrhée, coliques, langue saburrale, avec ptyalisme, ou bien avec sécheresse et mauvais goût dans la bouche. A ces phénomènes se joignent la céphalalgie, le vertige, la somnolence, la fréquence, la petitesse et parfois l'irrégularité du pouls, l'oppression et une toux sèche. Les membres deviennent douloureux, tremblants ou agités de mouvements convulsifs, faibles, engourdis, et enfin paralysés. On observe, de l'œdème des paupières et des extrémités inférieures. Enfin, le sujet, conservant sa connaissance jusqu'au bout, ou bien passant par des alternatives de délire et de coma, finit par s'éteindre.

Si la quantité d'Acide arsénieux était d'emblée tellement massive, qu'elle fût immédiatement toxique, on verrait se dérouler successivement les symptômes d'une phlegmasie plus ou moins violente du tube digestif et ceux qui appartiennent aux désordres des systèmes circulatoire et nerveux, les premiers pouvant revêtir la forme cholérique. Sensation de brûlure dans les premières voies, sécheresse et conslriction de la gorge, hydrophobie, vomissements quelquefois bilieux, d'autres fois sanguinolents, douleurs de ventre et diarrhée muqueuse ou môme sanguinolente, rareté cl suppression de l'urine, crampes, refroidissement et sueur froide, tels sont les principaux symptômes observés au début. Ensuite se manifestent les désordres nerveux : défaillance, syncope, convulsions, paralysie, insensibilité, délire et coma. La paralysie arsenicale est analogue (Ghristison), parfois identique (Gubler) à celle de l'empoisonnement saturnin. Premièrement elle frappe principalement les extenseurs; en second lieu elle atteint surtout la région dorsale de î'avant-bras; enfin elle laisse relativement intacts les muscles radiaux.

Les lésions observées après la mort du côté du tube digestif sont de la rougeur, des ulcérations, des taches gangreneuses et des extravasalions sanguines. Des phénomènes semblables se montrent du côté des organes de la circulation, de la respiration et de l'appareil génital et parfois vers les centres nerveux. Le sang du cœur est fluide et noirâtre.

L'Arsenic, absorbé par les muqueuses ou par la peau excoriée, ainsi que par le tissu cellulaire ou les organes profonds, ne larde pas à paraître dans l'urine, où il est facile de le déceler à l'aide de l'appareil de Marsh et des procédés chimiques qui le mettent en évidence. Il s'élimine également par d'autres voies, et les éruptions arsenicales secondaires, de même que la blépharite, l'œdème palpébral et la salivation, sont vraisemblablement les indices du passage du métalloïde par les glandes cutanées, muqueuses et salivaires. L'élimination peut durer de quelques jours à six semaines (Gubler), et quand elle a cessé spontanément, il est facile de faire reparaître l'Arsenic dans la sécrétion uri-

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naire en administrant del'iodure de potassium, qui favorise la dénutrition des organes, dont l'Arsenic est devenu partie intégrante. Il est rationnel de penser que ce corps simple se substitue en partie au phosphore, dans l'albumine et le plasma, pour entrer ensuite dans la trame organique. Toujours est-il qu'on le retrouve en abondance jusque dans les cheveux (Gubler), et probablement dans l'épidémie et les autres éléments caducs, ce qui constitue encore une voie d'élimination.

L'ensemble symptomatiquc décrit ci-dessus ne concorde guère avec le tableau séduisant tracé par Tschudi et d'autres médecins, des sujets qui, en Styrie et ailleurs, font un usage quotidien d'Acide arsénieux dans le but d'engraisser ou de se rendre plus aplcs à l'ascension des montagnes. A la vérité, les arsenicopkages n'emploient que des doses minimes de la substance toxique, ou du moins ils n'arrivent que lentement et par degrés à des quantités un peu fortes ; il est cependant permis de penser que les effets obtenus ne sont pas toujours aussi satisfaisants que les récits des observateurs tendraient à le faire croire, et que l'appellation de tonique appliquée à l'Arsenic demande quelques réserves et quelques explications.

Le mode opératoire de cet agent est d'ailleurs encore très-imparfaitement connu. Néanmoins on se rendrait assez bien compte de ses effets en admettant de sa part, soit par une action de présence, soit de toute autre manière, une influence modératrice directe ou indirecte sur la combustion respiratoire. La sédation de Y hématocausie (oxydation du sang), peut-être par l'intermédiaire d'une action sthénique sur l'appareil nerveux vaso-moteur, donnerait la raison des effets fébrifuges et antipériodiques, de même que la moindre consommation des substances hydrocarbonées ferait comprendre Pemmagasinement de la graisse et l'augmentation de l'embonpoint, ainsi que l'aspect plus favorable de l'habitude extérieure du corps. Par le même procédé s'expliqueraient le calme des mouvements respiratoires et l'accomplissement plus facile de la respiration dont les exigences se sont abaissées. L'amaigrissement, la perte des forces, en un mot l'état d'étisie des animaux privés d'Arsenic, après en avoir reçu pendant longtemps une ration journalière, dépendrait de la combustion exagérée, véritablement fébrile, qui s'emparerait de ces organismes habitués à l'action modératrice du poison. Enfin l'accroissement d'appétit, signalé chez les toxicophages et observé chez quelques malades, dépend, selon nous, de l'irritation légère exercée sur la muqueuse gastrique, et en second lieu de la cessation du mouvement fébrile, qui entretenait l'inappétence. Quant à l'intolérance de l'économie pour l'Arsenic, dès que la fièvre est tombée (Sistach), elle trouve son explication dans cette circonstance : que l'agent rencontrant moins de résistance, son effet dépasse aisément le but thérapeutique pour atteindre aux limites de l'intoxication. Il en est de même pour l'opium, la belladone, le sulfate de quinine et les autres médicaments héroïques.

Substances synergiques, auxiliaires. — Les acides, les astringents, l'ergot et les autres agents toniques du système vaso-moteur, y compris le froid,

ceux qui s'opposent à l'oxydation sanguine par un procédé quelconque, et notamment les cyaniques, sont les adjuvants de l'Arsenic. Les alcaloïdes du Quinquina et les bromures alcalins ont une manière d'agir analogue. A part ses effets émétiques, l'antimoine serait de tous les médicaments le plus complètement synergique de l'Arsenic. On lui attribue comme à ce dernier la faculté d'entraver la respiration (Scbmidt et Breitscbneider, Mialhe).

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contre-poisons. — Les stimulants diiïusibles et la chaleur, les alcooliques, l'opium surtout, peuvent être considérés comme les antagonistes et les antidotes dynamiques de l'Acide arsénieux, dont les contre-poisons chimiques sont l'eau de chaux, la magnésie et le sesquioxyde de fer hydratés, donnant naissance à des arsénites insolubles.

Usages. — Si l'Arsenic agit principalement en diminuant les phénomènes d'oxydation et les actes organiques liés à la calorification, ce médicament doit trouver son emploi rationnel dans tous les cas où l'état morbide est constitué essentiellement par l'exaltation de la combustion respiratoire, l'hypérémie des capillaires sanguins et les phénomènes de phlogose, avec ou sans mouvement fébrile, et dans ceux où ce syndrome se rencontre comme élément morbide principal ou important. C'est en effet dans des conditions analogues que l'Arsenic a été administré avec le plus de succès.

Il réussit particulièrement contre les névralgies intermittentes, à la condition toutefois d'être soumis à des règles qui en assurent l'efficacité. Les doses et le mode d'emploi, la durée du traitement, varient selon les cas, et spécialement suivant qu'on veut obtenir des effets fébrifuges ou altérants.

La médication altérante se contente de doses faibles (5 à 10 milligrammes par jour, en deux fois); mais ces doses doivent être continuées un, deux ou trois mois sans interruption, ou bien avec quelques jours de repos seulement à la fin de chaque mois; et le médicament, pour être mieux assimilé, doit être pris au début des repas, soit dans de l'eau froide, soit dans une eau minérale naturelle arsenicale, ferrugineuse ou alcaline, telle que celles de Vichy ou de Bussang.

La médication antipériodique réclame ordinairement des .quantités plus fortes d'Arsenic (de 2 à 5 centigrammes dans les vingt-quatre heures), qu'il convient de prendre par fractions, afin d'éviter l'action irritante locale et !a révolte de l'estomac, ainsi que les phénomènes généraux d'intoxication. Boudin a posé des règles qui pourraient se formuler de la manière suivante : 1° Ouvrir le traitement par un éméto-cathartique ; 2° donner l'Arsenic en plusieurs prises, la dernière deux heures avant le retour présumé de l'accès; atteindre rapidement la dose maxima en la fractionnant beaucoup pour obtenir la tolérance, et, dès que celle-ci fait défaut, abaisser proportionnellement ta quantité journalière du fébrifuge et en faire prendre une partie par le rectum ; élever la dose plus on moins, selon l'intensité du mal, et continuer l'administration de l'Arsenic pendant un ou deux mois, s'il le faut, pour extirper une

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fièvre ancienne ; 3° prescrire un régime substantiel et abondant, composé principalement de viandes noires et de vins généreux.

A la faveur de cet entraînement, ainsi que de la précaution de nettoyer les premières voies par un vomi-purgatif et du soin apporté dans la graduation des doses et la fixation des intervalles des prises, Boudin, Maillot, Fremy et un grand nombre de médecins français et étrangers, ont obtenu d'excellents résultats de l'emploi de l'Arsenic dans le traitement des fièvres palustres et des névralgies intermittentes, probablement de celles qu'on nomme congestives (Gubler). L'Arsenic semble même avoir sur la quinine l'avantage de s'opposer plus longtemps aux récidives (Boudin, Fremy), sans doute à cause de sa permanence dans l'économie comme partie intégrante des tissus. L'Arsenic a rendu également des services dans l'épilcpsie (E. Alexander, Ha ries), dans la chorée (Rayer, Aran), dans d'autres névroses graves (Tessier, de Lyon), dans l'asthme (Dioscoride, G. Weitb, Koepl), dans la congestion cérébrale (Lamare- Picquot). On l'a beaucoup préconisé contre les dartres invétérées, surtout celles de forme squameuse, et plusieurs dermatologues paraissent avoir à s'en louer (Willan, Biett, Gazenave, Devergie). Il peut être utile encore dans les affections pulmonaires pour enrayer le travail inflammatoire et la fièvre hectique (Ettmûller, Beddoes^ Trousseau et Pidoux)^ mais ce serait se leurrer d'un vain espoir que d'attendre de l'Arsenic la curation des tubercules ou de la diathèse cancéreuse. Il ne faut pas compter non plus sur ses effets anthelminthiques.

Gontre les produits hétéromorphes, l'Arsenic n'agit que comme topique destructeur. G'cst du reste un des escharotiques les plus employés pour faire tomber les tumeurs cancéreuses superficielles et modifier les régions cutanées affectées de lupus ou de dartres rongeantes. La plupart des praticiens, depuis frère Gôme jusqu'à Manec, emploient l'acide arsénieux sous forme très-rnassive, dans la pensée de produire une désorganisation sûre et rapide, comme par les caustiques ordinaires. Dupuytren se servait de préparations plus diluées, parce qu'il croyait suffisant d'obtenir une violente phlegmasie. Nous pensons, de notre côté, que des doses mitigées donneraient de bons résultats, pourvu que le poison fût assez concentré pour tuer localement les éléments histologiques.

Pour éviter les accidents généraux qui pourraient suivre l'absorption d'une trop grande quantité de substance toxique, il convient de n'appliquer le caustique arsenical que sur une surface restreinte, ne dépassant pas chaque fois !\ centimètres carrés.

Enfin l'Arsenic est usité comme épilatoire, mais c'est l'orpiment qui sert à cet usage.

Modls d'administration et doses. — L'Acide arsénieux est administré à l'intérieur en solution, en poudre, en pilules, en fumigation, et a l'extérieur sous forme de pâtes. Dans ce dernier cas on pourrait essaye! l'emploi des injections parenchymateuses conseillées comme substitutives par Luton. La Solution arsenicale de Boudin contient 1 gramme d'Acide arsénieux par

litre d'eau distillée, et se prend par doses de 10 à 20 gouttes (un demi à

1 milligramme du principe actif) à la fois, tous les quarts d'heure. Il est plus commode d'étendre préalablement cette solution d'une quantité quadruple de vin blanc, d'infusion de Café ou d'eau pure, et de prendre une demi ou une pleine cuillerée à café du mélange.

Pour injection intestinale, Boudin conseille 50 grammes de la solution ci-dessus, soit 5 centigrammes d'Acide arsénieux dans 100 grammes d'eau distillée.

La Poudre arsenicale (Boudin) se compose de 1 partie d'Arsenic blanc et de

2 parties de sucre. Chaque dose doit représenter un demi-centigramme du principe actif.

Trousseau et Pidoux administrent des pilules de 2 milligrammes au nombre de deux à huit par jour.

La Liqueur de Fowler est constituée par 5 grammes d'Arsenic blanc et autant de carbonate de potasse en solution dans 500 grammes d'eau. Elle se donne par gouttes, depuis 5 jusqu'à 20 par jour. Devergie propose de substituer une solution d'Acide arsénieux et de carbonate de potasse, âà 10 centigrammes, dans 500 grammes d'eau fortement teinte par la cochenille. Chaque gramme de solution ne contient que 2 décimilligrammes du principe actif. Aran a réduit encore de moitié la proportion d'Acide arsénieux, ce qui permet de doser la solution par cuillerées.

A l'extérieur, on emploie des poudres contenant des proportions diverses d'Acide arsénieux. La Poudre forte due à frère Corne, et dont celle de Rousselot n'est qu'une modification, en contient un huitième; la Poudre faible d'Antoine Dubois, 1 / 25e seulement, le reste étant formé de Sulfure rouge de Mercure, avec de l'éponge torréfiée pour la première et du Sang-dragon pour la seconde. Ces poudres peuvent d'ailleurs être employées sous forme de pâte, d'onguent ou de trochisques.

On peut aussi se servir comme caustique d'une solution concentrée d'Acide arsénieux dans la glycérine.

ACIDE AZOTIQUE. — Voy. ACIDE NITRIQUE.

ACIDE CARBONIQUE. — Voy, ACIDE PHÉN1QUE.

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