‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 143 sur 276 · CARBONATE DE SOUDE · texte numérisé non relu

CARBONATE DE SOUDE

la dénutrition, et, à la longue, l'hypoglobulie, l'état aplastique du sang et la cachexie scorbutique ou bien séreuse, avec hémorrhagies multiples et anasarque. Celte manière d'envisager les faits soulève de graves difficultés. Ainsi aucune accélération circulatoire, aucune élévation de température n'accompagne cette prétendue action hématocausique du Sel de Vichy, dont l'effet se borne peut-être à favoriser la dissolution des hématies et à déterminer la dyscrasie albumineuse.

Le Bicarbonate sodique,dès qu'il se trouve en excès dans le sang, s'échappe par les urines, dont il diminue l'acidité ou qu'il rend alcalines, selon la dose, en même temps qu'il en augmente la quantité. Il passe probablement aussi par les sécrétions normalement alcalines : les salives et le suc pancréatique, la bile et les produits des glandes sébacées, ce qui doit accroître l'activité des fonctions dont ces liquides sont les agents, ou, quand il s'agit de la peau, favoriser l'élimination de la matière grasse et tempérer l'acidité de la sueur.

Substances synergiques et antagonistes. — Les alcalins en général peuvent suppléer le Bicarbonate de Soude ; à cela près qu'ils ont presque tous une action irritante locale plus prononcée, et que quelques-uns (ceux dont la potasse est la base) étant moins bien tolérés par l'économie, sont plus rapidement éliminés.

Les acides sont les antagonistes chimiques du Sel de Vichy, et s'opposent à son action locale comme préparation alcaline, mais les acides minéraux sont les seuls qui rendent impossibles les effets généraux de ce sel. En effet, les acides citrique, malique et autres acides organiques, après avoir donné naissance à du citrate ou du malate de soude, se brûlent dans le sang, et passent à letat de carbonate dont l'acide carbonique se dégage par la respiration. L'association des acides végétaux au bicarbonate de soude n'est donc irrationnelle que lorsqu'on demande à ce dernierson action chimique dans l'acescence gastrique et la gastrodynie consécutive ; elle devient parfaitement légitime, au contraire, quand on recherche seulement i'action diffusée du Sel de Vichy et notamment ses effets dialytiques dans la gravelle urinaire.

Usages. — -Le Bicarbonate de Soude est souvent employé comme anlacide dans l'acor et la pyrosis. J'en fais un usage habituel dans l'acescence delà bouche, liée à la présence de spores d'Oidium albicans, qui complique ordinairement les maladies fébriles et rend odieux les aliments et les boissons sucrées. Je l'emploie également contre la blennorrhagie et la leucorrhée, dont les produits sont acides.

Au même titre le Sel de Vichy est indiqué dans l'affection graveleuse, soit pour prévenir la précipitation de l'acide urique, soit pour faciliter la dissolution des graviers qui ont déjà pu se former. On admet généralement que dans la diathèse urique il remplit un autre office, celui d'alcaliser davantage le sang et d'activer l'oxydation des produits de la désassimilation des tissus, sur ce point nous avons fait nos réserves. Quant à l'action diurétique du Bicarbonate de Soude, elle s'ajoute encore à ses propriétés antacides pour amener une

modification favorable dans la sécrétion urinaire chez les goutteux et les calcukux. Le Bicarbonate sodique est conseillé comme résolutif et comme altérant dans certaines inflammations pelliculaires, mais son efficacité est loin d'être démontrée. Il est même vraisemblable que dans une certaine proportion des cas favorables on avait affaire à du muguet en plaques confluentes d'apparence couenneuse.

Modes d'administration et doses. — Le Bicarbonate de Soude se donne intérieurement comme antacide, à la dose de h à $ grammes, en plusieurs prises. Comme altérant, dont l'usage est nécessairement prolongé, il ne doit guère dépasser la dose quotidienne de b grammes correspondant à la proportion moyenne de ce sel dans un litre d'eau de Vichy.

On l'administre en poudre dans du pain azyme, en solution aqueuse dans de l'eau pure ou bien dans une tasse d'infusion de camomille ou de tilleul, à raison de 1 gramme pour 100 à 200 grammes de liquide. La tisane alcaline (BouchardaO ne renferme que la quantité minime de 2 grammes de sel par litre. On peut aussi le faire entrer dans une potion gommeuse.

Enfin, on fait un fréquent usage des Tablettes de Bicarbonate de Soude, plus connues sous le nom de Pastilles de Viclnj ou de Darcet, dont les plus agréables sont aromatisées avec l'essence de menthe.

Le Bicarbonate sodique sert encore à fabriquer des poudres effervescentes dites Soda or Seidlilz potvdcrs, ainsi que le Soda water, si usités en Angleterre, et la Poudre de Seltz., ou Poudre gazogène neutre de la Pharmacopée française.

La Poudre de Seltz se compose par dose, pour un tiers de verre d'eau, d'un paquet de 2 grammes de Bicarbonate de Soude et d'un autre, équivalent, d'acide tartrique pulvérisé. On ne sait pourquoi ce mélange, qui n'a rien de la composition chimique ni des effets physiologiques de l'eau minérale de Seidlitz, a cependant reçu des Anglais le nom de Seidlitz powders.

Le Soda powders diffère de la poudre de Seidlitz, ou poudre gazogène neutre, en ce qu'il n'emploie que lsr,3 d'acide tartrique par dose, la quantité de Bicarbonate sodique restant la même.

L'acide citrique remplace avantageusement l'acide tartrique pour le goût et pour les effets thérapeutiques, en raison de sa plus grande facilité de destruction dans l'appareil sanguin.

Le Soda ivater n'est autre qu'une solution de Bicarbonate de Soude dans de l'eau qu'on sature ensuite d'acide carbonique à l'aide d'une forte pression; c'est donc une liqueur analogue à celle que donne la Poudre gazogène neutre du Codex.

Ces diverses préparations sont également bonnes lorsqu'elles doivent agir seulement après absorption et circulation dans le sang. La présence d'une certaine proportion d'un acide organique et la réaction acide de la liqueur avant l'introduction dans le sang n'empêchent pas les effets altérants ou dhilyliques. Lorsqu'il s'agit d'alcaliser les urines , je conseille volontiers d'additionner

CHLORATE DE POTASSE. UOi

de jus (le citron une solution de Bicarbonate de Soude, de même que, dans la saison, nous ordonnons une cure de cerises ou de raisins. Mais lorsqu'on veut l'action locale d'une préparation alcaline, soit comme calmant, soit comme absorbant, il est indispensable de faire usage du Bicarbonate en nature.

cérsjse. — Voy. Carbonate de Plomb.

CHAUX VIVE. — Voy. la Pharmacopée, môme mot.

chlorate DE potasse, Chloras polassicus.

Angl. Chlorate of Potash. — Ail. Chlorsdures Kali.

Le Chlorate de Potasse (G105,KO) est toujours un produit de l'art.

Action physiologique. — Le Chlorate de Potasse possède une saveur salée, fraîche. Localement il détermine de l'irritation qui se traduit pour la bouche par une sensation de sécheresse, pour l'estomac par l'accroissement momentané de l'appétit, et pour le système circulatoire, lorsque la substance a été injectée dans les veines, par la force et la fréquence anormales du pouls. La muqueuse gastrique l'absorbe avec une extrême facilité et les émonctoires l'entraînent si rapidement, que cinq minutes après l'ingestion on a pu en retrouver dans l'urine. Pendant son séjour, et par le fait de sa présence, ce sel ne donne lieu qu'à des symptômes obscurs chez l'homme en santé ; mais chez les fébricitants il amène la sédation du pouls (Socquet, ïsambert). Dans tous les cas il augmente les sécrétions urînaire et salivaire, quand la dose introduite est assez forte : 8 grammes produisent de la diurèse, du ptyalisme bien marqué, une saveur salée persistante, et parfois un flux biliaire dénoté par la couleur verte des matières intestinales.

On a remarqué (Stevens) que L'emploi interne du Chlorate de Potasse fait rougir vivement les gencives. D'autre part, le sang extrait de la veine, dans les expériences de O'Shauglmessy, s'est montré rutilant et comme artérialisé, ce qui semble confirmer les vues des chimistes sur la faculté que posséderait le Chlorate potassique de céder une partie de son oxygène. Cependant ce sel ayant été retrouvé inaltéré dans les urines, !a salive, le lait, le mucus nasal, les larmes et la sueur (Gustin, ïsambert, etc.), il est universellement admis que la décomposition prévue n'a pas lieu. Toutefois il se pourrait qu'une partie fût éliminée en nature, tandis qu'une autre portion, comme semblerait l'indiquer l'expérience suivante, aurait subi la réduction indiquée par Fourcroy. Un sujet affecté de catarrhe pulmonaire et d'urines habituellement alcalines au moment de l'émission et sans fermentation préalable, est mis à l'usage du Chlorate de Potasse; les urines ont été analysées la veille, au point de vue des chlorures : or, le lendemain de l'administration du médicament, la dose de ceux-ci avait sensiblement doublé (Gubler, Derlon).

Surstances synergiques, auxiliaires. — Succédanés. — A part le Chlorate de Soude, il n'est guère de substance qui agisse absolument à la ma-

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guère du sel de Bcrlhollet. Ses auxiliaires sont les sialagogues ou les diurétiques salins, pour son action sur les reins et les glandes salivaires. Connue oxygénant, il trouverait des analogues dans le cyanure rouge de potassium et de fer, dans les sels ferriques, et probablement dans le peroxyde de manganèse.

Le Chlorate de Soude, plus soîuble que son congénère, a été recommandé par N. Gueneau de Mussy; mais, bien qu'on l'emploie en solution plus concentrée, il donne des résultats moins satisfaisants que le Chlorate de Potasse. Ce fait, généralement reconnu, est facile à expliquer par la tolérance plus grande de l'économie pour les composés sodiques et par la faible élimination du médicament, qui ne traverse pas les émonctoires en quantité suffisante, à chaque instant, pour modifier rapidement les surfaces affectées. Le Chlorate de Soude manifesterait peut-être mieux la supériorité que lui donnerait sa plus grande solubilité, s'il était appliqué topiquement sur les parties malades. Aussi le préfère -l-on pour le traitement local, bien que le Chlorate de Potasse en solution sursaturée, avec un excès de poudre saline maintenu par l'agitation en suspension dans la liqueur, représente un agent d'une énergie toujours suffisante.

Substances antagonistes. — Les stimulants diffusibles, les diaphoniques, les topiques astringents, et peut-être, à d'autres égards, les substances avides d'oxygène, contrarient les effets du Chlorate de Potasse.

Usages. — Jadis le Chlorate de Potasse était prescrit comme agent d'oxydation, et Simpson le donnait récemment dans la dernière période de la grossesse pour fournir le gaz comburant au fœtus, quand des hémorrhagies placentaires lui faisaient craindre l'insuffisance de la nutrition. Actuellement on en restreint l'emploi à une série d'affections ayant généralement pour siège les muqueuses et se caractérisant par des ramollissements, des ulcérations, de (à gangrène, delà diphthérie; la nature étiologique des lésions pouvant d'ailleurs varier.

C'est ainsi que le Chlorate de Potasse est vanté contre la stomatite gangréneuse (Hunt, Sayle, Babington); contre la stomatite ulcéro-membraneuse (West, Moore, Blache, Bergeron, Isambcrt, etc.), et même contre la diphthérie (Chavane, Garasse, Trousseau, Isambert); enfin contre la stomatite mercunetle (Blache, Deinarquay, Bergeron, Gubler, Ad. Richard, Lasègue, Isambert, etc.). On l'a essayé aussi dans les affections aphtheuses et le muguet, dans le scorbut (Fremy, Braull); dans les angines inflammatoires (Massart); dans les affections furonculeuses et anthracoïdes (Dietz, Brouillet, Kiïss); dans la syphilis (Allinghans); dans la fétidité delà bouche et l'ozène (Galligo); dans les souffrances liées à la dentition (Bonaventi) ; dans les gingivites chroniques avec ou sans pyorrhée (Laborde); dans la prosopalgie (Chisholm, Herber, etc.); dans la glycosurie (Bouchardat).

L'illusion n'est plus permise aujourd'hui sur la valeur d'un certain nombre de ces applications. Le Chlorate de Potasse ne saurait être qu'un palliatif insignifiant dans la syphilis ou le muguet, dans l'anthrax, la gangrène de la bouche ou la diphthérie infeclieus£. Il rend au contraire des services inconlcs-

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