MORPHINE
niques se rapportent en partie la lenteur et la faiblesse des contractions cardiaques, la difficulté de la miction et celle de la défécation, qui dépend aussi de la siccité des intestins.
La Morphine semble produire à un moindre degré que l'Opium les phénomènes congestifs, mais, d'après quelques observateurs, elle déterminerait plus que lui les effets paralysants du côté de la vessie. Elle cause moins d'excitation périphérique et moins de sueurs sans doute, parce que l'élimination ne s'en effectue pas également par la peau.
Pour de plus amples développements sur le m.orphinisme aigu ou chronique (voy. Opium).
Substances synergiques, auxiliaires. — La Morphine ne reconnaît de véritables synergiques que parmi les autres principes immédiats du Pavot; de ce nombre sont spécialement la Narcéine et la Codéine. Ses auxiliaires sont les stimulants diffusibles, particulièrement les alcooliques, les principaux anlispasmodiques, la chaleur, et comme stupéfiants de la sensibilité, les alcaloïdes des Solanées et des Renonculacées, etc.
Substances antagonistes incompatibles. -- Antidotes et contrepoisons. — Les antagonistes de la Morphine sont les acides, les astringents et les autres toniques du système vaso-moteur, auxquels se rattachent le froid, la Belladone, le Stdfate de Quinine et le Bromure de Potassium.
Le Tannin et les astringents tanniques agissent comme contre-poisons chimiques de la Morphine.
La Belladone et l'Atropine (Bell, Béhier, etc.), le Sulfate de Quinine (Gubler), en sont les principaux antidotes dynamiques.
Usages. — La Morphine remplit presque exactement les mêmes indications que l'Opium : celles de calmer la douleur, les spasmes et convulsions cloniques ou toniques, et de procurer du sommeil. On l'emploie contre les névralgies externes ou viscérales, les contractures, Je tremblement alcoolique, le tétanos, l'insomnie. Mais je répète ici ce que j'ai dit à propos de l'Opium : il ne faut pas prescrire la Morphine indifféremment dans tous les cas où ces symptômes se présentent. En effet, les phénomènes : douleur, spasme, insomnie, etc., reconnaissent pour conditions prochaines, tantôt la congestion, l'excitation, l'hypersthénie; tantôt, au contraire, l'anémie, la torpeur, l'hyposlhénie.
Or, la Morphine et l'Opium conviennent spécialement aux accidents de cette dernière sorte. Aussi échouent-ils souvent contre la céphalalgie congestive, les névralgies symptoniatiqu.es de névrite, à moins que la dose ingérée ne soit assez forte pour amener le narcotisme profond. Ils réussissent au contraire le plus ordinairement dans la céphalée des sujets épuisés par des pertes sanguines ou les névralgies des anémiques cl dans les cas analogues.
Modes d'administration et doses. — La Morphine s'administre à des doses variables de 5 milligrammes à 1 ou 2 centigrammes et jusqu'à 5 centigrammes dans la journée. On doit prescrire des doses faibles chez tous les sujets
prédisposés aux hypérémies viscérales, et particulièrement à celles des centres nerveux : ainsi chez les enfants, les femmes et les vieillards exposés aux congestions cérébrales.
A l'état salin, la Morphine s'administre, soit par l'estomac, soit par les voies endermique et hypodermique. Les doses introduites par la peau ou le tissu cellulaire sous-cutané doivent être un peu moins fortes que celles qu'on administre par les voies digestives, parce que, dans ce dernier cas, une fraction du principe actif s'altère au contact des agents de la digestion ou des matières alimentaires, et se trouve ainsi perdue pour l'action thérapeutique.
Mais la Morphine, en raison de sa faible solubilité, lorsqu'elle n'est pas combinée avec les acides, n'est jamais employée à l'état libre; c'est sous forme de sels qu'on en fait usage (voy. Acétate, Chlorhydrate, Sulfate de Morphine).
codéine, Codeina.
Angl. Codeia. — Ail. Codein.
La Codéine (C36H21Az06,2HO) est cristallisée, blanche, inodore, et d'une saveur amère. Elle se dissout dans 80 parties d'eau froide et dans 17 parties d'eau bouillante. Très-soluble dans l'alcool et l'éther, elle est presque insoluble dans les alcalis, qui la séparent de ses combinaisons. La Codéine donne des sels très-amers, en partie crislallisables et bien définis, avec un grand nombre d'acides minéraux et végétaux.
Action physiologique. — Elle est, à bien dire, un diminutif de celle delà Morphine. La Codéine agit localement comme les irritants (Runkel). Absorbée, elle cause d'abord de la stimulation vasculaire, une légère ivresse, de la démangeaison à la peau (Gregory); puis elle provoque au sommeil sans déterminer (Barbier, d'Amiens) le mal de tête qui suit souvent l'administration de la Morphine. Cependant il est probable que les phénomènes d'hypérémie encéphalique ne font pas défaut quand la dose est suffisante, car on observe les nausées et les vomissements à la suite de l'administration de la Codéine, aussi bien qu'après l'emploi de doses correspondantes de Morphine ou d'Opium.
Prise en quantité massive, la Codéine détermine des phénomènes d'empoisonnement débutant par l'excitation circulatoire, des convulsions (Kunkel) et finissant par la dépression, les nausées, les vomissements et la stupeur.
En définitive, l'action de la Codéine comme celle du principal alcaloïde de l'Opium, se résume dans ces trois mots : ébriété, somnolence et stupeur, sans qu'il soit permis de la caractériser exclusivement par de l'excitation ou de la sédation.
Seulement, tandis que 1 ou 2 centigrammes de Morphine suffisent à déterminer cette série de phénomènes, il ne faut pas moins de 5 à 10 ou même 15 centigrammes de Codéine pour obtenir de semblables résultats.
Usages. — La Codéine s'applique aux mêmes usages que la Morphine
(voy. ce mot), à laquelle elle est de beaucoup inférieure en énergie. On la préfère cependant quelquefois à cette dernière, en raison de sa prétendue innocuité comparée à certains maléfices généralement imputables aux opiacés. Il y a lieu de se demander si l'absence de certains effets physiologiques fâcheux ne dépendrait pas de la moindre énergie d'action, et si des doses proportionnelles de Morphine ne présenteraient pas les mêmes avantages. Quoi qu'il en soit, la Codéine, plus maniable parce qu'elle s'emploie à doses plus massives, est prescrite de temps à autre aux personnes qui supportent mal l'Opium, et particulièrement aux très-jeunes enfants, ainsi qu'aux femmes et aux sujets menacés de congestion cérébrale.
Modes d'administration et doses. — La Codéine s'administre sous les mêmes formes pharmaceutiques et en quantité quintuple, sextuple ou décuple de celle de la Morphine. Rien de plus variable que les formules de Sirop de Codéine adoptées par les différents pharmaciens de la capitale. Tandis que celui de Guibourt ne contient que 5 centigrammes d'alcaloïde, celui de Cap en renferme 10 centigrammes, celui de Bouchardat environ \h, celui de Berthet, 25, et le sirop de Robiquet jusqu'à 30 centigrammes pour 30 grammes de véhicule sucré.
QUININE, Quinina.
Angl. Quina or Quinine. — Ail. Cliinin oder Chinium.
La Quinine (C40H24Az2O4), principal alcaloïde des Quinquinas, se présente cristallisée ou amorphe. Elle exige pour se dissoudre ZiOO parties d'eau froide, 250 parties d'eau bouillante, 2 parties d'alcool bouillant et 60 parties d ether froid. La Quinine dévie à gauche le plan de polarisation et jouit de la singulière propriété de présenter sous certains aspects une coloration bleu de ciel résultant du phénomène décrit par Stokes sous le nom de fluorescence. La solution de Quinine cristallisée est précipitée par I'hyposulfite de soude, mais non celle de Quinine amorphe (Winckler).
Action physiologique. — La Quinine, dépourvue d'odeur, jouit d'une amertume franche qui la place parmi les meilleurs amers. Comme les médicaments de cette classe, elle stimule la contractilité des capillaires, diminue avec l'afflux sanguin les actes respiratoires et calorifiques, et agit par conséquent comme tempérant de la phlogose et comme sédatif local. Portée dans l'estomac, elle excite l'appétit et favorise les fonctions digestives.
Tels sont les effets locaux de la Quinine à petites doses. Mais lorsqu'elle est appliquée e« quantité plus forte sur les muscles, elle en abolit au moins momentanément (Jolyet) l'irritabilité hallérienne. Sur une partie dépouillée d'épiderme, ou bien dans l'épaisseur du tissu cellulaire, elle produit des effets irritants immédiats, se caractérisant successivement par de la douleur, de la fluxion sanguine, de l'inflammation parfois suppurative et même gangréneusc (Trousseau et Pidoux).
Celte irritation locale n'a rien de surprenant de la part d'un agent sédatif
général. Les anodyns les plus efficaces, tels que la Morphine et l'Acide cy anhydrique, les anesthésiques par excellence, comme l'Éther et le Chloroforme, en font autant, lorsqu'ils arrivent au contact des muqueuses dénudées ou des solutions de continuité. De même que les surfaces excoriées, les muqueuses subissent avec quelque peine le contact de quantités un peu massives de Quinine dissoute dans les acides. Dans l'estomac, cette action se révèle par de la douleur et de la dyspepsie; du côté de l'intestin, par des selles répétées dues à l'excitation exagérée de la conlractiliié, plus qu'à la supersécrétion de la muqueuse. Toutefois les deux phénomènes semblent se réunir chez quelques sujets pour produire une purgalion complète, car Bretonneau déclare que beaucoup de fébricitants sont purgés avec 60 centigrammes à 1 gramme de Sulfate de Quinine.
En circulation dans le sang, la Quinine exerce une action tonique sur l'ensemble du système capillaire qu'elle tend à resserrer, et dont elle amoindrit, par conséquent, les actes organico-chimiques. C'est ainsi qu'elle devient sédative et antiphlogistique. Lorsque cette action est poussée loin, il en résulte une anémie viscérale manifestée du côté de la rate par une remarquable et rapide diminution de volume (Piorry, etc.), et qui se traduit pour l'encéphale par une série de symptômes en apparence caractéristiques de l'état congestif, à savoir : la céphalalgie, les étourdissements, l'obnubilation de la vue, les bruissements d'oreilles, la titubation et la dilatation pupillaire, lesquels, néanmoins, se rattachent à l'anémie et à l'hyposthénie cérébrales. Car c'est une loi, ou si l'on aime mieux, un fait général, à savoir, que les mêmes phénomènes sont produits par des conditions organiques opposées.
Il est permis de se demander si la faiblesse et le ralentissement du pouls, deux symptômes importants du quinisme, c'est-à-dire de la modalité due à la présence de la Quinine dans l'organisme, ne reconnaissent pas pour cause cette anémie des centres nerveux et peut-être celle du cœur lui-même.
Mais il est probable que la Quinine agit aussi directement sur le système nerveux. A petites doses, la Quinine, combinée avec les acides, augmente presque aussitôt l'énergie et la répétition des battements du cœur, et conséquemmentla force et la fréquence du pouls, probablement en vertu de la réaction sympathique exercée sur le centre circulatoire par la stimulation de l'estomac. A dose modérée, elle ralentit le pouls, diminue la force de la contraction ventriculaire et la résistance de l'ondée sanguine, comme si elle éloignait et affaiblissait les décharges nerveuses qui mettent en jeu le centre circulatoire. En même temps, les actes qui s'accomplissent dans les capillaires sanguins s'amoindrissent et la température s'abaisse. A doses trop fortes : de 3 à 5 grammes par jour, cet alcaloïde produit des effets toxiques par l'exagération des phénomènes anémiques indiqués ci-dessus. Ce sont des convulsions, le délire, les troubles des sens, l'agitation, le tremblement, l'impossibilité d'exécuter les mouvements complexes, tels que ceux qu'exige l'écriture. Ces accidents analogues à ceux des grandes hémorrhagies constituent le quinisme intense, désigné aussi sous
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le nom d'ivresse quinique. Puis viennent la somnolence, la stupeur, le coma. Enfin la mort peut mettre fin à ces désordres.
Les phénomènes énumérés tout à l'heure, et qui sont la conséquence directe de l'action du médicament, constituent dans notre manière de voir les effets positifs de la Quinine; mais il peut s'en montrer consécutivement d'autres tout opposés, issus de la réaction de l'organisme contre les modifications imprimées par l'agent toxique. L'alcaloïde, on l'a vu, produit la sédation cardio-vasculaire et la réfrigération. Cette dépression fonctionnelle peut aller jusqu'au frissonnement et à l horripilation ; après quoi, si l'action slhénique du médicament n'est pas soutenue par de nouvelles doses modérées, la paralysie vaso-motrice succède, la chaleur se rallume ainsi que l'excitation circulatoire, la céphalalgie survient, et la moiteur ou une sueur plus abondante termine la scène. Telle est, dans mon opinion, l'interprétation la plus plausible de la fièvre quinique signalée par Bretonneau, constatée par un grand nombre d'observateurs, et à laquelle les homœopalhcs ont attaché à tort quelque importance au point de vue de leur doctrine. Il peut arriver cependant qu'une fébricule s'éveille aussi à l'occasion de l'irritation des voies digestives provoquée par l'alcaloïde des Quinquinas, et principalement par ses combinaisons salines. Ainsi s'explique la prédominance des symptômes d'excitation générale chez les sujets : hommes ou animaux, auxquels la Quinine a été administrée sous une forme massive, comparée aux résultais obtenus par l'ingestion lente du médicament à doses fractionnées, bien que dans ce dernier cas la quantité présente, à un moment donné, dans la circulation, puisse être supérieure à celle qui a déterminé la surexcitation générale.
Les accidents gastriques de cause locale : douleur, chaleur et évacuations, sont plus à craindre avec les sels de Quinine qu'avec l'alcaloïde isolé, en raison de la faible solubilité de ce dernier et de la lenteur avec laquelle il pénètre dans la circulation. Toutefois les vomissements se montreraient aussi bien comme trouble sympathique de l'état morbide des centres nerveux, consécutivement à l'absorption de hautes doses de Quinine pure.
D'après les expériences de Briquet, la Quinine augmenterait primitivement la fibrine et l'eau du sang, tandis qu'elle en diminuerait l'albumine et les globules. Mais d'autres observateurs : Mêlier, Monneret, Legroux, ont noté comme effet primitif l'accroissement de la ténuité et de la fluidité du sang, ce que semblent confirmer les analyses de Ranke. Ce physiologiste, expérimentant sur lui-même, a constaté que la Quinine diminue l'acide urique sans augmenter Purée, ce qui prouve, selon moi, qu'elle ralentit le mouvement de dénutrition.
La Quinine est éliminée par l'urine, la sueur, les larmes, le lait, et j'ajouterai par la salive.
Une heure ou deux après l'ingestion de doses un peu considérables de Sulfate de Quinine (25 à 50 centigrammes), les malades attentifs disent éprouver dans la bouche une sensation d'amertume tout à fait caractéristique, et c'est
au passage du sel quinique dans la sécrétion salivaire que j'attribue le plyalisme quelquefois remarqué. Mérat observe que le mucus expectoré sent aussi le Quinquina.
Ces différentes particularités démontrent qu'une bonne partie de l'alcaloïde passe inaltérée; mais il ne s'ensuit pas qu'il ne puisse s'en décomposer dans le sang une proportion plus ou moins notable, et rien ne prouve que la Quinine, trouvée en apparence intacte dans les sécrétions, n'ait pas subi un changement d'état moléculaire dont on conçoit l'existence quand on considère les résultats opposés obtenus par "Winckler sur les Quinines cristallisée et amorphe mises chacune en présence de l'hyposulfite de soude.
L'élimination par les urines commence vraisemblablement un petit nombre de minutes après l'absorption. Il est déjà possible de constater la présence de l'alcaloïde dans la sécrétion, par le réactif de Bouchardat, une demi-heure après l'ingestion du sulfate de Quinine. Ensuite, la proportion va croissant, puis elle décline, mais on en trouve encore des traces au bout de plusieurs heures et même d'une journée entière.
La théorie pharmacodynamique de l'alcaloïde et des sels de Quinine est impos sible à formuler rigoureusement dès aujourd'hui. Cependant le Sulfate de Quinine, considéré tour à tour comme excitant et comme sédatif, comme tonique et comme stupéfiant, ne saurait mériter à la fois ces épithètes contradictoires; il faut de toute nécessité trouver une action constante qui rende compte des aspects divers sous lesquels apparaissent les faits cliniques. Voici comment on peut la concevoir provisoirement. La moelle, ainsi que les autres centres nerveux, est douée du pouvoir de condenser de la force avec la faculté de s'en décharger en déterminant des excitations sensitives et motrices. Ces deux propriétés marchent naturellement en sens inverse; accroître celle de conserver, c'est par conséquent diminuer d'autant celle de perdre. Or, à mon avis, le Sulfate de Quinine, par exemple, rend les centres et les conducteurs nerveux plus aptes à recueillir et à garder la force créée par la combustion respiratoire. Il amène ce résultat, soit en modifiant directement leur manière d'être, soit en agissant sur eux d'une façon détournée par l'intermédiaire du grand sympathique dont l'hypersthénie paraît être la condition éminemment favorable à la restauration dynamique de l'économie, de même que sa paralysie entraîne à la dépense sous forme de chaleur, de douleur, de force sécrétoire ou plastique. En admettant que la Quinine augmente la réceptivité dynamique du système nerveux, à peu près comme un enduit mauvais conducteur isole un appareil électrique, on arrive à saisir dans leur apparente diversité le fond commun ou le lien qui unit entre eux les effets physiologiques et thérapeutiques observés. Si l'affection pour laquelle on administre le Sulfate de Quinine se caractérise par de la surexcitation sensitive ou motrice, par de la douleur ou du spasme, ces phénomènes, comparables à l'aigrette lumineuse qui s'échappe d'un conducteur pointu, venant à cesser par le fait d'une plus grande capacité de tension acquise par le système nerveux au contact de l'alcaloïde, il en
résulte ce qu'on peut appeler une sédation. Si, au contraire, tout se borne pour les centres d'innervation à la perte ou du moins à la diminution du pouvoir de se charger de force, alors le sel quinique, restituant en partie cette faculté, sera réputé tonique et même stimulant. Enfin, si l'action modératrice ou contre-stimulante devient exagérée en raison de la proportion relativement ou absolument trop forte de l'agent médicamenteux, il en résulte la suppression de ce que les anciens nommaient les forces agissantes, c'est-à-dire une sorte d'engourdissement ou de torpeur fonctionnelle qui passe à bon droit pour de la stupeur.
. Maintenant, sur quelle division de l'appareil nerveux se localise l'action de la Quinine? La réponse n'est pas facile. Toutefois il me semble que cet alcaloïde exerce principalement son influence sur la moelle et les nerfs vaso-moteurs. Eulenburg croit qu'il paralyse d'abord les centres réflexes dans la moelle spinale, puis ceux de sensibilité et des mouvements volontaires dans le cerveau. Mais Jolyet soutient que les mouvements réflexes persistent avec des doses toxiques, et que si le contraire a été vu, c'est que le Sulfate de Quinine introduit dans le voisinage de la colonne vertébrale s'est diffusé jusqu'à la moelle épinière, sur laquelle il a produit des désordres locaux nullement assimilables aux effets généraux du médicament en circulation dans le sang.
Quand la Quinine traverse les reins en quantité considérable à la fois, elle détermine de l'irritation sécrétoire, de la congestion sanguine, rarement de la néphrorrhagie observée cependant à la Guadeloupe par Duchassaing. Elle produit également, au contact de la muqueuse vésicale, des symptômes d'excitation qui peuvent aller jusqu'à la cystite et à la rétention d'urine. Il est probable que dans les cas moyens, il peut survenir de l'albuminurie.
Substances synergiques, auxiliaires. — Tous les médicaments qui diminuent le calibre des capillaires et réduisent les phénomènes à'hématocausie, ainsi le froid modéré, les acidulés, les astringents, les amers, sont, sous ce rapport, les auxiliaires de la Quinine. Il en est de même à d'autres égards de tous ceux qui augmentent le pouvoir du système vaso-moteur et qui modèrent la dépense d'innervation. De ce nombre sont le Bromure de Potassium, peutêtre l'Arsenic et quelques autres substances.
Substances antagonistes et incompatibles. — Antidotes, contretoisons. — Les antagonistes de la Quinine sont les agents qui paralysent le sympathique ou qui causent cette irritation vasculaire dont la phlogose est la plus haute expression: tels sont les stimulants en général, et particulièrement les alcooliques, l'Opium, l'Iodure de Potassium. Il ne faut donc pas, autant que possible, les associer à la Quinine dans la même formule.
Ce sont en partie ces mêmes substances antagonistes, et spécialement l'Opium (Gubler), qu'il convient d'administrer comme antidotes proprement dits ou physiologiques dans l'intoxication quinique.
Usages. — La Quinine est administrée rationnellement toutes les fois qu'il
s'agit de refréner les fluxions sanguines actives, de modérer la chaleur, de tempérer la fièvre. Ainsi son efficacité est manifeste dans le rhumatisme inflammatoire, au début, et quand il n'existe guère que la fièvre et les fluxions vers les séreuses, sans phlegmasie avancée ni exsudât plastique, ou bien dans les congestions habituelles des centres nerveux, telles que celles qui marquent le début de la paralysie générale. Je la prescris également, de préférence à tout autre agent, contre les névralgies que j'appelle irritatives ou congestives, parce qu'elles constituent en quelque sorte le premier degré de la névrite , et contre l'insomnie qui reconnaît pour condition prochaine une hypérémie active du cerveau.
A petites doses, la Quinine devient un tonique névrosthénique analogue au Quinquina lui-même, dont elle reproduit les propriétés dominantes. Mais la Quinine est le plus habituellement usitée contre les fièvres intermittentes ou rémittentes d'origine palustre et contre les affections analogues par la nature étiologique, ou semblables quant à la périodicité, bien que contractées dans des circonstances différentes. Pour les fièvres maremmatiques, la Quinine est un remède véritablement héroïque; son efficacité est telle qu'on les désigne sous le nom de fièvres à quinquina.
Sous ce rapport, on peut dire que l'écorce du Pérou est sans rival. Elle est moins sûre dans ses effets lorsqu'on a affaire à des accès périodiques, reconnaissant d'autres causes, ou bien à certaines névralgies intermittentes naguère confondues à tort avec les accidents larvés des miasmes palustres. Certes il y a des névralgies, comme des fièvres, de cause maremmatique, mais il existe parallèlement dans nos contrées un plus grand nombre de névralgies intermittentes à frigore ou rhumatismales, etc. Or, la Quinine, qui est souveraine dans le premier cas, est quelquefois impuissante dans le second pour deux raisons qu'il importe de connaître.
Cet alcaloïde peut se montrer inefficace contre les névralgies à frigore, primitivement intermittentes, lorsque la fluxion, d'abord périodique, tend à devenir continue par le fait de sa transformation en une véritable phlegmasie localisée sur le nerf souffrant. Elle est également en défaut quand il s'agit de névralgies liées à un état d'abincitation et d'anémie locale, soit chez des individus exsangues et épuisés, soit chez d'autres sujets atteints d'un trouble partiel de l'innervation sensitive par suite d'une action exagérée des nerfs vasomoteurs ou d'une restauration dynamique insuffisante des filets nerveux affectés. Cette distinction de deux, espèces de névralgies : l'une irritative, hypérémique ou congestive, l'autre hyposthénique, anémique et par abincitalion, est capitale au point de vue de la thérapeutique, car ce sont des traitements inverses qu'il faut leur appliquer.
La dernière espèce est justiciable de la chaleur et de l'Opium; à la première seule convient le Sulfate de Quinine associé à quelques auxiliaires.
Ceci m'amène à déclarer que dans les affections palustres, pas plus qu'ailleurs, la Quinine n'agit en vertu d'un pouvoir occultp, inexplicable par la
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physiologie, irréductible aux lois de l'organisme normal, Elle n'est pas l'antidote du poison palustre, le spécifique de la périodicité, mais simplement le modérateur de l'action spinale ou le régulateur de l'innervation vaso-motrice. Si elle réussit mieux que l'un quelconque de ses nombreux succédanés contre les fièvres de marais à forme intermittente ou rémittente, c'est qu'elle possède à un plus haut degré que toute autre la puissance d'isoler pour ainsi dire le centre médullaire, et d'en économiser les forces, de tonifier et de galvaniser, si je puis ainsi dire, le grand sympathique; en définitive, de s'opposer à révolution des symptômes phlogistiques qui se déroulent dans le cours d'un accès fébrile.
Cette vertu de la Quinine n'est peut-être pas la seule, mais c'est du moins celle qu'on peut lui attribuer avec le plus de vraisemblance dans l'état actuel de nos connaissances. Les autres effets, tels que l'engourdissement de la sensibilité et des sens spéciaux, le vertige, la titubation, la pâleur des téguments et le ralentissement du pouls, la réfrigération, l'atténuation du sang, etc., dérivent, à mon sens, de cette action primitive et fondamentale.
Ces notions préliminaires une fois établies, il est aisé de déterminer dans quels cas morbides l'emploi de la Quinine se trouve naturellement indiqué. Je viens de citer la fièvre palustre et les affections larvées reconnaissant la même origine, joignons-y les fièvres éphémères saisonnières ou de causes locales, exemptes de complications phlegmasiques. Sans être enrayées par l'alcaloïde du Quinquina, les fièvres symptomatiques elles-mêmes en reçoivent une modification avantageuse au début des phlegmasies aiguës, des fièvres éruptives, de la dothiénentérie et des fièvres continues, dans le cours de la phthisie pulmonaire et des phlegmasies chroniques. Les accès ou les paroxysmes, s'ils ne s'effacent pas entièrement, se mettent de niveau avec le fond permanent du mouvement fébrile. Mais pour de si minces résultats il serait puéril de recourir à ce moyen héroïque, dont il ne faut user que pour réprimer des exacerbations violentes, menaçant d'épuiser les forces et compromettant l'existence des sujets. Par exemple, le Sulfate de Quinine, illusoire comme agent curatif de la fièvre puerpérale (Danyau, Delpech, Depaul), est appelé à rendre des services contre les accès intermittents qui traversent le cours de cette grave maladie ainsi que de ses analogues : les infections purulente et putride.
La Quinine donne de bons résultats dans deux diathèses voisines, mais non identiques, que quelques auteurs veulent confondre sous le nom à!arthritis. Elle modère les accès de la goutte inflammatoire; elle manifeste parfois des propriétés antiplilogistiques remarquables dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu (Briquet, Andral, Legroux, Trousseau et Pidoux, etc.). Seulement elle ne réussit pas également dans toutes les périodes de l'affection.
Absolument inefficace contre les monoarthrites apyrétiques, insuffisante contre des arthrites intenses arrivées à une phase avancée de leur évolution, elle ne se montre véritablement utile que dans la fièvre rhumatismale encore exempte de localisations, ou du moins lorsque les jointures sont le siège
GUBLER. 38
59h ALCALIS VÉGÉTAUX.
d'une simple fluxion inflammatoire. En un mot, fièvre véhémente et légère, phlogose articulaire, telles sont les deux conditions dont la réunion est éminemment favorable à l'emploi du Sulfate de Quinine, soit dans la goutte, soit dans ie rhumatisme.
Outre les névralgies congestives auxquelles s'applique spécialement (Guhler) le Sulfate de Quinine (la plupart des névralgies dentaires et beaucoup de névralgies brachiales, fémoro-poplitées, etc., sont dans ce cas), les névroses qui reconnaissent la même origine sont soulagées ou guéries par le même agent. La migraine obéit encore mieux à la Quinine qu'à la Paullinia. Il en est de même de certaines espèces d'asthme, de dyspnée, de toux convulsive, de palpitations liées à l'asthénie vaso-motrice.
Les affections des centres nerveux qui procèdent d'un travail hypérémique ou phlegmasique se comportent également bien sous l'influence de l'alcaloïde du Quinquina. Non-seulement le Sulfate de Quinine doit être exonéré des accidents cérébraux mis injustement à son compte et considérés à tort comme étant de nature congeslive ou inflammatoire ; mais il peut, d'après mes observations, combattre efficacement les phénomènes de cette sorte quand ils se développent dans le cours d'une maladie générale ou d'une affection circonscrite des centres nerveux.
Loin d'être coupable des méningites qui surviennent chez les rhumatisants, le Sulfate de Quinine, au contraire, peut en retarder l'apparition ou en diminuer la gravité.
C'est pour avoir attribué à îa seule hyperémie cérébrale des symptômes qui lui sont communs avec l'anémie que les auteurs ont été conduits à formuler l'exclusion de la Quinine dans les cas de délire et de phénomènes d'excitation nerveuse de cause rhumatismale. Pour ma part, je considère le médicament comme rationnellement indiqué dans ces circonstances, et je l'ai employé plus d'une fois avec avantage dans des cas analogues, c'est-à-dire chez des sujets atteints de délire congestif, de méningite cérébrale, de méningo-encéphalite diffuse, de myélite et de méningo-myéiite sans acception des natures écologiques variées de ces procès morbides. Le tétanos ne fait pas exception à la règle, puisque dans l'Amérique méridionale, notamment à Caracas (Venezuela), où cette redoutable affection n'est pas rare, on îa traite généralement avec succès par !e Quinquina (Dr Ornelîas, communication orale).
Le Sulfate de Quinine n'est pas plus dangereux dans les localisations inflammatoires du rhumatisme sur les viscères thoraciques, et particulièrement sur le cœur. S'il ne prévient pas les endo-péricardites et s'il n'en arrête pas toujours, tant s'en faut, le développement, il ne se comporte cependant pas vis-à-vis de ces complications autrement qu'avec les arthrites rhumatismales ellesmêmes.
Différente en ceci de l'écorce du Quinquina, la Quinine ne saurait être d'aucune utilité à l'intérieur dans les hémorrh-igies, à moins-que celles-ci ne dépendent d'une réplétion et d'un excès de tension des capillaires qu'il serait
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possible de faire cesser en agissant sur la contractilité de ces vaisseaux, directement ou par l'intermédiaire du système sympathique.
La Quinine ne trouve pas non plus son emploi à l'extérieur, les qualités astringentes et antiseptiques du Quinquina appartenant plutôt au tannin et au rouge cinchonique.
Modes d'administration et doses. — La Quinine se donne rarement à l'état libre; presque toujours elle est prescrite en combinaison, avec l'acide sulfurique et différents acides organiques. Cependant Trousseau a préconisé avec raison l'emploi de la Quinine brute chez les jeunes enfants, parce qu'elle a l'avantage d'être à peu près insipide, et que sa consisiance résinoïde permet, de la réduire en petits grains qui se dissimulent aisément parmi ceux de la semoule ou même dans les potages quelconques qui composent en majeure partie la nourriture des sujets en bas âge.
Trousseau prescrit 20 à 30 centigrammes de Quinine brute aux enfants de deux ans et au-dessous.
V alcool de Quinine (Piorry) se compose de : Quinine brute, 30 grammes? alcool à 85 degrés centésim. et eau, aà350 grammes. Deux cuillerées à soupe de cette solution représentent environ 1 gramme d'alcaloïde.
A part ces deux modes d'emploi, nous n'avons rien à dire ici des doses usitées pour l'administration de la Quinine, puisque cet alcaloïde est toujours prescrit à l'état de sei, et principalement de sulfate.
Je renvoie, pour les autres détails, à l'article Sulfate de Quinine, où je traite en même temps des généralités relatives aux graduations des doses suivant les âges et les conditions individuelles; des diverses voies d'introduction du médicament, ainsi que des règles de tactique thérapeutique qui gouvernent l'emploi du premier de nos fébrifuges.
CINI'IIONIR E , Cinchonina .
Angl. Cinchonia, — AU. Cinckonm, Ctnckonhim.
La Cinchonine (G40Il24Az2O2), moins amère, mais, en revanche, plus nauséeuse que la Quinine, offre une saveur se rapprochant de celle du Sulfate de Magnésie. Elle est moins soluble que sa congénère dans l'eau, l'alcool, et surtout dans l'éther, et dévie à droite les rayons de la lumière polarisée.
Action physiologique. — Localement, Je Sulfate de Cinchonine est moins irritant que celui de Quinine (Bally), Introduite dans le sang, la Cinchonine se comporte à peu près comme la Quinine, avec cette différence qu'elle produit ut>e sédation moindre de la circulation, mesurée à l'hémodynamomèlre (Rouchardat, Delondre et Girault), peu de tintouin et de troubles visuels, et au contraire un mal de tète beaucoup plus fort, même à petites doses. La Cinchonine tue aussi plus rapidement les vers et les animaux à sang froid.
Les effets physiologiques de la Cinchonine : mal de tête avec construction des tempes, faiblesse musculaire, défaillances, pâleur de la face, lenteur du
pouls, nausées et vomissements, débutent ordinairement très-peu de temps, quinze à trente minutes seulement, après l'ingestion du Sulfate de Cinchonine (Moutard-Martin). Mais, en revanche, la durée des symptômes est également abrégée. Ceci me semble prouver que la Cinchonine se répand plus vile dans tout l'organisme, ou qu'elle est moins dissimulée dans le sang, et qu'elle se présente tout à coup aux centres nerveux à dose plus massive, mais que son élimination ou sa destruction, ayant lieu plus rapidement aussi, permet un prompt retour aux conditions normales.
Usages. — Modes d'administration et doses. — Si les choses se passent réellement ainsi, il y a lieu d'en induire cette règle de pratique, à savoir : qu'il convient de fractionner davantage la Cinchonine et ses combinaisons avec les acides, afin de n'obtenir à chaque moment que des effets physiologiques modérés qu'on soutiendrait par la répétition des doses.
Au lieu de faire prendre 75 centigrammes en une dose, ou bien 1 gramme et 1 gramme 50 centigrammes en deux doses seulement, il faudrait, pour bien faire., ne pas donner au delà de 20 centigrammes à la fois, sauf à répéter dix fois cette prise dans les vingt-quatre heures. D'un autre côté, cette instantanéité d'action présenterait un avantage réel dans les cas pernicieux à forme comateuse, en ce qu'elle permettrait d'agir plus vite pour empêcher le raptus sanguin vers le cerveau. Dans ce cas, la Cinchonine pourrait être associée à la Quinine, ce qui donnerait à la fois la garantie de rapidité et celle de durée. En tout cas, cet alcaloïde est efficace contre la fièvre intermittente et dans les maladies auxquelles convient son congénère (Bouchardat, Delondre et Girault, Moutard-Martin); mais il ne marche pas l'égal de la Quinine, même lorsqu'il ne s'agit que de fièvres intermittentes non pernicieuses.
La Cinchonine, à l'état de sel (ordinairement de Sulfate), peut être administrée comme la Quinine, soit en poudre, dans du pain azyme, soit en pilules ou même en potion en raison de sa moindre amertume. Le Sulfate de Cinchonine se donne à !a dose quotidienne de 50 ou 60 centigrammes à 1 gramme et au delà. Je l'ai administré plusieurs fois sans aucun inconvénient à celle de 2 grammes par jour en quatre ou huit doses.
strychnine, Strychnina.
Àngl. Strychnia. — Ail. Strychnin, Strychnium.
La Strychnine (C42H22Az204) est un alcaloïde très-répandu dans les plantes de la famille des Strychnées, notamment dans les Strychnos Nux vomica et Str. Ignatii, dont on l'extrait, et les Str. colubrina, Tieute, etc. C'est une substance blanche cristalline, inodore, d'une excessive amertume, bien qu'elle soit presque insoluble dans l'eau. Elle est légèrement soluble dans l'alcool rectifié bouillant et dans l'éther, mais elle se dissout aisément dans les acides étendus pour former des sels définis aussi amers et plus solubles qu'ellemême.
Action physiologique. — Localement, la Strychnine, employée à fai-