CHAPITRE PREMIER
CORPS SIMPLES
OXI'GÈ^E, Oxygenium.
Angl. Oxygen. ■ — AIL Sauerstoff.
État naturel. — V Oxygène se trouve en abondance dans les trois règnes de la nature. Associé aux minéraux sous forme de sels et d'oxydes, faisant partie intégrante de la plupart des principes organiques, il constitue plus du cinquième de notre atmosphère. Ses qualités comburantes lui assignent un rôle essentiel dans la vie des animaux auxquels i! donne la faculté de créer de la force et de la chaleur. Les végétaux, au contraire, véritables appareils de réduction, dégagent l'oxygène de ses combinaisons, et en livrent incessamment de nouvelles provisions au règne animal qui les consomme (Dumas).
Action physiologique. — En contact avec la muqueuse respiratoire ou avec la peau dénudée, l'Oxygène agit comme stimulant de la sensibilité et des phénomènes qui se passent dans le réseau capillaire sanguin. Il en résulte une sensation de chaleur, de picotement, et un appel fluxionnaire plus ou moins marqué. Insufflé dans les séreuses, l'Oxygène est rapidement absorbé sans produire aucune irritation locale. Injecté dans les veines avec précaution, il n'agit pas autrement que par ses effets mécaniques.
Dissous et charrié dans le torrent circulatoire, l'Oxygène est l'agent principal des phénomènes chimiques, essence même de la respiration ou de l'hématose, qui s'accomplissent partout dans le sang et consistent en différents modes de combustion. Ces phénomènes, étroitement liés à la nutrition et à la décomposition organique, sont la condition prochaine et nécessaire de la vie.
Il est donc tout naturel que le gaz comburant, activant toutes les fonctions, procure, à l'état normal, un sentiment de bien-être, de chaleur générale, de force et d'alacrité qui, dans certains états d'éréthisme, se transforme en excitation maladive et pénible.
L'intensité d'action de l'oxygène varie selon son degré de condensation et selon son état moléculaire.
Le degré de condensation est lui-même en rapport avec la pression subie par l'oxygène et avec la quantité des gaz étrangers qui en séparent les molécules. L'activité du gaz comburant est nécessairement proportionnelle à sa pureté et à sa densité, c'est-à-dire à la pression barométrique. Si le docteur
OXYGÈNE. l\L&
Jourdanet a pu soutenir qu'une altitude de 1000 à 2000 mètres était, à certains égards, plus favorable que celle de 0 mètre et un peu au-dessus, c'est qu'il fait jouer un rôle à la diminution de pression dans l'exhalation de l'acide carbonique, dont la présence, dit-il, peut nuire aux effets bienfaisants de l'air respirable.
La raréfaction dans l'appareil de Jourdanet n'est donc qu'un moyen évacuant pour l'acide carbonique, et trouve son application momentanée, à la manière d'un purgatif lorsqu'il existe un trop-plein de bile. Il en est tout autrement de l'air comprimé, qui augmente directement l'activité de Yhématocausie (combustion respiratoire) et stimule d'emblée toutes les actions organiques qui en dépendent. L'expérimentation réglée de Tabarié, Pravaz, etc.; les expériences accidentellement suivies par des médecins (Folley, etc. ) sur des hommes introduits dans des appareils submergés, s'accordent pour démontrer l'influence tonique de l'air comprimé, et notamment le ralentissement des rhythmes respiratoire et circulatoire, ainsi que la diminution chez les malades du malaise lié à une hématose incomplète.
Des phénomènes analogues se remarquent chez des sujets qui quittent des altitudes plus ou moins élevées pour habiter au bord de la mer. Je ne doute pas qu'ils ne s'accusent davantage chez ceux qui descendent des montagnes du Liban, dans cette dépression terrestre de &o0 mètres plus basse que le niveau de l'Océan, au fond de laquelle se réunissent les eaux du lac Asphaltique, et qui est appelée à devenir une station médicale.
La respiration de l'Oxygène pur cause une stimulation plus vive que celle de l'air comprimé. Elle détermine à la fois une accélération du pouls, avec sensation de chaleur dans la poitrine, une légère moiteur et une sorte de mouvement fébrile.
Les états moléculaires introduisent des diversités plus grandes encore que ne font la pression ou la pureté du gaz. On en distingue deux : V Oxygène ordinaire et YOxygène allotropique, c'est-à-dire YOzone. On peut cependant en admettre un troisième. Schœnbein a signalé récemment une nouvelle forme à laquelle il a donné le nom d' 'Antozone ; pour moi, je distingue YOxygène stagnant, qui est le degré inférieur, sous le rapport de la puissance comburante, et se rencontre dans les espaces confinés et clos depuis longtemps, ayant, comme pn dit, Yodeur de renfermé. Si l'électricité donne l'ozone, le mouvement conserve à l'oxygène ordinaire ses qualités vives, d'où l'utilité hygiénique de l'air renouvelé et courant.
L'action de l'Ozone est incomparablement la plus énergique, soit sur les corps inertes, soit sur les êtres doués de vie. En proportion considérable dans l'atmosphère, l'Ozone excite puissamment les voies respiratoires et la circulation, cause une impression vive sur la sensibilité de la muqueuse laryngo-bronchique et provoque la toux.
A la période d'excitation succède une période de dépression analogue à celle qui suit une fièvre éphémère et due sans doute à la même cause : l'excès de
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dépense organique. Chez les animaux soumis à la respiration de l'Oxygène pur dans un espace confiné, on voit la respiration et le pouls s'accélérer, puis les mouvements respiratoires s'affaiblir, se ralentir ; enfin, la sensibilité et le mouvement disparaître, et la mort survenir si l'expérience se prolonge.
A l'autopsie, on trouve les capillaires gorgés de sang, les parenchymes rouges, parfois ecchymotiques, et les muscles turgescents (Demarquay).
Applications thérapeutiques. — Le médecin doit considérer l'Oxygène comme élément de l'atmosphère et comme agent de la matière médicale.
L'atmosphère pure, renouvelée, avec une pression barométrique forte, celle du bord de la mer, en un mot, convient aux sujets faibles ou débilités par les maladies, les excès de travail ou autres. L'atmosphère chargée d'Ozone, au voisinage d'une forêt ou après un violent orage, est plus vivifiante encore. En outre, ces conditions sont particulièrement favorables aux malades atteints de catarrhe bronchique et de torpeur des voies respiratoires.
En revanche, elles sont antipathiques aux sujets affectés d'un éréthisme habituel des organes de la respiration ou d'une inflammation de cet appareil, ainsi qu'à la plupart des asthmatiques purs.
L'asthme nerveux se trouve généralement mieux d'un air doux, peu stimulant, dans lequel les propriétés de l'oxygène se trouvent mitigées par celles d'autres gaz répandus dans l'atmosphère, tels que l'acide carbonique et l'ammoniaque.
Comme agent thérapeutique proprement dit, l'Oxygène peut être employé à l'état d'isolement, ou bien encore engagé dans ses combinaisons. Les inhalations d'Oxygène pur, illusoires contre le choléra, impuissantes contre la vraie chlorose, surtout celle qui s'accompagne d'érélhisme nerveux et vasculaire, dangereuses chez les tuberculeux prédisposés aux bouffées inflammatoires et aux hémoptysies, sont au contraire vraiment efficaces dans certaines dyspepsies et anémies qui ne cachent pas une affection organique de l'estomac ou du poumon. On peut en respirer de 2 à 10, 15, 20 et 30 litres dans une séance, sans en ressentir aucune irritation locale et quelquefois sans en avoir pour ainsi dire conscience.
La respiration de l'air comprimé dans un appareil de Pravaz donnerait plus commodément, une fois le malade installé, des résultats analogues.
L'Oxygène peut être utilisé par les chirurgiens, soit en inhalations, soit en applications topiques pour modifier les plaies atones (Demarquay) . Le professeur Laugier enveloppe dans une atmosphère d'Oxygène les membres affectés de gangrène spontanée, pour arrêter les progrès du mal.
A une certaine époque, des chimistes, croyant pouvoir réduire toutes les actions médicamenteuses à des phénomènes d'oxydation, ont conseillé, pour les cas les plus divers, des composés qu'ils croyaient susceptibles de fournir de l'Oxygène à l'économie. Les médecins, réagissant contre cette prétention exorbitante, ont peut-être eu le tort de proscrire indistinctement toutes les substances qui leur avaient été proposées. En effet, les expériences de Cl. Bernard
SOUFRE. hh5
démontrent que, contrairement à la règle générale et à l'opinion reçue, certaines combinaisons oxygénées laissent dégager dans le sang une partie de leur oxygène et sont restituées par les émonctoires à un degré d'oxydation inférieur. Tels sont les persels ferriques et le cyanure rouge de potassium et de fer. Il est vraisemblable que d'autres combinaisons instables, soit par le peu d'affinité des composants (protoxyde d'azote), soit par le degré trop élevé de leur oxydation (peroxyde de manganèse et permanganate de potasse, généralement tous les oxydes singuliers de Dumas, le bichromate de potasse, les chlorates de potasse et de soude), peuvent également céder une proportion de leur oxygène au sang et aux tissus. Ma propre observation me porte à penser que, dans la circulation, le chlorate de potasse se transforme partiellement en chlorure. S'il en était ainsi, les corps surchargés d'Oxygène trouveraient leur indication dans certains cas où il s'agit de stimuler les actes organiques par de l'Oxygène à l'état naissant.
Modes d'administration et doses. — L'Oxygène s'administre en nature, enfermé dans un cylindre de caoutchouc de Galante, auquel est adapté un tube muni d'un robinet par lequel se fait l'aspiration. De plus, dans l'appareil portatif de Limousin, le gaz est lavé en traversant un ballon partiellement rempli d'eau et muni d'une double tubulure.
On donne également l'Oxygène maintenu en dissolution dans l'eau par une pression forte comme celle à l'aide de laquelle on obtient l'eau de Seltz artificielle. Celte préparation, connue en Angleterre sous le nom à' Eau oxygénée [oxygenated Watcr), est différente de l'eau oxygénée de Thenard, ou bioxyde d'hydrogène. Il ne faut pas la confondre non plus avec Yoxygenous aerated Waterde Scarle, qui n'est autre qu'une solution de protoxyde d'azote, et qu'on emploie d'ailleurs aux mêmes usages. L'Eau oxygénée peut remplacer l'eau potable aux repas.
Enfin, s'il est démontré que certaines substances suroxygénées peuvent fournir une portion de leur oxygène, on les prescrira suivant les modes et les doses appropriés à chacune d'elles. Déjà, sans annoncer les mêmes visées, Sampson administre le permanganate de potasse aux diabétiques, à la dose de 10 à 20 centigrammes. De mon côté, j'ai donné plusieurs fois le chlorate de potasse ou de soude à la dose de U, 6, 8 grammes par jour, comme modificateur des actes chimiques de l'hématose. Mais l'expérience n'est pas suffisante pour décider de la valeur de ces moyens.
sot f«e, Sulfur.
Angl. Sulphur or Brimstone. — Ail. Schwefel.
État naturel. — Le Soufre est très-répandu dans la nature à l'état libre ou combiné. Natif, il se montre dans les solfatares, au voisinage des volcans. Sous forme d'acide sulfureux, il s'en exhale aussi des terrains volcaniques, et quelques eaux des mêmes contrées renferment de l'acide suifurique. Combiné avec l'hydrogène, il se dégage d'un grand nombre de substances organiques c:i
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décomposition et de certaines eaux minérales, dites, à cause de cela, sulfureuses, et dans lesquelles il se montre également à l'état de sulfures alcalins ou terreux. Telles sont les eaux de Baréges, de Bonnes, de Cauterets, de Ludion, de Vernet-les-Bains, d'Aix en Savoie, d'Aix-la-Chapelle, d'Enghien, de Pierrefonds, etc. D'autres espèces d'eaux minérales en offrent de moindres proportions ne jouant qu'un rôle secondaire dans leurs propriétés médicinales. L'eau de pluie contient de l'acide sulfurique combiné avec l'ammoniaque. Enfin, le Soufre existe sous divers états dans les plantes et les animaux, notamment dans certaines huiles essentielles, dans l'albumine et l'oxyde cystique, l'un des principes immédiats de l'urine.
Outre le Soufre natif jaune pâle, cristallin, que tout le monde connaît, l'art produit, à l'aide de la chaleur, un Soufre mou et amorphe, de couleur brune, prenant, lorsqu'on le chauffe, la consistance du caoutchouc ou de la glu.
Le Soufre précipité par la voie humide, ou Magistère de Soufre, me semble, par sa mollesse et sa ductilité, approcher de l'état allotropique du Soufre amorphe, lequel est probablement favorable à la dissolution du métalloïde.
Action physiologique. — Le Soufre en nature et parfaitement purifié, étant insoluble et insipide, n'exerce, dit-on, aucun effet topique sur les organes avec lesquels il se trouve en contact. Toutefois, lorsqu'il est délayé dans un liquide alcalin, le Soufre très-divisé ne tarde pas à se transformer partiellement en Sulfure de sodium ou de potassium, et par conséquent à se dissoudre. C'est ce qui a lieu dans la cavité buccale au contact de la salive, dans le duodénum en présence de la bile et du suc pancréatique, ainsi que dans les cavités séreuses, sur les plaies exhalant de la sérosité et du pus alcalin. Dès lors il est apte à stimuler localement les tissus, et consécutivement à pénétrer dans la circulation.
Cette action, simplement excitante pour l'homme et les animaux qui s'en rapprochent, devient nocive et toxique pour les êtres bas placés dans l'échelle, tels que les Arachnides et les Vers intestinaux. Une fois parvenu dans le sang, le Soufre, agissant à la manière des stimulants dilïusibles, fouette la circulation, élève la température, fluxioime les viscères, cause de la céphalalgie, parfois des étourdissements, accroît la transpiration cutanée, et produit, quand la dose est forte et longtemps continuée, un véritable mouvement fébrile. Cette fièvre est accompagnée d'une éruption érythémateuse, iniliaire ou vésicopustuleuse, pouvant revêtir encore d'autres formes anatomiques en rapport avec l'intensité de la cause et la constitution du sujet. Cet exanthème est connu dans les stations thermales sous le nom de poussée.
L'action se fait aussi sentir du côté du tégument interne, spécialement vers la muqueuse des voies respiratoires. II en résulte pour cette dernière une légère phlogose, voire même des hémoptysies, si la prédisposition existe, et pour le canal digestif une congestion également active qui se traduit quelquefois par le développement d'héniorrhoïdes.
A la longue, le Soufre semble pouvoir modifier profondément la nutrition,
SOUFRE. l\kl
l'état anatomique des tissus, cl conséquemment leur mode de fonctionnement. On peut attribuer cette action altérante à l'intégration d'un plus grand nombre de molécules du métalloïde dans le plasma organique (Gubler).
Sous une forme massive, le Soufre, porté dans l'estomac, agit comme purgatif doux, et, si la dose est exagérée, il détermine une gastro-entérite (OEsterlen), ou plutôt une entéro-colite (Gubler), par cette raison que la modification chimique, indispensable à l'action du corps simple, n'a lieu que dans la longueur de l'intestin grêle, au contact du mucus et des sécrétions alcalines des glandes annexes.
L'action stimulante ou irritante exercée par !e Soufre sur la peau et la muqueuse respiratoire s'explique par le passage de ce principe à travers les appareils sécréteurs de ces deux téguments. Le Soufre, en effet, se métamorphose dans la circulation en acide suifurique, puis en sulfates qui passent dans les urines, et en hydrogène sulfuré qui, de même que les autres substances volatiles, s'échappe par les poumons et par les glandes sudoripares. Au reste, il se pourrait que le Soufre arrivât à l'émonctoire cutané sous une autre forme : celle, par exemple, d'une essence sulfurée. Toujours est-il que les malades exhalent une odeur manifestement sulfureuse, et que leurs émanations altèrent fortement le brillant de l'argent métallique. Leur peau offrirait même un reflet jaunâtre perceptible pour des observateurs habiles et expérimentés. Enfin, on a été jusqu'à prétendre que leur sueur teint en jaune le linge qui s'en imbibe.
Substances synergiques, auxiliaires. — Comme excitant, le Soufre a pour auxiliaires les divers agents de la médication stimulante, notamment les huiles volatiles, comme cathartique, les purgatifs doux, tels que la magnésie ou la crème de tartre. Comme altérant, il a pour analogues et parfois pour adjuvants l'arsenic, le phosphore et, jusqu'à un certain point, l'iode.
Surstances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Les sédatifs, les médicaments dits réfrigérants, le froid thermométrique, sont des antagonistes dynamiques du Soufre. Il en est de même des astringents. Mais ces différents agents incompatibles avec le Soufre, lorsqu'il s'agit d'en obtenir les effets stimulants, ne s'opposent nullement aux modifications constitutionnelles qui forment l'action altérante du métalloïde.
Le froid, le sulfate de quinine, le bromure de potassium, en sont probablement les antidotes dynamiques. Les contre-poisons chimiques seraient les substances capables de transformer le Soufre en acide suifurique et en sulfates ou en sulfures insolubles.
Usages. — L'action stimulante du Soufre est recherchée dans certaines dartres rebelles, dans les paralysies saturnine et mercuriellc, dans les affections goutteuses et surtout rhumatismales, atoniques, afin de modifier l'allure chronique de ces affections ou de provoquer une dérivation vers les émonctoires par lesquels le Soufre s'élimine. On se comporte de même vis-à-vis des catarrhes anciens ou liés à la diathèse herpétique, qu'ils aient leur siège dans
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le rectum, dans les organes génito-urinaires, ou bien dans les voies respiratoires. On s'en sert aussi comme moyen d'épreuve chez des malades manifestement entachés ou simplement soupçonnés de syphilis, dans le but de provoquer l'apparition des symptômes spécifiques. C'est alors un moyen de traitement et de diagnostic tout à la fois.
L'action altérante du Soufre est recommandée par les uns dans la diathèse strumeuse, par les autres dans la diathèse herpétique ; mais celle-ci est trop mal définie pour donner lieu à des indications précises. Cette action n'est peutêtre pas moins utile dans les formes avancées de la syphilis constitutionnelle. L'action cathartique semble convenir spécialement aux sujets dartreux et scrofuleux, principalement lorsqu'ils portent quelques lésions intestinales dépendant de cette mauvaise disposition générale.
Enfin l'action toxique sur les organismes inférieurs est utilisée : l9 contre les parasites végétaux, particulièrement contre le Microsporon furfur àn pityriasis versicolor; 2° contre les parasites animaux habitant, les uns la peau, comme le Sarcopte de la gale, les autres le canal alimentaire, comme les Ascarides lombricoïdes et les Oxyures.
Modes d'administration et doses. — On emploie le Soufre sublimé, la Fleur de Soufre lacée et le Soufre précipité ou Magistère de Soufre. Chacune de ces espèces a ses qualités particulières. Le Soufre sublimé, renfermant de l'acide sulfureux, ou du moins de l'acide sulfurique formé à ses dépens, possède des propriétés irritantes qu'on peut utiliser dans certains cas d'affections externes. Le Soufre subiimé et lavé convient parfaitement pour l'usage interne et aussi pour l'usage externe quand l'irritation locale est à craindre. Le Soufre précipité, formé de granules moléculaires beaucoup plus ténus, me paraît plus avantageux que le précédent, en ce sens qu'il doit se dissoudre plus aisément dans les alcalis et pénétrer plus rapidement et plus complètement dans la circulation; d'où la possibilité d'en réduire notablement la dose dans la médication altérante.
La dose de fleur de Soufre lavée, pour obtenir des effets purgatifs, est de 10 à 15 grammes; elle n'est que de *2 a U grammes au plus, si l'on cherche l'action stimulante ou altérante du remède. Cette dernière quantité pourrait encore être considérablement diminuée, si l'on faisait usage du Soufre précipité et si l'on avait soin de l'associer à quelque substance alcaline, comme le bicarbonate de soude ou l'eau de Vichy.
Les principales préparations de Soufre sont les suivantes : Tablettes ou Pastilles de Soufre, dont chacune contient 1 décigramme du principe actif. Elles peuvent remplacer les eaux minérales sulfureuses dans la plupart des cas où celles-ci sont prises à l'intérieur, et je les prescris habituellement dans la médecine des pauvres. Je recommande toujours de les laisser foudre lentement dans la bouche, afin que la transformation en sulfure de potassium s'accomplisse mieux.
Pommade soufrée, formée de 1 partie de Soufre pour 3 parties d'axonge.
CHLORE. hhQ
Elle est usitée en frictions contre la gale. La Pommade antipsorique, formée de 1 partie de Soufre lavé, de 2 parties d'axonge et de 1/15 environ d'alun et de sel ammoniac, est plus efficace que la précédente. On fait aussi une Pommade sut furo- savonneuse composée de 1 partie de Soufre pour 2 parties de savon mou de potasse (Iïouchardat).
Cérat soufré. Il se compose de 1 partie de Soufre pour 8 parties de véhicule.
La Pommade aV Helmerich renferme : fleur de Soufre, 2 parties; carbonate de potasse, 1 partie, et axonge, 8 parties. C'est le topique le plus fréquemment usité dans le traitement de la gale.
Le Baume de Soufre est une solution huileuse de Soufre sublimé et partiellement transformé par le véhicule en sulfide hydrique. On l'applique sur les ulcères et on l'administre à l'intérieur. Le Baume de Soufre anisè, formé de 1 partie du métalloïde en dissolution dans k parties d'essence d'Anis, est préférable au précédent, et se donne à la dose de 6 à 10 gouttes dans de l'eau sucrée.
Le Soufre s'emploie encore sous forme de mellite. Enfin on l'associe à des stimulants et à des purgatifs.
Les eaux sulfureuses naturelles ou artificielles remplissent les mêmes indications que le métalloïde pur, en raison de leur minéralisation par les sulfures alcalins, par le sulfide hydrique et même par le soufre précipité.
chlore, Chlorum.
Angl. Chlorine. — AU. C/dor.
A l'étal combiné, le Chlore est partout, principalement sous forme de Chlorure de Sodium. L'Acide chlorhydrique libre se trouve au voisinage des volcans. De plus, Sprengel prétend que les plantes marines exhalent du Chlore gazeux, surtout la nuit.
Le gaz Chlore est soluble dans l'eau, et, mis en présence des matières organiques, il les décompose souvent en s'emparant de leur hydrogène pour former de l'acide chlorhydrique.
Action physiologique. — Le Chlore est un irritant topique et même un poison corrosif en raison de son énergique affinité pour l'hydrogène. Sa vapeur irrite violemment les voies respiratoires et détermine une sensation de constriclion, de suffocation, une toux convulsive, le spasme de la glotte et de tout l'arbre aérien. L'accès se termine d'ordinaire par une abondante sécrétion de mucus bronchique, mais il peut s'ensuivre une véritable inflammation des voies aériennes. Lorsqu'elle est très-diluée dans l'air atmosphérique, la vapeur de Chlore ne fait pas tousser; seulement elle occasionne dans les organes respiratoires une sensation de chaleur accompagnée d'accélération du pouls et de la respiration et suivie d'expectoration. Les omriers soumis à des émanations habituelles de Chlore souffrent de dyspepsie acescente et de différents troubles gastriques : symptômes pouvant être mis sur le compte de l acide chlorby-
GUBLER. 29
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drique formé aux dépens du Chlore et dissous dans les liquides buccaux incessamment déglutis.
D'après Wallace, le Chlore gazeux dilué dans l'air ou la vapeur d'eau, mis en contact avec la peau, produit localement une sensation de piqûre et de morsure accompagnée de sueur, d'afflux sanguin et quelquefois suivie d'une éruption papuleuse ou vésiculeuse.
Les phénomènes généraux qui succèdent à l'absorption du Chlore sont, outre l'accélération du pouls et de la respiration, le mauvais état de la bouche, du gosier et de l'œsophage, avec rougeur et parfois ulcérations aphtheuses de ces parties, l'amaigrissement, enfin l'altération qualitative et quantitative des sécrétions urinaire et salivaire.
Absorbé par les surfaces tégumentaires et porté dans le sang, le Chlore se transforme, au moins partiellement, en chlorure alcalin, mais il paraît (Wallace cité par Pereira) qu'il se retrouve aussi à l'état de corps simple dans l'urine, puisque celle-ci posséderait alors des propriétés décolorantes (ôleac/ung properties).
En définitive, le Chlore est un irritant local, et par là un stimulant général. Agit- il aussi comme excitant dans le système circulatoire, où il semble pouvoir se maintenir en partie à l'état d'isolement ? La chose est douteuse. Quant à ses effets calmants et antiphlogistiques (Albers), ils ne sont pas non plus suffisamment établis.
Substances incompatibles. — Toutes les substances facilement attaquables par le Chlore doivent être éloignées des préparations où ce métalloïde est appelé à agir en vertu de ses affinités chimiques. De ce nombre sont : l'hydrogène sulfuré, l'acide cyanhydrique et l'eau de Laurier-cerise, les matières colorantes, etc. Aussi a-t-on donné comme contre-poison du sulfide hydrique le Chlore, qui, à son tour, a été combattu chimiquement par le gaz ammoniac et par la vapeur d'alcool ou d'éther.
Usages. — Rarement le Chlore est usité pour son action irritante ou stimulante; on l'emploie presque exclusivement comme antiseptique et désinfectant.
Les médecins ont fait respirer le Chlore dans les affections chroniques des poumons. Cette pratique ne me semble rationnelle que dans certaines formes d'asthme et de bronchite sèche, à râles vibrants, pour provoquer le flux muqueux et favoriser ainsi le retour aux conditions normales de la respiration; ou bien dans la bronchite fétide et la gangrène pulmonaire. Encore serait-elle quelquefois périlleuse dans la première catégorie de cas et illusoire dans la seconde. Les fumigations de Chlore pur ou d'un mélange de Chlore et d'air ou de vapeur d'eau (Wallace), de même que les bains chlorés (Ziese), ont été recommandés dans les maladies du foie. Nous avons peine à croire au succès de ces moyens, et nous trouverions plus acceptables les inhalations de Chlore pouvant déterminer par action réflexe une cliolirrhée plus ou moins abondante.
Au contraire, l'utilité du Chlore liquide est incontestable, lorsqu'il s'agit d'arrêter la décomposition putride dans une masse organique, ou de détruire sur place un miasme ou un virus. Appliqué sur un chancre syphilitique, il en neutraliserait le pus spécifique dont l'inoculation ne donnerait ensuite que des résultats négatifs; introduit dans un foyer de putridité, il enlève instantanément aux liquides contenus leur fétidité et prévient leur décomposition ultérieure. Projeté sur des débris organiques, sur des déjections animales, il agit également comme désinfectant et antizymotique. Mais c'est à tort qu'on attribue la même puissance destructive à la vapeur de Chlore sur les miasmes gazeux répandus dans l'air atmosphérique. Comme les organismes les plus inférieurs, ces miasmes sont très-résistants, et la faible proportion de Chlore qui peut se répandre même dans une atmosphère confinée est tout à fait insuffisante pour en altérer chimiquement la composition. Aussi n'a-t-on obtenu aucun résultat sérieux de l'usage des aspersions d'eau chlorée ayant pour but, dans les salles de malades, d'empêcher la propagation du choléra, de l érysipèle, de la fièvre puerpérale, de la variole et des diverses maladies contagieuses ou infectieuses transmissibles d'un malade à un sujet sain.
Quelques personnes, faisant des données chimiques, une application moins judicieuse encore, ont imaginé d'administrer le Chlore à l'intérieur, sous prétexte de neutraliser dans le sang les virus ou les miasmes producteurs de maladies générales dangereuses, telles que le choléra. Or, si l'action du Chiure était efficace par rapport aux contages, elle le serait également pour détruire les globules sanguins et arrêter les actes indispensables à l'entretien de la vie ; ou, si elle respectait l'organisme, elle serait nécessairement impuissante contre les agents morbides qui l'ont envahi. 11 n'y a donc aucun fondement à faire sur de pareilles spéculations.
Le Chlore est un réactif utile dans la recherche du brome, de l'iode et des sels de morphine. C'est un antidote de l'acide cyanhydrique, de l'hydrogène sulfuré, du sulfhydrate d'ammoniaque et de la strychnine (Bardet).
Modes d'administration et doses. — Les inhalations de Chlore se pratiquent à l'aide d'un bocal à double tubulure rempli jusqu'au tiers environ d'une solution aqueuse de Chlore. L'un des tubes amenant L'air du dehors plonge au fond du liquide ; l'autre, par lequel se fait l'aspiration, s'arrête dans la partie supérieure du llacon.
Par la voie stomacale on administre le Chlore dissous, dilué dans l'eau pure ou dans une potion (Chlore liquide, 2 grammes; eau, 100 grammes) édulcorée avec du sirop d'écorces d'orange. On le donne aussi en gargarisme (Chlore liquide, 10 grammes; eau, 200 grammes) dans l'angine maligne et l'angine scarlatineuse de forme pultacée ou gangréneuse. La solution aqueuse de Chlore, concentrée, sert comme moyen désinfectant pour lotionner les plaies gangréneuses ou fétides, ou pour arroser les localités infectées ou malsaines. On en met dans une assiette sous le lit du malade dans l'idée erronée, selon moi, de détruire les effluves morbigèues. Cependant on fait dans ce but un
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usage plus ordinaire de la Fumigation Guytonienne, mélange de sel marin, de bioxyde de manganèse, d'acide sulfurique et d'eau, duquel, par la réaction réciproque de ses composants, se dégagent continuellement des vapeurs de Chlore.
Cette fumigation, ainsi que la solution aqueuse de Chlore, est habituellement remplacée aujourd'hui par le chlorure de chaux liquide.
On prépare aussi une Pommade chlorée contre la gale, et de la Charpie chlorée, utile dans le pansement des ulcères sanieux et de la pourriture d'hôpital.
CHARBON VÉGÉTAL, Carbo ë ligno.
Angl. Wood Charcoal. — Ail. Kôhle.
Le Charbon très-poreux est le meilleur pour l'usage médicinal. Les bois blancs en fournissent d'excellent. On donne généralement la préférence à celui des Saules ou des Peupliers.
De même que le charbon animal, le Charbon végétal est un absorbant mécanique remarquablement actif. Il s'empare énergiquement de diverses substances, telles que l'acide sulfhydrique, les matières colorantes organiques, les matières odorantes et autres, dans les liqueurs qui les tiennent en dissolution. Il absorbe seulement 1,75 volume de gaz hydrogène et 90 volumes de gaz ammoniac.
Action physiologique et usages. — - Appliqué sur une plaie ou sur la muqueuse stomacale, le Charbon végétal produit une sensation de picotement et de chaleur, diminue, le cas échéant, la tension gastrique et la flatulence, ainsi que la fétidité de l'haleine ou des éructations et des matières fécales, qu'il colore en noirâtre. Il fait cesser le mauvais goût dans la bouche, augmente l'appétit et améliore la digestion.
A part cette légère stimulation locale, tous les autres symptômes dérivent de l'action absorbante qu'il possède au plus haut degré. En diminuant la tension gazeuse, en s'imprégnant des acides de l'estomac, il calme la dyspepsie flatulente et la gastralgie acescente. En faisant disparaître dans ses porosités l'hydrogène sulfuré et les substances odorantes, non-seulement il diminue l'odeur repoussante des matières fécales dans la diarrhée due à l'entéro-colite ulcéreuse ou gangreneuse, mais encore il prévient l'absorption des produits putrides et l'empoisonnement de l'économie.
A l'intérieur comme à l'extérieur, le Charbon agit de deux manières différentes: comme léger excitant et comme absorbant mécanique. On l'applique sur les ulcères sanieux ou gangréneux, sur les plaies à suppuration fétide, soit en poudre libre, soit à l'état pulvérulent, dans des papiers carboni fères ou des sachets de charpie carbonifère de Pichot. On s'en sert aussi quelquefois pour stimuler la cicatrisation des ulcères atoniques. C'est enfin un dentifrice utile par son action mécanique et absorbante. Il ralentit les progrès de la carie dentaire (Brachet).