‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 185 sur 276 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

BROMURES

BROMURE DE potassium, Dromuretum potassicwn.

Angl. Bromide of Potassium. — AU. Bromkalium.

Le Bromure de Potassium (KBr) existe dans l'eau de la mer, dans les eaux mères des salines et dans une foule d'eaux minérales qui s'en rapprochent, conjointement avec le Bromure de Sodium et les iodures alcalins. On en trouve une proportion plus ou moins forte dans les eaux chlorurées de Balaruc, de Bourbon-l'Archambault, de Bourbonne- les -Bains, de Hombourg, Kreuznach, Nauheim, Niederbronn, Salins, Soden, dans les eaux alcalines de Contrexéville, Cusset, Royat. Celles de Challes contiennent du Bromure de Sodium. Enfin on trouve aussi du brome dans les eaux sulfureuses de Baréges, de Saint-Honoré et de Vernet-Ies-Bains.

Action physiologique. — Le Bromure de Potassium, d'une saveur salée avec un arrière-goût amer et désagréable, exerce localement sur la peau dénudée et les muqueuses une action d'autant plus marquée, que la solution est plus concentrée. Cette irritation se fait sentir assez vivement au passage dans la gorge chez les sujets atteints de pharyngite granuleuse, d'inflammation érythémateuse ou ulcéreuse de l'isthme et du gosier.

Dans l'estomac, ce sel, administré à doses massives, donne lieu d'abord à une excitation se traduisant par une sensation de chaleur, ou comparable à l'aiguillon de la faim. Après ce premier effet direct, semblable à celui que déterminent les principaux narcotiques sur la peau dénudée, le Bromure de Potassium absorbé produirait sans doute, topique ment, ses effets sédatifs spéciaux, comme font l'atropine et la morphine consécutivement à leur pénétration dans les tissus ; mais cette action exigerait un contact plus prolongé que le temps nécessaire à la déglutition, en sorte que l'anesthésie du pharynx et du voile palatin serait difficilement obtenue par ce procédé.

Le Bromure alcalin, jouissant comme l'iodure d'une excessive faculté de dialyse, s'absorbe par les muqueuses avec une remarquable facilité. Il s'ensuit des modifications considérables du côté des grandes fonctions. Le médicament ralentit et régularise les révolutions cardiaques; il réduit aussi le développe-

BROMURES

ment du réseau capillaire sanguin et diminue la calorification, et conséqucmment la sensibilité périphérique dans ses trois modes : tactile, douloureux et caloriscient. Cette action peut être poussée jusqu'à l'analgésie complète de la peau, qui peut être piquée, pincée et brûlée sans que les sujets en aient conscience ; jusqu'à l'affaiblissement de la vue et de l'ouïe, et jusqu'à l'insensibilité de l'isthme guttural ainsi que du pharynx.

A. Voisin pense que les phénomènes réflexes sont seuls abolis dans ces dernières régions; le fait est qu'on retrouve la sensibilité tactile à peu près entière chez des sujets qui ont absolument perdu les mouvements automatiques de la déglutition et du vomissement en rapport avec la titillation des parties constituantes de l'isthme. Cependant la sensibilité tactile de cette région devient elle-même obtuse ou nulle, quand la dose est forte et suffisamment renouvelée. D'un autre côté, on a pu toucher la conjonctive avec le doigt sans provoquer le clignement.

En même temps il se produit un sentiment de langueur intellectuelle, de faiblesse musculaire et d'abattement général accompagné de frigidité ou même d'impuissance. Et, quand la dose est très-élevée, on observe l'affaiblissement de la mémoire, l'obtusion de l'intelligence, la céphalalgie, le vertige, l'étourdissement, la tilubation, la somnolence.

Cette ivresse bromique est essentiellement inverse de l'ébriété alcoolique, iodique ou thébaïque ; il n'y a pas de période d'excitation, tous les phénomènes énumérés ont lieu directement par défaut de stimulus ou par abincitation. Je les ai vus très-intenses chez un de mes maîtres qui avait avalé d'un trait une fiole contenant 10 grammes de Bromure de Potassium en dissolution dans 60 grammes d'eau.

Souvent la sécrétion rénale est accrue d'emblée, et l'activité se maintient tant que dure l'administration du médicament. Quelquefois la diurèse est d'abord peu augmentée, puis il survient tout à coup un flux d'urine et même de l'incontinence nocturne. La salive est ordinairement plus abondante. Il n'y a pas d'accroissement notable des autres sécrétions.

Les urines et la salive sont les principales voies d'élimination du Bromure alcalin, qui s'échappe cependant en proportion sensible par les glandes sudorales et révèle sa présence par des éruptions érythémateuses, vésiculeuses ou acnéiformes, qui suivent, chez les personnes susceptibles, l'usage prolongé du Bromure de Potassium. L'abus de ce médicament entraine exceptionnellement des symptômes sérieux de gastro-entérite, mais il n'est pas rare que cet agent donne lieu à du relâchement de corps et même à de la diarrhée.

En définitive, le Bromure de Potassium exerce une action sédative et hyposthénisante sur tout le système par l'intermédiaire probablement des nerfs vaso-moteurs, dont il augmente l'action. Par le calme qu'il amène dans la circulation cardiaque, par le retrait qu'il détermine dans les réseaux capillaires, comme par l'accroissement parfois énorme de la diurèse, le Bromure alcalin se rapproche singulièrement de la digitale. La prédilection qu'il manifeste

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