‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 168 sur 276 · ACIDE CARBONIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE CARBONIQUE

Sur les organes des sens spéciaux, les effets anesthésiques directs sont précédés, non-seulement de picotement et de chaleur, mais, suivant le cas, de phénomènes visuels, auditifs, olfactifs ou gustatifs, en rapport avec l'excitation primitive delà muqueuse. Des symptômes analogues se produisent du côté de l'estomac,

Porté directement, avec précaution, dans les grosses veines, ou bien amené par l'absorption dans le torrent circulatoire, l'Acide carbonique, s'il est en quantité suffisante., stimule légèrement le cœur, accélère la respiration, accroît la congestion périphérique, cause un picotement à la peau avec une sensation de chaleur agréable, et une sorte d'ivresse exhilarante, fugace, bien connue de tous ceux qui ont bu de la bière, du Champagne, ou simplement des eaux gazeuses. Injecté en trop grande quantité à la fois, le gaz carbonique produit des effets mécaniques nuisibles, dangereux ou mortels, sans qu'on puisse accuser justement l'action toxique proprement dite.

L'Acide carbonique, à peu près innocent quand il pénètre dans le sang par les veines de la grande circulation, est au contraire très -nuisible lorsqu'il s'introduit préalablement par l'appareil respiratoire. Selon sa proportion dans l'air respirable, il détermine plus ou moins promptement de la gêne respiratoire, de la cyanose, des mouvements péristaltiques de l'intestin et des exonérations plus actives, de l'anxiété, du vertige, de la céphalalgie, de la langueur, de la faiblesse, de l'insensibilité et même la perte de connaissance. Mais ces symptômes, si graves en apparence, ne tardent pas à se dissiper dès que le sujet peut respirer un air pur et vivifiant, à moins que la syncope ne soit complète et ne se prolonge malgré l'emploi des moyens rationnels.

L'Acide carbonique ne se comporte pas à la manière d'un poison actif, mais simplement comme un obstacle à l'hématose : il asphyxie, dit-on, et n'empoisonne pas. Cependant, lorsqu'il est mélangé avec l'air atmosphérique, ses effets asphyxiants sont plus funestes que ceux de certains autres gaz irrespirables, l'hydrogène et l'azote, parce qu'il s'oppose efficacement à l'issue de l'Acide carbonique provenant de la combustion respiratoire, et arrête plus brusquement l'échange indispensable à l'entretien de la vie (Guyton de Morveau, Cl. Bernard, Demarquay).

Substances synergiques, auxiliaires. — Tous les gaz irrespirables, toutes les causes d'asphyxie, agissent dans le môme sens que l'Acide carbonique. Les alcools, les éthers, et généralement les substances hydrocarburées sont ses auxiliaires, relativement à la production del'anesthésie et de l'ivresse.

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes. — Au point de vue de l'action physiologique, il estfaciie, d'après ce qui précède, de déterminer quels sont les agents antagonistes de l'Acide carbonique. C'est avant tout l'oxygène; puis viennent les stimulants de la périphérie cutanée.

Les antagonistes chimiques sont les bases alcalines ou terreuses, capables d'absorber l'acide carbonique, et spécialement ces dernières, en raison de l'insolubilité de leurs carbonates.

Usages. — Habituellement l'Acide carbonique est employé à l'intérieur sous forme de boisson gazeuse (eaux de Seltz artificielle ou naturelle ; eaux de Condillac, de Saint-Galmier, de Facking ; bière, etc.) pour stimuler l'appétit et la digestion gastrique. Cet excitant convient aux estomacs dits froids ou torpides, mais il réussit mal quand la muqueuse gastrique est hypérémiée, irritable, et qu'il existe de la pyrosis, ou quand la tunique musculeuse atone n'expulse pas l'excès du gaz carbonique qui distend le ventricule et s'oppose jusqu'à un certain point aux métamorphoses chimiques du travail digestif.

L'Acide carbonique partage avec l'alcool les propriétés des boissons fermentées, dont il fait partie intégrante.

Les inhalations d'Acide carbonique trouvent leur indication rationnelle dans certaines formes irritât? ves de phthisie pulmonaire. En diminuant la quantité d'oxygène et la vivacité du conflit qui se passe normalement dans les poumons, l'Acide carbonique, comme l'hydrogène sulfuré, peut calmer leréthisme de ces viscères et ralentir la marche de la désorganisation. On doit expliquer de la sorte les quelques résultats heureux obtenus par l' habitation dans les étables et par la respiration d'un air chargé de gaz carbonique obtenu artificiellement (VVithering, Percival, Beddoès, Girtanner), ou dégagé d'une eau minérale, telle que celles de Saint-Alban (Gouin, Nepple), de Vichy (Durand-Fardel, Willeniin). J'en dirai autant des angines granuleuses ou glanduleuses, traitées à Ems par les inhalations (Spengler), à Vichy par les douches (Willemin).

La respiration du gaz carbonique convient à cette catégorie d'asthmatiques nerveux, probablement la plus nombreuse, qui souffre de la pureté et des qualités les plus vivifiantes de l'air. Des succès ont été obtenus à Saint- Alban.

A Kissingen, on vante les bains généraux d'Acide carbonique contre la goutte, les rhumatismes chroniques et les paralysies sans matière. Anciennement les médecins, guidés par des idées théoriques, se servaient de l'air fixe pour combattre laputridité dans les fièvres. En l'absence des preuves de faits, je ne comprends l'utilité de l'Acide carbonique dans ce cas que comme moyen de stimuler l'estomac et de ralentir les phénomènes chimiques de l'hématose, et consécutivement la dénutrition. L'Acide carbonique ne saurait guère avoir d'autre rôle dans le scorbut.

Dans les affections chirurgicales, l'Acide carbonique peut être employé rationnellement : 1° comme anesthésique, 2° comme antiputride, 3° comme excitant local.

Les douches ou injections de gaz carbonique ont été administrées depuis dix ans avec avantage, dans les cas de cancer du sein et de l'utérus (Follin, Demarquay, etc.). Elles agiraient également bien dans les plaies douloureuses d'une autre nature. Mais le calme obtenu en maintenant un membre atteint d'ulcération ou de phlegmon dans un manchon plein d'Acide carbonique n'est pas dû simplement à l'action positive du gaz; il dépend en partie de la soustraction de la région affectée au contact de l'air, qui l'irrite et entretient

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un travail permanent de décomposition dans les humeurs versées à la surface des solutions de continuité. L'Acide carbonique se comporte ici comme un pansement par occlusion.

Comme excitant local, l'Acide carbonique hâte la cicatrisation de certains ulcères mous, blafards et atoniques. D'après Rotureau, on améliore à Nauheim beaucoup d'otorrhées et de surdités consécutives, beaucoup d'ophthalmies chroniques, d'amau roses, de maladies des fosses nasales, par les douches de gaz carbonique. Broca, et d'autres après lui, ont pu apaiser les névralgies des organes urinaires par des injections d'Acide carbonique dans la vessie. Willemin, Constantin Paul, ont réussi de même dans la dysménorrhée douloureuse.

Modes d'administration et doses. — V Acide carbonique s'administre en solution aqueuse (Acide carbonique dissous) ou bien à Y état gazeux.

Sous Sa première forme, il se prend surtout à l'intérieur, cependant on s'est servi également d'eau de Seîtz pour injections dans le vagin et l'utérus.

A l'état gazeux, l'Acide carbonique se prend en inhalations et en douches ou en injections, à l'aide d'appareils appropriés. On bien encore on en compose une atmosphère confinée qu'on maintient dans un manchon de caoutchouc établi autour d'un membre. Les injections calmantes, d'une à plusieurs minutes de durée, doivent être répétées deux fois par jour. Elles ont lieu avec du gaz acide carbonique aussi exempt d'air atmosphérique que possible, ou avec une eau chargée de gaz à une haute pression.

Quant aux inhalations, il faut se garder de les faire dans de l'Acide carbonique pur. La proportion de ce gaz ne doit pas dépasser un dixième de l'air ou de l'oxygène auquel on le mélange. Un vingtième suffit lorsque l'expérience se prolonge.

Pour administrer les injections et les douches de gaz, on peut se servir de l'appareil Mondollot, ou bien d'un appareil à eau de Seltz ordinaire muni d'un ajutage, et qu'on a soin de renverser afin que le gaz, el non le liquide, s'échappe par le siphon.

aci»e chronique, Acidum chromicum .

Angl. Chromic Acid.

V Acide chromique (CrO3) est un produit de l'art.

Action physiologique. — Le Peroxyde de Chrome est, selon la dose, un simple irritant ou le plus violent des caustiques.

Appliqué en petite quantité sur la peau, il teint l'épiderme en jaune et cause une sensation de chaleur, de cuisson suivie de rubéfaction du derme. En plus forte proportion, il détermine au bout de dix minutes des douleurs plus vives, très-pénibles et persistantes, en même temps que Pescharification de la peau. Une masse encore plus considérable du caustique détruit les tissus à une grande profondeur, en leur communiquant une coloration successivement jaune rougeâtre, brune et noire. Telle est la puissance de cette action corro-

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sive, que de petits animaux, souris, oiseaux, peuvetft être dissous en un quart d'heure sans qu'il reste trace de leurs poils, de leurs plumes, de leurs os même de leurs dents (Heller).

Les ouvriers qui manient l'Acide chromique souffrent d'ulcérations fort douloureuses aux mains et aux parties accessibles; les accidents qu'ils éprouvent ont été .signalés ailleurs (voy. Bichromate de Potasse).

A l'intérieur, l Acide chromique agit également comme poison corrosif d'une extrême violence, et donne lieu à tous les symptômes de gastro-entérite, de péritonite avec accidents cholériformes, qui caractérisent les empoisonnements par les acides minéraux les plus énergiques.

L'Acide chromique doit, dit-on, sa puissance destructive à la facilité avec laquelle il cède son oxygène aux substances combustibles. D'après les résultats de son action sur les matières ternaires, hydrocarbonées, j'ai lieu de penser que, tout en cédant une partie de son oxygène pour passer à l'état de sesquioxyde de Chrome, il se comporte plutôt comme l'acide sulfurique, c'est-à-dire que pour satisfaire son avidité pour l'eau, il s'empare des éléments de celle-ci et laisse à nu le charbon.

En effet, un pinceau de charpie trempé dans une solution concentrée d'Acide chromique s'échauffe au bout de quelques instants, fait entendre un bouillonnement, se boursoufle, dégage quelques vapeurs, et tombe en deliquium noirâtre. La température produite s'élève jusqu'à 108° centigrades (Busclî). Des phénomènes semblables s'observent lorsque l'acide est mis en contact avec des tissus vivants.

Substances incompatibles. — Contre-poisons. — Les bases et les substances hydrocarbonées, en saturant les propriétés électro-négatives de l'Acide chromique, en lui fournissant l'eau dont il est avide, diminuent nécessairement ses propriétés corrosives et nuisent à son action caustique.

On lui assigne comme contre-poison chimique une mixture d'eau de chaux avec du lait et du blanc d'œuf.

Je pense que l'eau fortement sucrée et chargée d'amidon aurait une efficacité suffisante et pourrait être employée en cas d'urgence.

Usages. — L'Acide chromique est un agent trop redoutable et trop difficile à manier pour qu'on le donne à l'intérieur; il est réservé pour les applications topiques, et le Bichromate de Potasse le remplace dans la médication interne.

Comme d'autres caustiques, l'Acide chromique en solution très-étendue n'agit que comme dessiccatif et slyptique; en solution plus forte, il devient un culhérétique ou un escharotique ; enfin, sous forme soiide ou en solution concentrée, il constitue un caustique peut-être supérieur à tout autre sous le rapport de l'intensité d'action.

Pour l'appliquer, il convient de se servir d'une baguette de verre ou d'un pinceau d'amiante. Cependant on peut aussi en arroser une couche de charpie préalablement étalée sur la tumeur qu'il s'agit de détruire. La liqueur

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