AMMONIAQUE
passe de préférence dans les produits de l'expiration pulmonaire et dans ceux de l'exhalation cutanée. Ses autres combinaisons salines sont excrétées par les reins.
Substances synergiques, auxiliaires. — Les stimulants diffusibles : la chaleur, l'opium et l'iode, synergiques de l'Ammoniaque quant à leurs effets généraux, en deviennent au besoin les auxiliaires. V Alcali volatil, à son tour, aide singulièrement aux: effets des substances volatiles simplement excitantes ou bien antispasmodiques-stimulantes. Les alcalins et les basiques suppléent l'Ammoniaque comme absorbanis-antacides.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Les antagonistes de l'Ammoniaque sont les abincitants de toutes sortes : le froid modéré et soutenu, les acides, les astringents, les délayants, les purgatifs. Tels sont aussi ses antidotes dynamiques.
Ses contre-poisons physique et chimiques sont : pour la première catégorie, le charbon; pour la seconde, les acides, et spécialement ceux qui, étant volatils comme le vinaigre ou l'esprit de sel, peuvent se combiner dans l'atmosphère avec le gaz ammoniac.
Usages, doses et modes d'emploi. — Les usages de l'Ammoniaque se déduisent rationnellement de ses propriétés physiques et chimiques, ainsi que de ses effets physiologiques.
En qualité d'alcalin, elle peut servir, aussi bien que la Potasse ou la Soude, à saturer les acides. On doit même la préférer aux bases fixes lorsqu'on a besoin d'obtenir en même temps des effets stimulants. Elle peut être utile chez l'homme dans le météorisme dù à l'accumulation de l'acide carbonique ou de l'hydrogène sulfuré, et les vétérinaires l'emploient fréquemment pour combattre cette distension énorme du ventre par le gaz sulfhydrique, qu'on appelle la panse, et qui résulte, chez les ruminants, de l'ingestion d'une trop grande quantité de luzerne fraîche. Le moyen est moins recommandable dans la médecine humaine, parce que, d'une part, il n'est pas exempt d'inconvénients aux doses où il faut l'employer, et que, d'un autre côté, on le remplace avantageusement par l'eau de chaux ou l'hydrate de peroxyde de fer, qui son innocents.
A litre d'irritant et de caustique, l'Ammoniaque est un agent énergique de la médication révulsive. Suivant le mode d'emploi, elle est rubéfiante ou vésicanle. Le vésicato'irc ammoniacal présente sur celui que donne la cantharide des avantages considérables, lorsqu'il s'agit de faire absorber des médicaments par la voie endermique : il se fait aisément et instantanément. Voici de quelle manière : On imbibe d'Alcali volatil très-caustique une rondelle épaisse de flanelle d'un diamètre déterminé; on L'applique sur la peau, puis on la recouvre d'un morceau de taffetas ciré. Ou bien on trempe dans la liqueur caustique une boulette d'ouate qu'on enferme dans un dé à coudre ou dans un verre à liqueur qu'on renverse ensuite sur la région choisie pour être le siège du vésjcatoire. Au bout de trois ou quatre minutes, on s'assure des effets produits, et, si l'action est insuffisante, on remet les choses en place. Mais dès que l'épi-
derme est légèrement soulevé et ridé, on enlève le petit appareil; puis on détache la pellicule épidermique en la frottant avec le doigt couvert d'un linge, ou bien en la saisissant avec une pince. Une fois le derme mis à nu, on attend un peu qu'il se soit fait une rosée séreuse à la surface, et après l'avoir essuyée doucement, on verse dessus la poudre médicamenteuse. Une rondelle de taffetas ciré, retenue en place par deux bandelettes de diachylum entrecroisées, complète le pansement. Le même vésicatoire peut absorber deux ou trois jours de suite, seulement il faut avoir soin d'en frotter à chaque fois la surface pour enlever une pellicule plastique qui ne manque pas de se reproduire entre deux pansements, et qui s'opposerait à la pénétration de la substance active dans le réseau capillaire du derme.
La Pommade de Gondret, formée de parties égales d'axonge et de suif de mouton, avec une quantité équivalente d'Alcali volatil à 0,92, est un moyen commode de faire un vésicatoire ammoniacal. 11 suffit d'en étaler une couche sur la région de peau circonscrite par l'ouverture d'un morceau de diachylum préparé d'avance et mis en place. La vésication est produite au bout de quelques minutes quand la pommade est bien préparée.
L'action caustique de l'Alcali volatil est utilisée dans d'autres circonstances, particulièrement contre les morsures de vipère et les piqûres d'abeilles, guêpes, tarentules, scorpions et autres animaux venimeux. Il présente l'avantage de pénétrer dans les solutions de continuité les plus étroites et d'atteindre le fond et les anfractuosités d'une plaie. C'est seulement lorsqu'on a affaire à la morsure d'un chien enragé qu'on fait usage de cautérisations plus puissantes avec le fer rouge ou le beurre d'Antimoine.
Sous une forme un peu atténuée, mais encore assez fortement caustique, l'Ammoniaque a été conseillée par Fouquier et Lionet d'abord, contre les phénomènes spasmodiques de l'accès d'asthme. Ducros (de Marseille) l'a ensuite préconisée sous le titre de cautérisation rétro-pharynyienne. C'est un excellent palliatif dans le cours de diverses affections de l'appareil respiratoire caractérisées par du spasme bronchique et par une sécrétion très-visqueuse donnant lieu à des râles sibilants, ou bien par la paralysie des voies respiratoires accompagnée de bronchorrhée. Je l'ai vu une fois, entre autres, dissiper comme par enchantement des symptômes de suffocation par écume bronchique, qui paraissaient devoir entraîner une mort prochaine. Seulement l'auteur de la méthode était dans l'erreur quand il rattachait l'effet thérapeutique à la cautérisation de la paroi pharyngienne postérieure et à l'irritation de voisinage produite sur les nombreux rameaux nerveux qui longent le devant et les côtés de la colonne cervicale. Quand j'ai évité d'atteindre la partie postérieure du pharynx, le succès immédiat n'en a pas moins suivi l'application du moyen. Le résultat paraît d'autant plus satisfaisant, que le malade, en exécutant une inspiration spasmodique, introduit plus de gaz ammoniacal dans les voies aériennes.
Concluons en conséquence qu'il est au moins inutile de rechercher l'action
AMMONIAQLE. 497
caustique sur le palais, le voile ou le pharynx, et qu'il faut au contraire tacher d'obtenir l'aspiration des vapeurs ammoniacales par l'appareil pulmonaire. Aussi, au lieu de diluer l'Ammoniaque, convient-il, à mon avis, de l'employer sous forme concentrée, de manière qu'elle émette beaucoup de vapeurs. Seulement il faut avoir soin d'exprimer le pinceau de charpie, afin qu'il ne dégoutte pas, et que même il ne mouille pas les surfaces muqueuses de l'isthme guttural qu'il peut toucher accidentellement.
Sans ces précautions, l'application, telle qu'elle est habituellement pratiquée, détermine quelquefois des accidents fâcheux d'inflammation érylhémateuse, ulcéreuse ou ulcéro-membrancuse. Il est même permis de prévoir que la suffocation immédiate, par le spasme de la glotte, ou éloignée, par l'œdème du pourtour de l'orifice supérieur du larynx, pourrait être la conséquence de l'introduction d'une goutte d'Ammoniaque caustique dans l'entrée des voies respiratoires.
Comme stimulant diiïusible, l'Ammoniaque se donne à l'intérieur dans le but de provoquer la sudation, de ramener la chaleur, de relever les forces momentanément affaissées, ou de calmer certains désordres nerveux. C'est ainsi qu'on en fait usage dans le première période d'une maladie de refroidissement, dans les fièvres exanthématiques dont l'éruption sort mal, dans des affections algides et adynamiques, dans le stade de froid de la fièvre intermittente, et aussi dans les maladies nerveuses où Je désordre fonctionnel est l'expression de l'hyposthénie ou au moins du défaut de stimulus; par exemple dans les névroses anémiques et chloro tiques : l'hystérie, le delirium tremens, etc. Elle trouve également son indication à la suite des empoisonnements par L'acide cyanhydrique, le tabac et la digilale.
Dans tous ces cas, l'Ammoniaque n'agit pas seulement par ses qualités propres, elle sert encore d'adjuvant très-puissant aux médicaments spéciaux réclamés par l'état du sujet, tels que l'opium et surtout les stimulants réputés antispasmodiques : valériane, musc, castoréum, gommes-résines des Ombellifères, etc. L'Alcali volatil se comporte avec ces derniers agents, dont il double la puissance, comme l'essence de copahu à l'égard des autres huiles essentielles et des parfums en général.
L'Ammoniaque constitue un remède populaire pour dissiper l'ivresse. Il est difficile, dans ce cas, de se rendre compte de son mode d'action. Cependant on peut supposer qu'elle hâte l'élimination de l'alcool et qu'elle en contrarie l'action stupéfiante.
Mentionnons, en terminant, une application de l'Alcali volatil fondée sur la vive excitation qu'il détermine dans les voies respiratoires. On en fait respirer la vapeur aux sujets menacés de syncope, de vertige ou d'attaques épileptiques (Pinel), et ces inhalations ont le pouvoir de ranimer les uns et parfois de soustraire les autres à l'accès convulsif.
A l'intérieur. l'Ammoniaque se prescrit à la dose de 5 à 10 et jusqu'à 20 gouttes dans un véhicule approprié : infusion aromatique chaude, potion
GUBLER. 32
stimulante. On l'associe très-souvent aux spiritueux et aux huiles essentielles d'Anis, de Menthe; aux essences fétides, au castoréum, à la Valériane et à l'opium. L'Eau de Luce, ou Esprit d'Ammoniaque succiné, est un exemple de ces associations; V Alcool ammoniacal en est un autre. La première se donne à la dose de 10 à 20 gouttes dans un liquide sucré. On met 2 à U gouttes du second dans une potion.
Pour l'usage interne, on prescrit comme excitant et rubéfiant le Linirnent volatil ou ammoniacal, composé d'Ammoniaque liquide, 10 parties, et de 90 parties d'huile d'amandes douces. On y ajoute souvent de l'essence de térébenthine, ce qui donne le Linirnent volatil térébenthine. L'Ammoniaque entre aussi dans le Baume opodeldoch.
Le Collyre ammoniacal et le Sachet résolutif, fondés sur le même principe, ne sont autre chose qu'un mélange de sel ammoniac et de chaux éteinte d'où se dégage incessamment du gaz ammoniac qui agit sur les yeux, sur les voies respiratoires ou sur la peau, pour les stimuler.