ACIDE PHOSPHORIQUE
Ta recommandé en boisson contre l'enrouement des chanteurs. On s'en sert aussi topiquement contre les ulcérations cutanées, syphilitiques et autres, et contre la gale.
Enfin, sans parler de l'Acide azotique comme de l'un des meilleurs réactifs dans l'analyse clinique des urines, les vapeurs de cet acide ont été mises en usage par Carmichaèl Smith pour détruire les miasmes.
Modes d'administration et doses. — Comme caustique, on emploie l'Acide nitrique concentré et liquide, dont on imbibe des pièces de linge ou de charpie, ou mieux des pinceaux qu'on applique et qu'on décharge sur les tumeurs, sur les surfaces altérées ou sur les régions placées au voisinage des parties malades, pour détruire les premières, modifier les secondes ou escharifier la peau, selon les cas.
On en fait aussi une lotion acide avec 15 grammes environ pour un litre d'eau.
En onctions contre les affections cutanées, on emploie la pommade oxygénée composée de 60 grammes d'Acide nitrique pour 500 grammes d'axonge. Comme désinfectant, l'Acide nitrique est usité en fumigations sous le nom de Fumigations nitriques Smithiennes.
A l'intérieur, l'Acide nitrique se donne en solution aqueuse très-étendue, à la dose de 20 à 30 gouttes (1 à 2 grammes), et même en quantité double dans un litre d'eau. Cette solution, suivant le degré de concentration, porte le nom d'Eau oxygénée ou de Limonade nitrique. Pour plus de commodité, on prépare une dilution de 1 partie d'Acide nitrique dans 3 parties d'alcool. V Acide nitrique alcoolisé, ou Esprit de nitre dulcifié, s'emploie en tisane ou en potion, à la dose de k à 10 grammes par jour, comme tonique et diurétique.
Il existe encore un Sirop d'Acide azotique et un collutoire détersif ayant pour base le même agent.
acide PnospnoiUQUE, Acidum phosphoricum.
Angl. Phosphoric Acid. — AU. Phosphorsàure.
V Acide phosphorique existe dans les deux règnes, mais surtout chez les êtres organisés, où ijse rencontre parfois à l'état de liberté. La chimie en distingue trois variétés : Y Acide métaphosphorique, Y Acide pyropliosphorique et Y Acide phosphorique ordinaire. Ces deux dernières intéressent aujourd'hui le médecin; la troisième, dite aussi tribasique (Ph05,3IIO), en solution dans l'eau, constitue Y Acide phosphorique officinal; la seconde sert à composer le pyrophosphale de fer, préparation jouissant de qualités remarquables. Il ne précipite pas les solutions albumineuses. L'Acide phosphorique commun s'oppose même à la coagulaiion de l'albumine par la chaleur.
Action physiologique et usages. — Introduit dans les veines des animaux, l'Acide phosphorique les tue en quelques minutes. Dans l'estomac, il devient puissamment corrosif.
Dilué dans l'eau, cet acide minéral possède les propriétés de ses congénères (voy. Acide sulfurique), avec cette différence, toute à son avantage, qu'il est moins irritant et plus assimilable, parce qu'il est moins hétérogène à l'organisme humain (Burdach).
L'Acide phosphorique agit plus que tout autre sur le système nerveux, et exalte extrêmement l'excitabilité (flecker, Burdach), principalement celle des organes génitaux (Sundelin). Il constitue l'un des composants du tissu osseux, et peut conséquemment servir à sa restauration ; aussi l'a-t-on prescrit nonseulement dans le rachitisme, mais aussi dans la carie osseuse.
Comme acidulé, l'Acide phosphorique dilué a été employé pour acidifier les urines et dissoudre la gravelie phos plia tique, si commune à la suite du catarrhe purulent de la vessie et des opérations pratiquées sur les organes génitourinaires. En qualité de tonique stimulant, ce même acide est administré dans les catarrhes des muqueuses, la suppuration profuse, la jaunisse, l'hystérie, l'impuissance virile.
A ce double titre, il a trouvé son utilité dans le diabète, soit pour apaiser la soif, soit pour soutenir l'économie.
Modes d'administration et doses. — V Acide phosphorique officinal ordinaire se donne à la dose de 1 à 5 gouttes à la fois, répétées toutes les deux ou trois heures, dans un véhicule aqueux rendu plus ou moins mucilagineux et aromatique. Ce même acide, préalablement étendu de six à huit fois son poids d'eau, se donne à la dose de 1 à 8 grammes en vingt-quatre heures dans une potion.
On prépare un Sirop d'Acide phosphorique avec une partie d'acide médicinal pour 60 grammes de sirop de framboises. L'Acide phosphorique entre aussi dans les Pilules de Wutzer avec le camphre et la poudre de quinquina. Chaque pilule contient environ & centigrammes d'acide officinal. On en donne cinq par jour comme aphrodisiaque.
acide BOREQUE, Acidum boricum.
Angl. Boracic Acid.
V Acide borique (BoO3) existe en liberté dans les lagoni de la Toscane, et combiné avec les bases dans plusieurs substances minérales.
C'est un acide excessivement faible qui a passé pour un sédatif et un antispasmodique des plus efficaces, d'où le nom de sel sédatif que lui imposa Homberg. Mais sa réputation a été manifestement surfaite. Aujourd'hui on le prescrit encore quelquefois en gargarisme à la dose de 8 à 16 grammes dans 300 grammes d'eau d'orge miellée, contre les angines pultacées, couenneuses ou gangréneuses ; mais on ne s'en sert plus comme médicament interne, si ce n'esta l'état de Crème de tartre soluble (voy. Tartratk borico-potassique), comme rafraîchissant et tempérant.
ACIDE CHLORHYDRIQUE. 471 ACIDE €nLOItnYDRIQIJE, ACIDE HYDKOCIILORIQUE, ACIDE
MURIATIQUË, Acidum chlorhydricum.
Angl. Muriatic Acid. — Ail. Salzsaure.
Les chlorures, et conséquemment V Acide chlor hydrique, sont répandus partout. Beaucoup d'eaux minérales, notamment celles de Balaruc, de Hombourg, de Kreuznach, de Niederbronn, de Salins, leur doivent en partie leurs propriétés dominantes. Enfin, l'Acide libre s'exhale des volcans. Chevreul l'a constaté dans le suc du Pastel (Isatis tinctoria), et beaucoup de physiologistes en admettent la présence normale dans le suc gastrique.
V Acide chlorhydrique dissous (ClH-j-Aq) est le seul usité en médecine.
Action physiologique. — L'Acide chlorhydrique partage la plupart des effets des oxacides précédents (voy. Acides sulfurique et nitrique). Il s'en distingue cependant par quelques particularités. Sa vapeur, plus irritante, enflamme les yeux, provoque de violents éternuments, une toux convulsive, une sensation de suffocation très-pénible, et détermine rapidement la mort chez les animaux qu'on force à la respirer. En outre, les ouvriers qu enlèvent les résidus de la fabrication de la soude artificielle voient leurs dents s'amollir, devenir transparentes, et tomber tour à tour, privées de tous leurs sels calcaires par l'Acide chlorhydrique constamment dissous dans la salive (Dumas).
D'un autre côté, l'usage interne de l'Acide chlorhydrique doit avoir pour les muqueuses des conséquences particulières. Il exerce, on le sait, une action remarquable sur les substances protéiques qu'il dissout à de ni, et transforme en matière gélatineuse. Or, cette action, avantageuse quand l'estomac renferme des aliments, ne peut-elle pas devenir nuisible lorsque l'Acide chlorhydrique dilué baigne à chaque instant une surface muqueuse ulcérée ou dépouillée d'épithélium ?
Les effets locaux de l'Acide chlorhydrique concentré sont plus conformes à ceux de ses congénères. On peut dire seulement qu'il est le moins corrosif des trois principaux acides minéraux, et celui dont l'cschare, qui est grisâtre, violacée, a la moindre consistance.
Ses synergiques et auxiliaires sont à peu près ceux des acides précédents. Il faut y joindre, comme digestif-;, la pepsine et la diastase.
Ses antagonistes et incompatibles, ses AXTI dotes et contre-poisons sont exactement ceux de V acide sulfurique (voy. ce mot).
Usages. — L'Acide chlorhydrique fumant sert à cautériser les aphthes, les plaies sanieuses, gangréneuses, atteintesde pourriture d'hôpital, les ulcérations scorbutiques, les surfaces malades dans les stomatites ulcéro-membraneuse, mercurielle et gangreneuse, la diphthérie infectieuse et les angines malignes en général. On en a fait, dans ces dernières années, un usage abusif dans les angines couenneuses, mais on commence à reconnaître que. la cautérisation, presque jamais indispensable, rarement utile, souvent nuisible, ne convient que dans les angines d'origine infectieuse, constituant l'accident pri-
raitif de la maladie et comparables à la pustule maligne, dans le charbon, ce qui est le cas infiniment rare (Gubler).
Dilué, l'Acide chlorhydrique sert à préparer une limonade agréable, ayant les qualités rafraîchissantes, tempérantes et légèrement astringentes, qu'on recherche dans ce genre de boissons. Cet hydracide rend de bien autres services aux sujets affectés de dyspepsie atonique ou d'apepsie, c'est-à-dire dont l'estomac languissant ne réagit plus sur les aliments, et sécrète trop peu de suc gastrique pour les digérer. Trousseau prescrit souvent l'Acide chlorhydrique dilué (1 partie pour 100 d'eau) dans l'atonie stomacale, comme stimulant et adjuvant de la fonction digestive. Je l'ai conseillé avec succès dans ce cas.
À ce même titre, l'Acide chlorhydrique entre dans plusieurs préparations hygiéniques autant que médicales, notamment dans le Thé de bœuf de Liebig.
En solution étendue, l'Acide chlorhydrique, associé à des amers et à des toniques, passe pour être très-efficace dans les affections hépatiques, scrofuleuses et vénériennes. Il est fréquemment ordonné à l'intérieur, pour acidifier les urines et dissoudre les dépôts pliosphatiques qui s'y forment, lorsqu'elles sont habituellement ammoniacales.
Enfin, les émanations de gaz chlorhydrique ont été employées à litre de désinfectant.
Modes d'administration et doses. — Pour l'usage externe, on emploie l'Acide chlorhydrique concentré et même fumant, qu'on applique sur les surfaces malades à l'aide d'un pinceau de charpie ou de blaireau.
Incorporé dans du miel coulant (1 gramme d'acide fumant pour 15 grammes de véhicule), l'Acide chlorhydrique forme un collutoire employé contre les angines sphacélo - diphthériques. Le gargarisme d'Acide hydrochlorique (Ricord) renferme la même quantité du principe actif dans 200 grammes d'eau de laitue avec 50 grammes de miel rosat.
On prépare un pédiluve chlorhydrique avec 30 à 60 grammes d'Acide dans quelques litres d'eau. Il en faut 300 grammes au moins dans une baignoire, pour faire un bain stimulant.
A l'intérieur, on n'emploie que l'Acide chlorhydrique très-dilué, soit dans l'eau pure, soit dans des boissons émollientcs (décoction d'orge acidulée) ou amères. On donne une cuillerée à soupe de la solution au 1/100 contre la dyspepsie.
La Limonade chlorhydrique se fait avec 2 grammes d'acide officinal dans un litre d'eau.
EAU RÉGALE, Aqua regalis.
L'Acide nitro-muriatique est, comme son nom l'indique, un mélange d'acide nitrique et d'acide chlorhydrique, renfermant du chlore et de l'acide nitreux, et qui n'est guère usité parmi nous qu'à titre de réactif, spécialement pour la dissolution de l'or.
Les médecins anglais l'ont employée à l'intérieur et à l'extérieur dans la
syphilis, les affections hépatiques et cutanées. Quelques praticiens de notre pays ont eu aussi l'idée de la prescrire en limonade ou en potion contre le choléra et dans plusieurs autres circonstances. J'ai même eu l'occasion de voir des ordonnances qui en portaient des doses vraiment excessives et certainement dangereuses. Il n'y a pas de raison valable pour préférer cet acide complexe ; il y en a au contraire d'excellentes pour éviter l'usage interne d'un mélange d'une si violente énergie.
L'eau régale doit être réservée pour la confection de pédiluves et de bains généraux, aux mêmes doses que l'acide chlorhydrique.
ACIDE SULFHYDRIQUE, Acidum sulfhydricuin.
Angl. Hydrosulpliuric Acid ; sulphuretted Hydrogen.
L'Hydrogène sulfuré, libre ou combiné, minéralisé un grand nombre d'eaux naturelles, précieuses à la médecine. Telles sont les eaux sulfureuses des Pyrénées, de Savoie, d'Aix-la-Chapelle, d'Enghien, etc. Il se dégage des eaux stagnantes et marécageuses, ainsi que du corps des hommes et des animaux vivants, et d'un grand nombre de matières organiques en décomposition; c'est pourquoi l'atmosphère en renferme souvent.
Le Codex ne mentionne que la solution aqueuse d'hydrogène sulfuré , ou Acide sulfkydrique dissous (angl. sulphuretted H y drogen Water.)
Action physiologique. — L'Hydrogène sulfuré possède un goût nauséabond et une odeur d'oeufs pourris fort désagréables au premier abord, mais auxquels on ne larde pas à s'habituer.
Ce gaz nuit à l'hématose des animaux supérieurs, et peut les tuer s'il se trouve en suffisante quantité dans l'air qu'ils respirent. Les symptômes sont le mal de cœur, l'anéantissement des forces, la céphalalgie, les convulsions, l'insensibilité et le coma. Quel que soit le mécanisme de son action, il est clair qu'il s'oppose au conflit des globules sanguins avec l'oxygène, plutôt encore qu'il n'agit à la manière d'un poison direct. En d'autres termes, ses effets sont pins négatifs que positifs, car les expériences d'Orfila et de Cl. Bernard prouvent qu'on en peut introduire de grandes quantités dans le sang veineux, sans déterminer aucun accident, tandis que des proportions, relativement assez faibles, absorbées par les voies respiratoires, portées ensuite dans le cœur gauche et mêlées an sang artériel, occasionnent des phénomènes toxiques.
Toutefois l'acide sulfhydrique agité avec le sang communique aux globules une coloration verdâtre, indice certain d'une altération chimique, ce qui autorise à penser qu'il deviendrait aussi un poison positif, et non pas seulement un obstacle à l'accomplissement de l'hématose, s'il pénétrait en masse considérable dans la circulation sanguine. L'homme plongé dans de l'Hydrogène sulfuré presque sans mélange d'air atmosphérique, par exemple dans une fosse d'aisances, tombe mortellement frappé au bout de quelques inspirations. Il semble atteint par une balle, d'où l'appellation vulgaire de plomb, sous laquelle cet accident est connu. Répandu en petite quantité dans l'atmosphère, l'Acide
sulfhydrique ne fait qu'enrayer l'activité respiratoire, et peut devenir un modérateur utile quand il existe de l'éréthisme de l'appareil pulmonaire, ou bien une excitation générale entretenue par l'exagération de la combustion sanguine.
La solution de ce gaz, prise à l'intérieur et absorbée, produit les effets stimulants et altérants du soufre (voy. ce mot). A très-haute dose, elle occasionne quelquefois des nausées et des vomissements, avec des symptômes toxiques analogues à ceux qui suivent les inhalations, mais incomparablement plus faibles, ce qui permet d'admettre qu'une partie au moins parcourt inaltérée le torrent circulatoire et se trouve exhalée sous sa forme primitive par les surfaces pulmonaires. On a lieu de croire cependant qu'une autre proportion d'Acide sulfhydrique est transformée en sulfure alcalin, et passe par d'autres émonctoires, notamment par les reins, ce qu'indiquerait l'accroissement du pouvoir décolorant des urines pour la teinture d'iode.
Substances synergiques, auxiliaires. — Le soufre et les sulfures alcalins, ainsi que les huiles essentielles sulfurées, agissent à la manière de l'Acide sulfhydrique. La chaleur, le phosphore et les stimulants di (fusibles sont synergiques de l'Hydrogène sulfuré, dans ses effets excitants. Comme altérant, ce gaz a pour analogues l'iode et l'arsenic.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contre-poisons. — Les effets généraux de l'Acide sulfhydrique, comme préparation de soufre, sont contrariés par le froid soutenu, par les toniques sédatifs, tels que les astringents et le quinquina, enfin par tous les abincitants, lesquels deviennent ainsi, dans certaines conditions et dans une certaine mesure, ses incompatibles dynamiques et jusqu'à un certain point ses antidotes. Ses incompatibles chimiques sont le chlore, le brome et l'iode, qui s'emparent de l'hydrogène et mettent le soufre à nu; les alcalis et les oxydes métalliques, qui se combinent au contraire avec le métalloïde pour former des sulfures. Toutes ces substances pourraient, à la rigueur, servir de contre-poisons chimiques à l'Hydrogène sulfuré contenu encore dans les cavités digestives; mais, pour décomposer le gaz sulfhydrique qui emplit les bronches ou qui gâte l'air atmosphérique, il faudrait avoir recours aux principes volatils ou gazeux, et spécialement au chlore.
Usages et modes d'administration. — L'Hydrogène sulfuré, en solution aqueuse, est un réactif souvent usité pour reconnaître la présence des différents métaux. Il sert entre les mains du médecin comme contre-poison des sels de plomb et comme agent thérapeutique.
Cette solution est substituée quelquefois aux eaux sulfureuses naturelles, sans les remplacer complètement. On l'administre par cuillerées à soupe ou par demi-verrées, étendue de lait chaud ou d'une infusion aromatique, dans les catarrhes des muqueuses, les affections cutanées, les formes chroniques de la goutte et du rhumatisme, et dans la diathèse syphilitique larvée eu mal dessinée.
ACIDE CYANHYDRIQUE OU PRUSSIQUE. kl 5
L'Hydrogène sulfuré est l'un des ingrédients actifs des eaux sulfureuses naturelles. On respire ce gaz dans les salles d'inhalation des établissements thermaux qui utilisent les sources sulfureuses.
acide CYANHYDRIQUE ou PRUSSIQÏJE, Acidum cyanhydricum. Angl. Prussic Acid. — Ail. Blau Silure.
V Acide cyanhydrique (HCy — H,C2Az) n'existe pas tout formé dans la nature, mais il peut être retiré d'un grand nombre de plantes qui exhalent généralement l'odeur d'amandes a mères, et particulièrement de beaucoup d'espèces de Rosacées appartenant aux tribus des Pomées et des Amygdalées, ainsi que de la Bourgène et de l'ergot de Seigle.
Action physiologique. — V Acide prussique est certainement l'un des poisons les plus violents et les plus subtils, principalement pour les animaux à sang chaud. Une seule goutte de cet acide anhydre portée dans la bouche ou sur la conjonctive fait périr un chien en quelques secondes. Quand elle touche la cornée, celle-ci devient blanche et opaque ; il s'écoule un flot de larmes. Les principaux phénomènes observés sont des convulsions, la perte du sentiment et des mouvements volontaires.
Chez l'homme, on a eu malheureusement l'occasion d'observer plus d'une fois ces effets véritablement foudroyants de l'Acide cyanhydrique. Quand la mort se fait attendre davantage et que ce délai permet l'analyse symptomatique du fait morbide, on constate ce qui suit : amertume de la bouche, chaleur dans le gosier et l'estomac, nausées, salivation ; sentiment d'étonrdissement et de défaillance ; respiration difficile, lente ou fréquente, interrompue par des soupirs; pupilles ordinairement dilatées; pouls faible et même insensible; perte du senliment et du mouvement ; puis, si l'issue doit être funeste, coma suivi de mort. Ces phénomènes se déroulent dans l'espace d'une demi-heure, rarement en quelques heures. Il s'y joint parfois des convulsions toniques et cloniques.
Les lésions observées après la mort se bornent à un état hypérémique des viscères avec une coloration noirâtre du sang, qui est fluide, visqueux et huileux. Les organes sentent manifestement l'Acide prussique. Si la dose n'est pas toxique ou si l'organisme résiste, le sujet accuse de la céphalalgie, du trouble de la vision, de l'anxiété précordiale, des malaises nerveux, des vertiges, des étourdissements, de la dyspnée, de la fatigue et de la somnolence. Le pouls est tantôt lent, tantôt fréquent. Il existe assez souvent de la salivation, quelquefois de la diarrhée, comme à la suite de l'ingestion des préparations de fleurs de pêcher.
Pendant ce temps-là l'haleine exhale une odeur appréciable d'amandes amères, témoignant de l'excrétion de l'Acide cyanhydrique par les voies respiratoires, et démontrant du même coup la résistance de ce composé à l'action comburante de l'oxygène dans la circulation. La présence à l'état normal du su'focyanure de potassium dans la salive me porte à penser que l'Acide prussique
doit s'éliminer en partie par cette voie, et que l'irritation sécrétoire qui en résulte explique le ptyalisme observé. Il y a lieu de croire également qu'il en passe un peu par les reins.
Au résumé, l'Acide cyanhydrique, de même que les autres narcotiques ou stupéfiants, exerce une irritation locale, révélée par la sensation de brûlure dans le tube digestif et par la rougeur de la muqueuse. Cependant la salivation, la nausée et la diarrhée ne me paraissent pas devoir être mises uniquement sur le compte de cette action topique ; je les considère aussi comme des effets indirects de l'action générale, laquelle est analogue à l'asphyxie. D'après les expériences de Millon, l'Acide cyanhydrique jouit d'une propriété de contact fort remarquable qui lui permet, par sa seule présence en quantité trèsminime, de s'opposer à l'oxydation de certains produits organiques. Il est donc vraisemblable qu'il se comporte de même dans le torrent circulatoire, et que, mettant obstacle à l'accomplissement de l'hématose, il supprime ainsi l'influence vivifiante du sang sur le système nerveux, et arrête instantanément le jeu de toutes les grandes fonctions. D'où l'anesthésie cutanée ou rétinienne, l'amyosthénie volontaire, les convulsions par abincitation, la torpeur intellectuelle, les défaillances, la dyspnée, etc.
L'anoxémie entraîne en même temps au début l'augmentation de l'action tonique des fibres contractiles de la vie organique, et conséquemment l'accroissement du mouvement péristaltique intestinal, ainsi que cela se voit dans les expériences sur les animaux où l'on surcharge le sang veineux d'acide carbonique (Brown-Séquard). Que l'oxygène soit exclu ou qu'il soit mis dans l'impossibilité d'agir, le résultat est le même.
D'ailleurs, les vivisections démontrent la réalité de cette action directe sur le sang, indirecte sur l'appareil nerveux. Mis en contact avec les troncs nerveux dénudés, l'Acide cyanhydrique reste sans effet; appliqué sur la muqueuse linguale, il empoisonne malgré la section préalable des nerfs de cet organe.
Substances synergiques, auxiliaires. — L'essence d'amandes amères ou de Laurier-cerise, ce qui est tout un, possède une action pharmacodynamique entièrement semblable, à l'intensité près, à celle de l'Acide prussique, et peut en être considérée comme le seul succédané. Les substances qui s'opposent au conflit de l'oxygène avec le sang, telles que l'arsenic et l'antimoine; celles qui, comme les astringents, resserrent et anémient les tissus; les sédatifs et les stupéfiants qui sont en même temps toniques des nerfs vaso-moteurs; les réfrigérants, y compris le froid; enfin toutes les circonstances qui diminuent les phénomènes de l'hématose, agissent dans le même sens que l'Acide cyanhydrique et en favorisent les effets.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. ■ — Les antagonistes de l'Acide cyanhydrique sont les stimulants diffusibles et la chaleur, les opiacés et les paralysants du vaso-moteur, les alcalins à petites doses?, et toutes les conditions de suractivité des phénomènes de corn-
ACIDE CYANHYDRIQUE OU PRUSSIQUE. Ull
buslion dont le sang est le théâtre. En conséquence, les alcooliques, l'opium, les inhalations d'oxygène pur, sont les antidotes dynamiques de l'Acide prussique. Ses contre-poisons chimiques sont les substances avides d'hydrogène, spécialement le chlore. Ce métalloïde, non plus que l'iode et les corps oxydants, ne doit être associé à l'acide hydrocyanique. Il en est de même des composés d'argent et des oxydes métalliques, pouvant donner naissance à des composés insolubles.
Usages. — Les préparations sédatives, stupéfiantes et par excellence contrestimulantes, qui ont l'Acide cyanhydrique pour base, sont spécialement indiquées dans les cas où l'excitation du système nerveux se rattache à des phénomènes d'hypérémie et de phlogose. C'est donc avec raison que les praticiens prescrivent ce médicament dans les maladies inllammatoires et fébriles contre un symptômG douloureux ou spasmodique, par exemple contre les convulsions symplomatiques des phlegmasies des centres nerveux, contre le délire des affections pyrétiques, ou la toux pénible et quinteuse de la grippe et des phlegmasies thoraciques. Seulement il ne faut pas attendre de cet agent la curalion de la maladie principale, pour deux raisons : la première, que son action antihématosique est trop soudaine et trop violente pour n'être pas dangereuse; la seconde, qu'elle est trop fugitive pour être décidément efficace.
L'Acide cyanhydrique n'est qu'un palliatif pour les irritations inflammatoires et fébriles, mais il offre une valeur curalive lorsqu'il s'agit de calmer des douleurs ayant leur siège dans les premières voies ou des troubles nerveux généralisés, dérivés de ceux-là. Certaines gastralgies ou gastrodynies, certaines entérodyniesou entéralgies qui ont résisté aux opiacés et auxsolanées vireuses, cèdent à l'Acide prussique. En même temps se dissipent les symptômes secondaires : palpitations, amyosthénie cardiaque, tendance syncopale, obnubilation de la vue et phénomènes spannodiques variés.
Mais s'il apporte quelque soulagement, en fin de compte l'Acide hydrocyanique échoue contre l'asthme et les grandes névroses : hystérie, chorée, épilepsie, tétanos, et, à plus forte raison, contre la rage, la seule maladie fatalement et irrévocablement mortelle.
On se sert avec succès de l'Acide cyanhydrique à l'extérieur dans les affections cutanées douloureuses ou prurigineuses, particulièrement dans le prurigo et surtout celui des parties génitales, ainsi que dans l'eczéma, le lichen et les éruptions d'acné de forme irritative. On l'a aussi conseillé en injections contre la chaudepisse cordée.
Pour ces diverses applications, l'Acide cyanhydrique est remplacé avantageusement par Veau distillée de Laurier-cerise (voy. ce mot), et dans quelques cas par le Lait d'amandes (voy. Amandes amères).
Modes d'administration et doses. — L'Acide prussique n'est pas employé absolument pur et anhydre. L' Acide prussique médicinal n'en renferme que le dixième de son poids, le reste étant représenté par de l'eau, et s'administre à la dose de 5 à 10 gouttes le premier jour, dans une potion de
125 grammes à prendre par cuillerées. On élève progressivement la dose de 1 à 2 gouttes par jour.
Le Sirop d'Acide cyanhydriquc du Codex, contenant 1 partie d'Acide au dixième et 199 parties de sirop simple, se prescrit à la dose de 30 à 60 grammes.
La Lotion cyanhydrique se prépare avec k à 8 grammes d'Acide médicinal dans 1 litre d'eau de Laitue.
ACIDE carbonique, Acidum carbonicum.
Angl. Carbonic Acid. — Ail. Kohlensaure.
V Acide carbonique (GO2) existe constamment dans l'atmosphère terrestre dans la proportion de 1 à 2 dix-millièmes. Il y est versé par la respiration des animaux et la combustion des substances organiques ; une petite partie provient des fissures du sol en communication avec d'anciens foyers volcaniques, comme à la grotte du Chien ou dans la Vallée du poison à Java. En outre, beaucoup d'eaux minérales sont chargées de ce gaz, auquel elles doivent leurs qualités acidulés spéciales. Les principales sont celles de Gondillac, Saint- Galmier, Seltz, Royat, Vichy, Spa, Saint-Alban, Orezza, etc.
Action physiologique. — En contact avec une muqueuse (il en serait de même avec la peau dépouillée d'épiderme), l'Acide carbonique détermine une sensation de chaleur et de picotement analogue à celle qu'on éprouve en avalant de la bière mousseuse. Mais lorsque la peau intacte est protégée par sa couche épidermique, la sensation de chaleur ressentie vers la périphérie, à la suite de l'immersion dans une atmosphère surchargée d'Acide carbonique, n'est pas la conséquence de l'action directe du gaz sur le tégument : elle est consécutive, soit à la diffusion de l'Acide carbonique dans les capillaires sanguins après l'absorption pulmonaire, soit à la réfrigération déterminée, le cas échéant, par la douche gazeuse sur un point de la périphérie cutanée, et constitue en définitive un phénomène réactionnel, autrement dit négatif.
J'interprète ainsi les expériences de Rotureau, et rien jusqu'à présent ne me paraît démontrer l'action stimulante d'abord, et plus tard anesthésique, attribuée à l'Acide carbonique agissant localement sur le tégument externe encore préservé par son enveloppe épidermique. S'il arrivait à produire dans une certaine mesure de semblables effets, ce serait sans doute d'une manière détournée, en s'opposant h l'échange gazeux entre la peau et l'atmosphère, et en retenant l'Acide carbonique normal emprisonné dans les capillaires sanguins. Au reste, Demarquay reconnaît que l'analgésie cutanée obtenue par ce procédé ne serait ni assez sûre, ni assez prononcée pour être utilisée dans la pratique usuelle.
ïl n'en est pas de même pour les plaies et les muqueuses : l'Acide carbonique anesthésie ces surfaces pourvues d'un épithélium rudimentaire ou caduc, ou du moins il en diminue facilement la sensibilité, ainsi que l'établissaient déjà des observations de White dans le dernier siècle, et que le démontrent surabondamment celles des expérimentateurs modernes.