CHAPITRE XVI
MORPHINE, Morp/una.
Angl. Morphia. — AU. Morphium.
La Morphine (C34H69Az04,2HO) est le principal alcaloïde de l'Opium (voy. ce mot). Elle cristallise en prismes rhomboïdes, d'une saveur amère, d'une réaction franchement alcaline, solubles dans les huiles fixes et volatiles dans l'alcool ( 1 partie dans /i0 parties d'alcool froid, et dans ù0 parties d'alcool bouillant), insolubles dans l'éther, presque insolubles dans l'eau froide et même dans l'eau bouillante (1 pour 100). Cette base se combine avec les acides sulfurique, chlorhydrique et acétique, pour former des sels parfaitement définis et généralement plus solubles qu'elle-même dans les circonstances ordinaires.
ôSh ALCALIS VÉGÉTAUX.
Action physiologique. — Les effets de la Morphine ne diffèrent pas de ceux de ses combinaisons avec les acides, mais ils ne sont pas identiques avec ceux de l'Opium en nature. La diversité d'action des différents principes qui entrent dans la composition du suc de Pavot, ne permettait guère de croire que leur ensemble pût donner une résultante exactement égale à la valeur de l'un quelconque d'entre eux; effectivement une observation clinique attentive fait discerner quelques traits distinctifs entre la Morphine et la matière complexe dont elle reproduit pourtant les principales propriétés.
Localement la Morphine, ou plutôt une combinaison saline de cet alcaloïde, appliquée sur une muqueuse ou sur la peau dénudée d'épiderme, agit comme irritant. Sur un vésicatoire volant, elle produit de prime abord une sensation de pincement ou de piqûre très-pénible, mais qui se calme bientôt pour faire place à un engourdissement de la sensibilité.
Introduite dans l'estomac, la Morphine se dissout dans les acides normaux ou accidentels sans produire sur la muqueuse gastrique, plus indifférente que les autres aux agents extérieurs, les effets irritants notés ci-dessus. Parvenue dans la circulation, elle ralentit et rapetisse le pouls, cause une sensation de plénitude et de distension dans la tête, de la somnolence ou du sommeil, quelquefois auparavant du mal de tête et des troubles de la vision. Pendant la veille, la sensibilité est engourdie, il existe du malaise gastrique, des nausées et même des vomissements, de la difficulté dans l'émission des urines, de la constipation, de la perte d'appétit et de la faiblesse musculaire. En même temps les urines sont rares et la sudation exagérée, mais on n'a guère l'occasion de signaler à la suite de l'action de la Morphine la démangeaison à la peau, et surtout l'éruption sudorale qui se montrent assez souvent dans le cours de la médication par l'Opium à hautes doses.
Les doses élevées donnent en outre des bourdonnements d'oreilles, de l'obscurcissement de la vue avec rétrécissement pupillaire, des mouvements convulsifs des membres paraissant s'augmenter par le décubitus horizontal. Et quand la dose est véritablement toxique, les désordres du système nerveux prennent la forme apoplectique, avec faiblesse extrême et résolution des membres, refroidissement périphérique, pupilles puncliformes rarement dilatées, perte du sentiment, coma, respiration stertoreuse et parfois convulsions précédant la mort.
Ces nombreux symptômes, de même que ceux de l'Opium (voy. ce mot), semblent pouvoir se rattacher à trois effets primordiaux : le premier consistant en une hypérémie des capillaires viscéraux et notamment encéphaliques, le second en une stupéfaction des nerfs sensibles, et le troisième en une atonie ou paralysie légère des fibres musculaires de la vie organique. A l'hypérémie se rattachent les phénomènes cérébraux (mal de tête, sommeil, obnubilation de la vue, tintouin, contracture des fibres circulaires de l'iris, perte de la conscience, coma), et leurs dérivés sympathiques (nausées, vomissements, convulsions, faiblesse paralytique). A la paralysie directe des fibres contractiles orga-