‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 165 sur 276 · MERCURE · texte numérisé non relu

MERCURE

le dérangement des fondions du tube digestif ; la stomatite spéciale, avec son caractère ulcéro-membraneux et sa fétidité repoussante; l'ébranlement et la chute des dents, la nécrose des maxillaires, des lésions ulcéreuses de l'intestin ; quelquefois l'albuminurie : puis l'hypoglobulie, l'état aplaslique du sang, et unesortede scorbut; la chute des cheveux, la faiblesse générale et la cachexie aiguë.

Les phénomènes de plus longue portée, en rapport avec un empoisonnement faible et lent, mais continu, qui a pu d'ailleurs déterminer au début les accidents primitifs énumérés ci-dessus, sont : l'anémie, l'albuminurie, l'altération nutritive et la cachexie; le tremblement et le bégayement, qui n'est en partie qu'un tremblement des muscles de la respiration, de la phonation et de l'articulation des sons; enfin le vertige, l'amnésie, le délire, la paralysie agitante, l'épilepsie et l'apoplexie. Sans parler de la fièvre hydrargyrique, de la polyurie, des sueurs profuses, des exanthèmes cutanés et des lésions parenchymateuses diverses qui viennent compliquer les symptômes ordinaires de Yhydrargyrisme aigu et chronique, dont A. Kiissmaul a tracé complètement l'histoire dans sa monographie du Mercurialisme constitutionnel.

On a pu administrer par la bouche en une seule prise des masses énormes de Vif-argent, sans produire aucun symptôme hydrargyrique, tandis que des quantités pondérales très-faibles du même métal amènent parfois des accidents rapides et sérieux. La différence est attribuée à ce que, dans le premier cas, le Mercure métallique est demeuré intact, tandis que dans le second il a pu s'oxyder (Guibourt) ou se transformer en chlorure double (Mialhe). Elle dépend aussi, selon moi, de ce que le métal sous forme massive a plus rapidement parcouru le tube digestif sans être absorbé.

Au reste, rien n'est plus variable que l'action du Mercure sur l'économie et la susceptibilité individuelle pour ce médicament. J'ai vu une glossite parenchymaleuse et des lésions de la bouche et de l'isthme guttural mettre la vie en péril à la suite d'une seule onction napolitaine faite sur l'hypogastre pour une péritonite puerpérale.

De pareils faits s'expliquent difficilement par l'introduction du Mercure par la seule voie cutanée, et me portent à penser que la vapeur métallique, respirée par le sujet, contribue pour une large part à l'intoxication. Il ne faut pas oublier en effet que le Mercure, qui possède une tension de vapeur mesurable à la température de 15°, doit fournir des émanations considérables à la chaleur du corps humain, principalement pendant la fièvre. Dans les cas ordinaires, l'hydrargyrisme qui succède aux frictions mercurielles s'explique sans doute en partie par la pénétration de la vapeur de Mercure dans les voies respiratoires et digeslives, en partie aussi par l'absorption cutanée rendue facile à l'aide de l'eczéma local et de la mise à nu du réseau superficiel du derme.

Le Mercure circule dans le sang à l'état d'albuminatc. Il est éliminé parles urines, les salives, la sueur, la bile, et même par la sérosité des vésicatoires et des plaies. On l'a trouvé faisant partie intégrante de la plupart des tissus. Son

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élimination est favorisée (Melsens et Natalis Guillot), par l'iodure de potassium, non parce qu'il se forme un iodure double plus soluble, mais parce que la dénutrition plus rapide remet en liberté du Mercure immobilisé dans les organes (Gubler).

Pour résumer l'action physiologique du Mercure, nous dirons qu'en se combinant avec l'albumine du sang, il devient une cause d'hypercrinie et même de phlogose, pour un certain nombre d'émonctoires dont la sécrétion se montre accidentellement albumineuse ; que par le même mécanisme il dépouille le sang d'une partie de sa substance plastique ; qu'en outre, par une action spéciale indéterminée, il rend la fibrine déliquescente et s'oppose à la régénération des hématies, et que finalement il conduit l'organisme aux troubles les plus variés, à travers la dyscrasie sanguine et la cachexie.

Substances synergiques, auxiliaires. — Les véritables synergiques du Mercure sont les antiphlogistiques, les débilitants et les fluidifiants, tels que les alcalins.

L'oxygène de l'air, les acides, les chlorures alcalins, en favorisant la transformation saiine du Mercure métallique, contribuent à son action physiologique.

Substances antagonistes, incompatibles, — Antidotes et contrepoisons. — Au point de vue de l'action plia rmaeod y na m ique , les antagonistes du Mercure sont les astringents, les toniques et les stimulants. Ce n'est pourtant pas là ce qu'on doit entendre par « incompatibles» dans la rédaction d'une formule. Au contraire, les vrais incompatibles sont, à proprement parler, les adjuvants ou les agents qui transforment trop rapidement le Mercure en combinaisons solubles et excessivement actives. De ce nombre sont le sel de cuisine et les chlorures alcalins, l'acide cyanhydrique et les cyanures.

Inversement, le chlorate de potasse, qui s'oppose aux eiFets locaux du Mercure sur la bouche et les glandes salivaires, devient un adjuvant du traitement hydrargyrique.

Les antidotes physiologiques ou proprement dits sont le chlorate de potasse et les toniques amers, astringents, reconstituants, ainsi que les stimulants : par exemple, le quinquina, les ferrugineux, les alcooliques.

Les contre-poisons chimiques des sels mercuriels sont les solutions albumineuses, le Fer et le Zinc métalliques très-divisés.

Usages. — Le Vif-argent a été plusieurs fois administré par la bouche en masse pesante, dans le but de dénouer mécaniquement l'intestin affecté de volvulus, et de rétablir le cours des matières, ou bien pour amalgamer et dissoudre des monnaies d'argent avalées par mégarde.

Comme anthelminthique, le Mercure n'agit pas directement et par lui-même sur les parasites renfermés dans le tube digestif; il ne devient toxique pour ces derniers qu'autant qu'il est préalablement salifié. Il n'est donc pas étonnant qu'il donne peu de résultats quand il est administré en nature.

Le Mercure doit à ses propriétés purgatives et altérantes d'être employé

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comme antiphlogistique et antipyrétique ou fébrifuge. Mais l'effet cathartique est demandé le plus souvent au Galomel, quelquefois au Mercure métallique. L'effet altérant, au contraire, est habituellement obtenu à l'aide du protoiodure ou du bichlorure hydrargyrique.

Le Mercure ne convient qu'aux sujets non débilités et point cachectiques, atteints de phlegmasies plastiques ou de fièvres inflammatoires d'une intensité médiocre et d'une allure peu rapide. Dans les conditions inverses, il est inutile ou nuisible, parce qu'il n'arrive pas à temps, parce qu'il est illusoire et empêche d'agir plus efficacement; enfin parce qu'il entraîne la dyscrasie et la cachexie. Ainsi ce métal ne donne que des résultats insuffisants ou incertains dans la péripneumonie et les inflammations phlegmoneuses des parenchymes; mais il rend de grands services dans les phlegmasies des séreuses et les formes adhésives des inflammations en général. Cependant on le prescrit avec avantage dans certaines ophthalmies suppuratives. Dans ce cas, il agit en même temps comme antiphlogistique spécial et comme révulsif à la faveur de la salivation et de la stomatite.

C'est principalement contre les accidents syphilitiques que se manifeste la puissance du Mercure, sans qu'il soit possible de l'expliquer d'une manière entièrement satisfaisante. Son efficacité se montre surtout dans la période secondaire ; néanmoins elle est incontestable encore dans les accidents plus tardifs de la maladie spécifique, et l'expérience justifie la conduite de ceux qui débutent toujours par les préparations hydrargyriques dans le traitement de la syphilis constitutionnelle avancée, quand bien même la forme hyperplasique des lésions semble réclamer instamment l'emploi de l'iodure de potassium.

Les médecins croyaient généralement autrefois que la salivation était indispensable au succès d'un traitement hydrargyrique. Il n'en est rien. Le ptyalisme et la stomatite n'ont même pas l'avantage de révéler la saturation de l'économie, etn'oflrentdèslorsque des inconvénients, hormis le cas d'iritis, où la révulsion peut intervenir utilement. Beaucoup de praticiens partagent cette manière de voir ; seulement ils n'en tirent pas tous la conséquence logique : c'est qu'il faut, autant que possible, empêcher cet inconvénient de se produire. On y parvient en donnant la préférence à certaines préparations, et en prescrivant des doses minimes et répétées. Le Calomel doit être soigneusement évité, et, si l'on n'a, pas recours au sublimé corrosif, il ne faut pas donner habituellement plus de 5 centigrammes, par jour, de proto-iodure hydrargyrique, ou bien une dose correspondante de Mercure métallique en plusieurs prises, distribuées à intervalles égaux dans les vingt-quatre heures. En tout cas, il faut enrayer dès que la salivation se montre, à moins qu'à l'exemple de Ricord on ne préfère administrer concurremment le chlorate de potasse.

Modls d'administration et doses. — A l'extérieur, le Mercure métallique s'emploie en frictions, incorporé dans un corps gras, ou bien sous forme

emplâtre.

A l'intérieur, sauf des cas très-rares où il a été introduit à l'état de Mercure

cru ou de Vif-argent, il se donne en pilules, éteint dans des graisses, des électuaires ; en tablettes et en poudre, où le métal est associé à de la craie. Enfin on le fait pénétrer sous forme de vapeur.

Les pilules mercurielles sont de plusieurs sortes :

1° Pilules de Barberousse ou Pilules bleues (blue Pills des Anglais) : c'est du Mercure éteint dans de la conserve de roses.

2° Pilules de Belloste, dans lesquelles 5 centigrammes de Mercure sont associés à des purgatifs : aloès, rhubarbe, scammonée, et au poivre noir, ensemble 15 centigrammes.

Les Pilules contre l'eczéma de Biett et de Stbrck en dérivent.

3° Les Pilules de Sédillot et de Bayer sont formées de pommade mercurielle double (onguent napolitain), de savon médicinal et de poudre de réglisse. Chaque pilule, de 20 centigrammes, contient un décigramme d'onguent mercuriel. Elles ont pour analogues les Pilules de Lagneau, de Biett, de Plenck et de Martin-Solon.

Dans la médication altérante, ces diverses pilules, de même que les tablettes et la poudre d' Hydrargyrum cum Cretâ ou cum Magnesiâ, se donnent en nombre tel, qu'elles représentent 10 à 20 centigrammes de Mercure par jour. Il serait avantageux d'en réduire encore la dose pour un traitement de longue portée. On peut au contraire en donner des quantités un peu plus fortes pour obtenir concurremment une action purgative. De grands praticiens préfèrent ces préparations à toutes les autres, pour le traitement de la syphilis.

Le Mercure à la craie paraît spécialement convenir à la syphilis infantile.

VEau mercurielle, obtenue par l'ébullition de l'eau sur le Mercure, n'est plus guère usitée.

Les Cigarettes mercurielles (Trousseau), dans lesquelles entre le bichlorure, laissent exhaler la vapeur de Mercure métallique par la formation du chlorure de potassium et la réduction du deutoxyde hydrargyrique au contact du charbon. Elles peuvent rendre quelques services dans les cas de lésions syphilitiques des premières voies, et chez des sujets dont les organes digestifs sont en mauvais état.

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